France : l'insurrection qui vient

Article publié le 27 mai 2016
Article publié le 27 mai 2016

Les manifestants opposés à la loi Travail ne décolèrent pas. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues jeudi, tandis que des grèves des centrales nucléaires, du trafic ferroviaire et du trafic aérien paralysent le pays. Les éditorialistes des pays voisins saluent tant l'insurrection des citoyens que la fermeté du président.

Royaume-Uni - The Times : coûte que coûte

La France doit de toute urgence mettre en œuvre les réformes envisagées en matière d’économie et de droit du travail, et même en adopter d’autres, selon The Times : « Le président et le gouvernement de Manuel Valls doivent rester intransigeants dans leur volonté de réviser les régulations qui freinent l’activité économique. (…) Il faut faire passer les réformes actuelles, mais aller plus loin encore : revoir les conventions collectives, durcir les règles régissant les allocations-chômage. Réduire le secteur public hypertrophié et augmenter l’âge de départ à la retraite permettrait de comprimer le déficit public. Le président renâcle visiblement à prendre le taureau par les cornes, par crainte de plomber sa campagne électorale l’année prochaine. (…) Il a adopté un cap funeste et dangereux ». (Article du 26/05/2016)

Suisse - Neue Zürcher Zeitung : les flammes du mal

La mobilisation massive et croissante contre la loi Travail, qui prévoit entre autres la suppression de la semaine des 35 heures, cause du tort à tout le monde, écrit Neue Zürcher Zeitung : « Jusqu’ici, les Français n’ont pas fourni la preuve que la semaine des 35 heures était le bon modèle. Leur compétitivité est bien en-deça de celle d’économies européennes comparables. Le problème du chômage est loin d’avoir été surmonté, d’importants segments de la population sont pris au piège de la pauvreté. La logique qui veut que l'on gagne autant d’argent en travaillant moins que ceux qui travaillent plus n’est pas vraiment convaincante. La très controversée réforme du code du travail, si elle entre en vigueur, a peu de chances de donner au pays le coup de pouce escompté car elle est trop timorée. Le coût des barricades attentera sans aucun doute à la conjoncture économique. Il n’y aura que des perdants. Le combat mené en France est absurde. » (Article du 26/05/2016)

Allemagne - Taz : tout ça pour ça ?

La gauche allemande se fourvoie quand elle pâlit d’envie à la vue de l’ampleur de la contestation en France, écrit le quotidien de gauche taz : « Ils ont des tripes, les Français, se disent-ils. Si les Allemands avaient un peu de leur courage, nous irions mieux, et l’Europe irait mieux. Il y a là une part de vérité, mais ce n’est qu’une demi-vérité. (…) En Allemagne aussi les réformes [du marché du travail dites] Hartz IV s’étaient heurtées à la résistance, mais elle avait été bien moins radicale que ce à quoi on assiste en France. Les syndicats allemands ont eu peur de monter à l’assaut. (...) Mais ce sont ces mêmes syndicats qui, plus tard, ont réussi à réformer quelque peu la réforme, en imposant le salaire minimum. Le salaire minimum est depuis longtemps monnaie courante en France, comme la revendication sociale radicale. Et pourtant, le salarié lambda français ne se porte pas mieux que le salarié outre-Rhin - bien au contraire. Chercher à préserver la situation dans du formol n'est pas la solution idéale pour la France. » (Article du 26/05/2016)

La vidéo d'une voiture de police incendiée est devenue le symbole de l'escalade de violence lors des récentes manifestations contre la loi Travail.

Espagne - ABC : où est le Hollande espagnol ?

Impressionné par l'inébranlable volonté de réforme des socialistes français, le quotidien conservateur ABC espère pour sa part que leurs cousins espagnols du PSOE en prendront de la graine : « Le PSOE devrait suivre l’exemple de Hollande et prendre ses distances par rapport à la gauche radicale, privilégiant le bien de l’État et des propositions salutaires pour l'ensemble du pays. Voici des jours que la France est ébranlée par une vague de contestation violente rejetant catégoriquement la réforme du code du travail prévue par le gouvernement Hollande. Mais au lieu de céder au chantage de la rue, les socialistes français maintiennent avec fermeté leur projet d’assouplissement d’un marché du travail souffreteux. C’est une précieuse leçon que les socialistes espagnols devraient bien potasser. » (Article du 26/05/2016)

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics