Firas Alshater : réfugié syrien et YouTuber à succès

Article publié le 25 mars 2016
Article publié le 25 mars 2016

Sa vidéo « Wer sind diese Deutschen ? » (Qui sont ces Allemands ?) a été visionnée plus de 600 000 fois sur Internet. Depuis son petit bureau situé dans le quartier berlinois de Friedrichshain, le réfugié syrien et star de YouTube Firas Alshater, qui vit depuis deux ans et demi à Berlin, parle de son passé en Syrie sur sa nouvelle chaîne YouTube Zukar et de sa relation avec « ces Allemands ».

cafébabel : Firas, ta première vidéo YouTube a fait un buzz énorme. Qu'est-ce qui, selon toi, a provoqué un tel succès ?

Firas : C'est d'abord inattendu. Et bien fatiguant. On n'a presque plus le temps d'aller aux toilettes ! Mais je crois que le thème est très actuel, et les Allemands se sont intéressés à cette « autre » perspective. Je voulais leur expliquer ce que ça fait d'être un réfugié en Allemagne.

cafébabel : Dans tes vidéos, tu montres avec humour les réactions auxquelles sont confrontés les réfugiés en Allemagne. Te vois-tu toi-même comme un activiste qui défend un point de vue particulier ?

Firas : On a forcément un avis sur la crise migratoire. Mais selon moi, ça n'a rien à voir avec la politique, c'est une question de bon sens. Je pensais pareil en Syrie. C'est au début de la révolution en Syrie que je me suis intéressé à  la « politique » pour la première fois. Mais il s'agissait alors de résister face à une dictature tyrannique

cafébabel : L'humour est-il pour toi une forme de résistance ?

Firas : Une résistance... je ne sais pas. L'humour est le moyen le plus rapide de toucher le coeur des hommes. C'est ce que j'aimerais arriver à faire.

Vidéo YouTube de Firas, « Qui sont ces Allemands ? », sous-titrée en français.

cafébabel : Y a-t-il eu des gens qui t'ont attaqué parce que tu es un réfugié ?

Firas : Une majorité étourdissante de commentaires sur les vidéos était positive. Mais il y a toujours des gens qui ne comprennent pas l'humour. Je peux citer l'exemple d'un commentaire Facebook : « Avec ta barbe de salafiste, tu veux nous prendre l'Allemagne, reste dans ton pays ! ». Mais je ne prends pas ça au sérieux, tout simplement. Comment pourrais-je prendre l'Allemagne aux Allemands ? Le truc de la barbe de salafiste me fait rire - et tous ces hipsters à Berlin, c'est quoi alors ?

cafébabel : En tant que réfugié, as-tu le sentiment d'être le bienvenu en Allemagne ? 

Firas : Pendant un an et demi, je n'ai jamais entendu le moindre commentaire raciste ici. J'ai certainement eu de la chance. Maintenant, ça arrive un peu plus souvent, mais ça reste limité. Malgré ces commentaires, je suis libre de faire ce que je veux.

cafébabel : En Syrie, tu as connu la prison du régime Assad parce que tu as filmé des manifestations.

Firas : En Syrie, il suffit d'être contre Bachar al-Assad pour être arrêté. Même pas besoin de filmer. Les relations là-bas en prison sont horribles. Quatre-cinq personnes y meurent par jour et tu dois assister à cela, impuissant. On ne donne pas de vrais repas aux enfants. La plupart sont torturés et meurent ensuite lentement de leurs blessures. En ce moment, il y a encore un nombre incalculable d'innocents parqués dans les prisons du régime. Officiellement, ils ont disparu. Sur Internet, on trouve des preuves de la cruauté du régime envers sa propre population. Et pourtant, on ne fait rien contre Bachar al-Assad. Beaucoup de grands officiers de l'armée d'Assad sont aujourd'hui réfugiés en Allemagne. Il ne faut pas l'oublier.

cafébabel : Concernant la situation en Allemagne à propos des réfugiés : crois-tu, comme dit Angela Merkel, que l'« on va y arriver » ? 

Firas : Je crois que oui. Mais il ne faut pas se leurrer : l'Allemagne ne peut pas intégrer tout le monde. Beaucoup de réfugiés ne se font pas à la liberté qui règne ici. Pour beaucoup, le choc culturel est trop grand : des gens bourrés dans les rues, des homos. Et l'image de la femme est complètement différente ici. Quand quelqu'un arrive d'un petit village de Syrie, il n'a jamais vu une femme non voilée. Il lui faut alors un peu de temps pour s'habituer à toutes ces nouvelles choses. Souvent, les attentes sont trop grandes, et la réalité n'est finalement pas aussi belle qu'on se l'était imaginée. Et il ne faut surtout pas oublier une chose : être un réfugié, ce n'est pas un rêve qu'on faisait quand on était petit.

cafébabel : Quel fut pour toi le mot allemand le plus difficile ?

Firas : Facile : « Entschuldigung ! » (« Pardon »). Le temps qu'on présente ses excuses, l'autre est déjà parti depuis longtemps !

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Voir : toutes les vidéos de Firas Alshater sur sa chaîne YouTube