France/Allemagne : haute fidélité

Article publié le 19 juillet 2004
Publié par la communauté
Article publié le 19 juillet 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Allemagne et la France sont en pleine période de flirt politique. Mais les vrais couples ont de tout autres problèmes. Un coup d’œil sur l’intimité de la vie amoureuse franco-allemande.

Quelle belle image avons-nous vu avec étonnement scintiller sur nos écrans le 22 septembre 1984 ! Un homme, grand et gros, et son compagnon, petit et maigre, se serraient la main, certes avec dignité et à distance raisonnable, mais leur geste était empreint d’une intime amitié. L’image suscitait un émoi immédiat, et presque de la tendresse. La surprise était d’autant plus forte que ces deux hommes qui se donnaient la main étaient les plus puissants d’Europe. Mais une génération plus tôt, le baiser fraternel entre Adenauer et de Gaulle avait déjà montré l’importance de l’affection physique dans l’union franco-allemande.

La profondeur d’esprit allemande

Cette affectueuse amitié entre les grands hommes, que ce soit de Gaulle et Adenauer ou Kohl et Mitterrand, a permis à l’amour entre hommes et femmes de traverser le Rhin et il existe aujourd’hui autant de couples franco-allemands que de grains de sable sur la Côte d’Azur. Du côté allemand, on ne s’étonne plus : pour la plupart des Allemands, les Françaises comme les Français incarnent depuis des siècles l’art de l’amour. Et personne ne devrait encore s’étonner que de si gracieuses beautés blondes telles que « Clodia Schiffair » et « Eidi Kloum » aient participé au renom des Allemandes de l’autre côté du Rhin. Mais que peut donc trouver une Française habituée à la sensualité chez un Allemand tout en raideur ? Est-ce cette éternelle quête de la sécurité et de l’équilibre qui fait tomber des Françaises déçues dans les bras de braves travailleurs allemands habitués à la discipline et aux bonnes manières ? Ou bien cette profondeur d’esprit allemande qui a révélé au monde de grands penseurs tels que Kant et Hegel ? En tout cas, dieu merci, cette profondeur d’esprit est incarnée par des yeux bleus si clairs et envoûtants que même Catherine Deneuve se ferait mener par le bout du nez !

La tartine du petit-déjeuner

L’Allemand est donc loin d’être aussi mauvais que le veut la réputation : les femmes qui placent leurs espoirs sur lui pensent à long terme. Sur le marché des amants européens, il représente l’investissement le plus solide. Par contre, on ne sait pas si les Françaises qui ont investi dans cette action sont satisfaites de leur achat plusieurs années après, car aucune étude psychologique sur le long terme n’a été réalisée sur l’intimité des couples franco-allemands. Les initiés rapportent toutefois que les barrières culturelles dont il s’agit sont de moindre importance. Attention à ne pas les mésestimer pour autant !

L’Allemand subira probablement un léger choc culturel la première fois qu’il verra son amie française tremper sa tartine de confiture dans son café au petit-déjeuner. Quant à elle, elle devra peut-être se contenter d’un compagnon allemand pas très tendance, car les Allemands sont nettement moins au fait de la mode que leurs homologues du pays de la haute couture. Dans le domaine culinaire, les Françaises affectionnent également tout particulièrement les avantages de la Haute culture, même si elles n’écoutent d’habitude que leur cœur. Un repas qui n’obéit pas à la règle sacrée de la trinité – hors-d’œuvre, plat principal, dessert – suscite en elle des sentiments aigus de manque, et un Allemand qui veut combler sa femme avec un délicieux repas aux chandelles mais qui oublie le dessert ne fera que s’attirer les foudres de son regard. Même les sorties du samedi soir recèlent des pièges. Les Allemands doivent réfléchir à deux fois avant d’inviter leur compagne à danser. Car pour la plupart des Françaises, « danser », c’est avant tout danser à deux, comme dans les belles années 50, et si son compagnon passe sa soirée à danser, une bouteille de bière à la main, au rythme du nouveau morceau des Strokes, le bonheur conjugal multiculturel sera terriblement menacé.

Angie et Nicolas

Par chance, l’amitié politique franco-allemande ne souffre pas des inconvénients de la vie des couples au quotidien. Il se peut toutefois que Gerhard Schröder ait un léger rictus méprisant en voyant son « ami Jacques » tremper son petit pain dans son chocolat au lait lors d’un petit-déjeuner de travail à l’Elysée, mais l’unité des deux pays n’en est absolument pas inquiétée. Il est vrai qu’on attend encore en vain une impulsion visionnaire de la part de la classe politique d’après-guerre. Mais qui sait ce qui se passera quand Nicolas Sarkozy sera Président et Angela Merkel Chancelière ? On les verra peut-être bientôt émouvoir le public en se tendant timidement la main au pied de Montmartre, et l’union des deux pays aura alors définitivement atteint son apogée.