France vs Espagne : les médias montent au filet après l’affaire Canal Plus

Article publié le 13 février 2012
Article publié le 13 février 2012
La condamnation du coureur cycliste, Alberto Contador, pour dopage a donné lieu à une véritable guerre entre le quotidien Le Monde et les journaux sportifs espagnols, tandis que la fédération espagnole de tennis assigne en justice la chaîne Canal Plus pour un sketch des Guignols de l'info. Les Français attaquent et les Espagnols répliquent : « Tout n’est que jalousie.
De toute façon, vous ne gagnerez rien pour autant. »

Même Rafael Nadal, six fois vainqueur de Roland-Garros, est remonté contre les Français : « Ce sont des récidivistes. Toujours les mêmes à accuser sans aucune preuve. » La célèbre émission satirique française Les Guignols de l'info, mercredi soir, faisait défiler les marionnettes des champions du sport français, une seringue à la main et occupés à signer une pétition en faveur d'Alberto Contador, récemment condamné à deux ans pour dopage. La fédération de tennis espagnole a décidé de poursuivre en justice la chaîne Canal Plus pour l’épisode de lundi dernier : la marionnette de Rafael Nadal pisse dans son réservoir à essence, puis se fait arrêter par la gendarmerie française pour excès de vitesse. L'épisode se conclut en musique sur l’inscription « Les sportifs espagnols ne gagnent pas par hasard », accompagnée des logos des fédérations sportives ibériques.

« En plus de faire des insinuations inadmissibles - écrit dans un communiqué la fédé espagnole - la chaîne de télévision s’est permise d’utiliser le logo de la Fédération. » « La limite du tolérable a été franchie, nous ne pouvons plus accepter le déshonneur et les insultes à l’égard de nos sportifs », a renchéri sur Twitter le président, José Luis Escanuela.

Rafael Nadal n'est pas la seule victime des médias français. En fait tous ceux qui triomphent en France, sont aussi leur cible. Le journal Le Monde, sous la plume de l'ancien cycliste américain Greg LeMond, n'a jamais lâché la pression sur Lance Armstrong, sept fois vainqueur du Tour. Puis ce fut au tour d'Alberto Contador qui, un an et demi après, a été condamné par le TAS (Tribunal Arbitral Sportif) de Genève pour avoir absorbé lors du Tour 2010, une quantité infinitésimale de clenbuterol. Maintenant, c'est son compatriote Nadal qui est visé: « Divers facteurs expliquent le triomphe des Espagnols, réagit t-il : l'esprit d'émulation, le désir de progresser et de donner le maximum de soi-même. » Et de piquer les Français : « Avec moins de moyens économiques nous avons remporté beaucoup plus de succès qu’eux. Ça n’est pas une question de comprimés ou de seringues. »

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« Le Monde a déterré la hache de guerre », avertissait mercredi le quotidien sportif espagnol Marca, après avoir lu l'éditorial publié en première page dans le journal français. Le titre de l'article, « L'Espagne doit regarder le dopage en face », revenait à dire ceci : nous avions raison d’être méfiants et maintenant vous devez payer. De nombreuses critiques sont justifiées : il est vrai que de nombreux athlètes sanctionnés au niveau international ont été absous par les fédérations ibériques (c’est le cas de Contador et de l’étoile de l'athlétisme, Marta Dominguez). Il n’est pas moins vrai que beaucoup de politiques – Zapatero compris – ont défendu les sportifs incriminés avec force et sans réserve. Mais tout de même, Le Monde exagère en associant la condamnation de Contador avec les accusations lancées en novembre par Yannick Noah, dans les colonnes du même journal. La rock star, dernier Français à avoir remporté Roland-Garros en 1983, a parlé de « potion magique » pour expliquer la domination espagnole dans le sport, en mettant sans distinctions tout le monde dans le même sac.

« Le Monde a visé juste ». Cette fois-ci.

« L'histoire nous enseigne que chaque fois qu'un pays dominait un sport, le dopage se cachait derrière », analyse Jean-Pierre de Mondenard, ancien médecin du sport et auteur d’importantes études sur le dopage. « Nous l’avons vu avec la Chine et la natation au début des années 90, avec l'Italie dans le cyclisme, avec laRussie, les États-Unis, ou la Jamaïque qui compte maintenant ses sprinters tombés aux contrôles ... Noah a raison d’accuser les Espagnols. »

Les jeunes fans de Contador, mercredi, se sont serrés autour de leur champion qui jurait à la presse son innocence, le visage marqué de douleur. « C'est un complot de français envieux ! », a crié l'un d'eux. « Inutile de vous leurrer, vous ne gagnerez pas le Tour, même avec Contador disqualifié. » Le cycliste, qui pourra se remettre en selle dès le mois d’août, a promis de revenir encore plus fort: « Je vais continuer à pratiquer ce sport proprement, comme je l'ai fait toute ma vie. »

Titre qu'il s'est vu retiré après son contrôle positif.

Pour sûr, cette fois-ci Le Monde a visé juste. Mais en novembre dernier, il avait subi un échec retentissant : en reliant le nom du médecin Eufemiano Fuentes (celui de l'affaire Puerto) à certains clubs de football, dont le Barça, le journal s’est exposé à une condamnation pour diffamation. Mais persiste sur sa ligne : « Le Dr Fuentes avait aussi des clients dans d'autres sports. » Si la France après l'affaire Festina lors du Tour de 1998 et l’Italie après le coup de poing sur le Giro de 2001 ont reconnu le problème du dopage et fait en sorte de le combattre, « les autorités espagnoles continuent de protéger leurs champions », accuse le journal.

Pendant ce temps en France, le scandale menace d'engloutir la cycliste drapée de la plus longue carrière de l’histoire : Jeannie Longo, 53 ans, qui se prépare pour les Jeux olympiques de Londres, s’est dite « choquée, mais combative », suite à l'arrestation de son mari et entraîneur Patrice Ciprelli, soupçonné d'avoir acheté de l’EPO de première génération « à au moins cinq occasions ». Attendons voir, par rapport aux accusations faites aux autres pays, s’il y aura cohérence ...

Photos : Une (cc) joyce's/flickr, Texte : (cc) nicogenin/flickr. Vidéo: ksyuzi/youtube.