Fidel Castro : l'infidèle

Article publié le 19 novembre 2008
Article publié le 19 novembre 2008
Article écrit par Véronique Le Guen Ce soir, le documentaire Fidel : l'enfance d'un chef, diffusé sur la Une à 23h20, revient sur les origines d'un des mythes de la révolution. Avec ce témoignage riche et sans concession, Daniel Leconte dévoile les aspects moins connus du guérillero.

Quand les barbus de la sierra Maestra entrent triomphalement dans la Havane, Fidel Castro reçoit, hilare, les applaudissement de la foule. Son image de guérillero ne le quittera plus. La photographie de son camarade Ernesto Che Guevara prise ce jour va circuler à travers le monde entier, jusque sur les tee-shirts de nos ados. Dès lors, les deux hommes incarneront la révolution contre le libéralisme. Mais, depuis l’eau a coulée. Le Fidel Castro contemporain ne s’entoure plus d’aucun mystère pour la Société. Pourtant le mythe de sa jeunesse persévère. Le documentaire diffusé ce soir sur la chaîne francophone publique belge, Fidel Castro, l’enfance d’un chef propose de lever le voile sur cette période.

En fait, l’enfant nous apparaîtra sur 3 ou 4 photos usées par le temps. Ses parents, son éducation, ses camarades d’école … : le tout est balayé en un quart d’heure. Les petits faits peuvent pourtant paraître révélateurs… Issu d’une union adultérine, d’une bonne avec un riche américain colonialiste, le petit Fidel a souffert de son statut de bâtard. A peine le temps d’apprendre qu’il se fait chasser de chez lui par la femme légitime de son père, que les plans défilent précipitemment sans nous laisser plus nous pencher sur l'enfance du futur chef.

C’est une avalanche de dates, de petites batailles et de sales coups. La voix off durcit encore le ton noir et blanc du documentaire. La grande Histoire rencontre les petites. Mais ne s’aventure jamais dans la sphère privée, évitant les écueils de la sensiblerie. Le film s’affirme historique. Il est traité avec cette science un brin froide pour ce personnage truculent.

Car Fidel a au moins un mérite : celui d’avoir su se faire aimer des foules. C’est la foule qui gouverne, c’est pour elle qu’on tue assènera-t-il tout au long de son règne. Mais Daniel Leconte ne veut pas retomber dans le piège.

Les faits écrasent l’homme, à l’aide de témoins très proche du guérillero et d’un travail d’archives colossal. Après des affrontements militaires tous plus minables les uns que les autres, le révolutionnaire parvient au pouvoir par l’arrivisme et la trahison. Jusqu’en 1962 il jurera ne pas appartenir au mouvement communiste, faisant alors les yeux doux à la caméra de journalistes qu'ils rencontrent. Son regard savait faire oublier des traits épais et un nez de boxeur.

A force de commentaires péjoratifs, le spectateur se fatigue. La virulence du ton n’aurait peut-être pas eu le même écho si le scandale Castro n’avait depuis longtemps été révélé.