Foreign Beggars – The Uprising : brûlants sont tous tes orifices

Article publié le 4 septembre 2012
Publié par la communauté
Article publié le 4 septembre 2012
Il arrive parfois que dans une époque propice à la crise de sens, l’on s’entiche de noms tels qu’ « Orifice Vulgatron ». Soit parce que ça sonne bien, soit parce qu’en deux mots, un groupe de musique est arrivé à rendre à la nouveauté tout ce qu’elle avait de stupéfiant.

La vie est faite de convulsions. Sinon, c’est chiant. Certains attendent peut-être ça toute leur vie, moi ça m’est tombé sur le coin de la tronche. Hier matin, on m’a livré de la came légendaire. Un truc à faire pâlir un Normand. Le délire s’appelle The Uprising. Les auteurs sont les Foreign Beggars.

Spasmes

Quelque part, ça me chagrine un peu d’avoir écouté ça au boulot. Parce que pour commencer, je pense sincèrement que The Uprising n’est pas fait pour les espaces clos. Faut de la place. De l’air. Comprimée dans un corps figé, la sensation d’écoute peut vite devenir gênante si vous travaillez dans un open-space. Mon voisin de gauche s’en souviendra. J’ai réfréné le bordel autant que j’ai pu. J’ai serré les dents. J’ai perlé. Puis ma tête a lééééééégèrement effectué une rotation dévoilant à l’ami espagnol l’aperçu d’un Français au teint pourpre, à l’amorce de la catatonie. Comprenez. La violence de The Uprising se décline en 140 bpm, 12 morceaux durant dont la franche moitié, sont sournois. Sournois parce que « Minds Eye », « Flying to Mars », « Working Angles » et surtout « Anywhere » sont des titres dont les 30 premières secondes sont inoffensives. Pensez bien que quand la déflagration survient, même le mec à qui vous venez d’envoyer un mail reçoit une onde virale d’une sauvagerie fabuleuse. Et je pense désormais que dans un monde sans idiome, Foreign Beggars serait l’équivalent de la pire des insultes russes.

La puissance sismique que cet album s’efforce de revendiquer vient du « Grime » (littéralement « crasse » en français). Soit une sorte d’émanation du speed-garage et 2-step des bas-fonds de Londres - si l’on s’en tient aux termes de l’alliance - mais qui doit également provenir d’un trauma cérébral chez ceux qui arrivent à en extirper toute la substance. Mmm. Le Grime, selon Wikipedia, est par essence gras, sale. Je ne dirais pourtant pas que The Uprising est un album sale. Je trouve ça plutôt propre même. Je l’assimilerais volontiers à l’écho que pourrait produire une charge de C4 dans une cellule psychiatrique. Vous savez, le bruit étouffé par un revêtement molletonné dont vous pouvez d’ailleurs reproduire le bref aperçu en larguant allégrement une caisse sur votre canapé manstad. Essayez. Mais mis à part l’allégorie du pet, je trouve le son hyper-propre. Violent, mais clean. C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu en écoutant « We Does This » et surtout l’excellent « Apex » qui est une invitation à s’éclater la tronche sur n’importe quoi ou n’importe qui.

Fuyons

Enfin, The Uprising a un côté acide. Forcément. Impossible d’écouter cet album sans ressentir l’arrière-goût de la diéthylamide que vous ne connaitrez jamais. L’album est à coup sûr le buvard sonore de la rentrée. Par les émotions qu’il procure mais aussi parce que le syncrétisme de toutes ces ambiances (calypso, drumandbass, speed-garage, jungle, 2-step, hip-hop…) provoque la synthèse d’un des psychotropes musicaux les plus actifs que j’ai jamais entendus. C’est tout à fait le cas d’un morceau comme « Crep Hype ».

En clair, si vous avez eu la flemme d’aller courir ce weekend, si votre collègue vous agace, si vous avez toujours rêvé d’espace. Si vous voulez changer, écoutez The Uprising. Mais ne venez pas vous plaindre que les tests de Rorschach de vos meilleurs potes prennent des allures méphistophéliques.

Je ne sais pas trop ce que les Foreign Beggars raconte si ce n’est qu’ « Apex » présente le groupe comme votre « midnight hour causing our evil ». Je ne connais pas non plus la situation du grime dans le monde (même si une formation de fieffés tarés hollandais Dope DOD agitera bientôt votre bocal). Ce que je peux sincèrement dire, c’est que les Londoniens et tous les autres personnes qui ont vu Foreign Beggars sur scène sont dingues ou le sont devenus. Pour les autres, il vous reste un mois pour réveiller vos vieux démons. Allez à la Cigale le 27 septembre ou procurez vous The Uprising pour la sortie mondiale, le 1er octobre 2012. Et après, fuyez, pauvres fous !

Foreign Beggars - "Apex"

Photos : © courtoisie de la page Facebook officielle de Foreign Beggars ; Vidéo : UKFMusic/YouTube