Football en Chine : quand le ballon se laisse mener à la baguette

Article publié le 20 janvier 2012
Article publié le 20 janvier 2012
Suite à l'arrivée d’un joueur européen de renom, la Chine, paraît-il, s’éveille au foot. Pourtant, entre corruption et désastre sportif, le ballon ne tourne pas rond au pays du soleil levant.

« Je me dirige donc vers une nouvelle aventure, une nouvelle vie, un autre rythme et un autre univers. » C’est avec ces mots publiés sur son compte Twitter, le 13 janvier 2012 à 15h52, que Nicolas Anelka s’envole pour la Chine. L’attaquant français a signé, le 12 décembre dernier, un contrat avec le club de la ville la plus peuplée du pays : Shanghai Shenhua.

La Chine, le dernier coup de tête de Nicolas ?

S’il avait signé ailleurs, à Tottenham (club de Premier League anglaise, ndlr), par exemple qui lui proposait une jolie offre, on s’en ficherait un peu. Mais là, la Chine ça éveille les sens. Bien évidemment, à 33 ans, Anelka ne va pas chercher dans l'Empire du Milieu de quoi rajouter du faste à sa carrière. Non, Nico y va pour l’argent. Selon les dernières informations, l’ancien pensionnaire de Chelsea toucherait 234 000 euros par semaine, soit 12 millions d’euros par an, ce qui ferait de lui le joueur français le mieux payé du monde. Donc, à la question pourquoi Nicolas Anelka va-t-il poursuivre sa carrière à Shanghai, la réponse est claire. La vraie interrogation c’est plutôt comment un club de foot chinois peut-il dépenser autant d’argent pour s’attacher les services d’un attaquant sur le déclin ?

Le sport ou la continuation de la politique par d’autres moyens

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Il y aurait la raison géopolitique. Comme le Qatar, la Chine, soucieuse d’asseoir son influence, souhaiterait exposer les vertus de son championnat par l’intermédiaire du sport le plus populaire du monde. Comme le Qatar, les Chinois attirent les gloires du football européennes vieillissantes, vecteurs en short d’une nouvelle « soft power ». C’est ici qu’interviennent, les Kaka, Ronaldinho, Didier Drogba (potentiels impétrants) et Nicolas Anelka. Soit des mannequins dans une vitrine de politique étrangère.

Les maillots ne sont même pas floqués des noms des joueurs. Une opération séduction par le sport, en somme ? Oui et non. Non car si l’on regarde de plus près la politique chinoise en matière de « sport power », le pays a déjà montré au monde entier qu’il ne rigolait pas. Lors des Jeux Olympiques d’été à Pékin, en 2008, la Chine remporte 51 médailles d’or, soit 15 de plus que les États-Unis. Oui, car les JO c’est tous les 4 ans et qu’il faut bien que la République populaire s’aguerrisse un peu dans un sport qui rassemble 25 millions de téléspectateurs.

Du lait frelaté aux camps de rééducation

Seulement voilà, le foot chinois est tout pourri. A tel point que les commentateurs sont en train d’écrire les meilleures vannes sur le sujet. A l’occasion du scandale du lait frelaté en 2008, quand l’entreprise Sanlu avait été tenue responsable, un groupe de joyeux drilles avait lancé : « Le lait Sanlu, le lait officiel de l’équipe de Chine de football ». Pourtant, les chiffres suffisent à la satire. La Chine est classée 71ème au classement FIFA de 2011 (donc derrière le Salvador, le Burkina-Faso et la Biélorussie), elle n’a pas participé à une compétition internationale depuis la Coupe du Monde à Séoul en 2002 et, affront suprême, elle a regardé joué la Corée du Nord à la télé lors du Mondial 2010.

Bref, le foot reste encore un plat qui se mange avec une fourchette. Si bien que même les ados s’en moquent. Selon les statistiques officielles révélées par The Economist, entre 1990 et 2000, plus de 600 000 jeunes en Chine avaient l’habitude de jouer au foot. Entre 2000 et 2005 ce chiffre est descendu à 180 000 pour tomber à moins de 100 000 aujourd’hui. De plus, quand 5 à 9% de la population tape dans un ballon en Europe, seulement 0,5% des 1 339 713 000 Chinois sont licenciés. Autant dire que le dernier succès populaire lié au foot depuis 2002, c’est Shaolin Soccer.

Publiée par The Economist : « Le Buddha dit aux gens qu’un de leurs vœux peut être exaucé. Quelqu’un demande : ‘Pouvez-vous faire baisser le prix de l’immobilier pour que les gens puissent louer un appartement ?' Devant l’indécision du Buddha, la personne demande un autre vœu : 'Pouvez-vous faire en sorte que l’équipe de Chine de football se qualifie pour la Coupe du monde ?' Après un long soupir, le Buddah dit : 'Parlons immobilier plutôt.' »

Mais le foot chinois est aussi pourri, au sens premier du terme. Si le Qatar comporte des Cheick (en) blanc de toute magouille, la Chine compte son lot d’escroc. Depuis que le football est professionnel (1994), la Chinese Super League essuie d’année en année paris illégaux, matchs arrangés et autres pratiques mafieuses. Un exemple : l’affaire des « sifflets noirs » à l’issue de laquelle 22 cadres de la Fédération chinoise de football (CFA) ont été incarcérés, dont le patron, Nam Yong. Mais ça ne s’arrête pas là, pendant que Yong et ses acolytes cassent des briques en pension, c’est tout le système qui prend l’eau. En 2010, 200 personnes accusées de corruption sont envoyées séjourner en « camp de rééducation » pour cinq jours.

Le ver est dans le litchi

Depuis 2011, et deux ans après l’opération de nettoyage amorcée par le président Hu Jintao, Wei Di, nouveau patron de la CFA entend laver le foot chinois « au karcher ». Première idée : permettre aux clubs de noter les arbitres. Ainsi seuls les mieux pourvus pourront exercer. Si le nouvel homme fort de la fédération a réussit à lénifier l’ivresse illicite qui bordait le sport, les grands groupes immobiliers ont pris d’assaut la première division, faisant des équipes de véritables panneaux publicitaires. Aujourd’hui c’est 13 clubs sur les 16 que compte la Chinese Super League qui sont détenus par des promoteurs. Tous ont un lien plus ou moins ténu avec le Parti communiste qui contrôle le tout avec un flegme des plus totalitaires.

Le club où va évoluer Anelka est lui, détenu par Zhu Jun, fondateur et patron de The9, principal exploitant de jeux vidéo en ligne pour le marché chinois comme le très populaire World of Warcraft. Jun a désormais décidé de jouer pour de vrai. Espérons qu’il fasse rêver le milliard de Chinois impatients. Parce que, pour l’instant, niveau football, l’Empire du Milieu reste encore « le Pire d’à-côté ».

Photos :courtoisie de IMDB pour Shaolin Soccer  Anekla, (cc) toksuede/flickr - Équipe de Chine de football, (cc) Patrick Keogh/flickr  - Jongle chinois, (cc) John Biesnecker/flickr - Enfant, (cc) Jan Christian Teller/flickr