Films de cul du Web : du « Pop-Porn » fait maison

Article publié le 16 mai 2012
Article publié le 16 mai 2012
«Parce qu’Internet c’est pour le porno ! » répétait une chansonnette apparue il y a quelques années sur la Toile. On peut difficilement dire le contraire. Spontanément, on se demande comment un produit aussi pauvre en moyens, quelquefois même fascinant de ridicule, peut autant absorber les gens, à tel point d’en convaincre beaucoup à passer de l'autre côté de la caméra.
Propos de ceux qui en vivent, parfois.

« Ce n'est pas seulement une question d'argent, disent Mark et Evan à propos de Youporn, ce que nous aimons le plus, c'est la variété, et le naturel des pornos sur le Net. » Le naturel dans le porno, ça paraît antinomique, mais ils ne sont pas les seuls à le dire. « À la longue, ça te lasse de voir toujours les mêmes choses », pense Simona. Pour Roberto, c’est la possibilité de choisir quoi regarder, sans se soucier du prix des chaînes thématiques : « En plus, si je paie pour le cyber sexe, je n’ai pas le sentiment de déjà-vu. Je ne dis pas qu'il y a un dialogue, mais certainement plus d’interaction. »

Cela doit être inconscient, mais tous évoquent la gratuité comme principal avantage. L'argent est, au fond, le dénominateur commun qui relie le client à l'acteur, à l’autre bout de la webcam. Il suffit d’une caméra haute définition, de l’inévitable connexion à Internet, et c’est parti. Aucun réalisateur ou metteur en scène, pas de pannes techniques, de scripts, de bout d’essais.

« Si Justin Bieber y est arrivé »

Quelques minutes pour télécharger la vidéo en réseau et hop, effacée la distance entre producteur et consommateur. Mais, en écoutant ceux qui font ces films, et pas seulement ceux qui les regardent, il semble réducteur de ne s’en tenir qu’à l’aspect économique ou narcissique. Même si Gymena, Espagnole, lance mi-blagueuse mi-sérieuse, que «Si Justin Bieber est arrivé à devenir célèbre sur Internet, pourquoi je ne réussirais pas moi, avec le corps que j’ai ? »

Comme Misty, qui a commencé à publier des vidéos pour le plaisir d'essayer quelque chose de nouveau, tout en pimentant la relation avec son mari, lui aussi acteur amateur. Ils se présentent comme un couple libéré, qui n’a eu aucun problème à expérimenter ce nouveau terrain, poussés par la curiosité plutôt que le besoin matériel.

Kitty aussi ne met pas l'argent au premier plan. « En tant que mannequin professionnel, je n'ai pas besoin d’extras. J'ai décidé d’essayer parce que dans mon travail je finissais par haïr mon corps. À me voir dans le miroir comme un robot. Alors qu’en dialoguant avec les gens, je reçois des compliments, pas très poétiques mais certainement sincères. » Un exhibitionnisme sain donc, mais s’ils lui demandaient quelque chose de plus intime, d’osé ? « C’est non! D’accord pour s’amuser un peu, mais je me respecte aussi. Ma vie sexuelle m’appartient, je ne suis le jouet de personne. »

Le porno aurait donc aussi une fonction libératrice ? Il y a ceux qui face à la caméra semblent perdre les inhibitions qu’ils ressentiraient dans un contexte normal, et d'autres qui gardent les idées claires. Ce n’est pas aux autres de dire ce qu'ils doivent faire de leurs corps. Mais cela peut créer des tensions. « Les rares personnes qui deviennent des stars du Web, peuvent se retrouver en situation de ne plus maîtriser leur vie professionnelle » raconte Diego, du Brésil. « Ma femme et moi avons commencé en dilettantes, puis au fil du temps nous sommes devenus célèbres. Nous avons arrêté parce que l’intrusion des gens, leurs attentes ne valaient plus l’enjeu. » Misty, d'avis contraire, affirme que c’est hypocrite d’être à moitié libéré, et que pour le bon prix elle serait prête à faire presque tout. En insistant sur le presque.

L’argent n’est pas ce qu’on gagne le plus

« Le Web nous offre simplement un moyen de faire ce qui est le plus naturel au monde » affirme Attika, de Suède. « Quelle différence entre aller chercher du sexe en discothèque, ou ici ? C’est même mieux, je peux parler d'abord avec les gens, comprendre qui ils sont. Bien souvent dans les apparts, il te faut secouer un « truzzo » ( playboy, ndlr ) éreinté, qui s’est endormi sur toi. Mon gain ? J’économise sur la boisson, et avec ce que je touche pour les vidéos, ça ne paye même pas mon nouveau vélo. » Mais la plupart ne sont pas aussi décontractés. Beaucoup de consommateurs veulent être sûrs que leur dada n’empiète pas leur vie réelle. « Beaucoup de gens m’ont coupé la connexion en direct quand ils ont su que j'étais un blogueur. Certes la vie d'un homosexuel en Allemagne n'est pas difficile, et fait rare, même ma famille en Ukraine l’accepte, dit Yuri, mais ma vie sexuelle n'est pas non plus affaire d'État. »

« Pas étonnant que des gens te considèrent mal, ajoute Tika, j'ai moi-même répondu par curiosité. Et j’en ai déjà assez d’être jugé, me manque plus que de tomber sur un journaliste qui me traitera de malade, ou pire, de fille de Satan. Il paraît que même en Europe de l'Est, la droite recommence sa moralisation. »

D'un extrême à l'autre, Igor lui, dit qu’une fois inscrit sur le site, sa popularité a beaucoup augmenté. « Les gens sont beaucoup plus ouverts que ce qu'ils prétendent. Il y en a qui s'informent minutieusement, même s’ils renoncent après, pour diverses raisons. »

Même son de cloche pour Martina P., toute dernière révélation « hot » italienne, proclamant franco « Je b***e comme ça me plaît », message confié sur ce web qui l’a rendu célèbre. Dommage, la jeune fille est mineure, ce qui ouvre une page blanche au chapitre. Le débat sur la légitimité à disposer de son corps, est une des controverses entre la morale libérale et conservatrice. « Il y a un mot pour qualifier la vente de son corps: prostitution ! » lit-on dans les blogs. « Qui est légale dans beaucoup de pays civilisés, faites-vous en une raison ! » ajoute sournoisement Igor.

Photos : Une : ©xenotrope/flickr; nel testo: (cc) hampton/flickr; Vidéos : snustad/youtube et foxtv/youtube.