Feuille de Route, le casse-tête

Article publié le 17 décembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 17 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La confrontation entre les Arabes et les Juifs dure depuis plus d’un demi-siècle. Et la situation semblent encore empirer. Comment sortir de l’impasse ?

Après la mort d'Arafat, une opportunité historique se présente pour les Palestiniens et les Israéliens pour ressusciter le processus de paix. Toutefois, il faudrait un miracle pour trouver une solution à un conflit qui remonte au moins à 1947, lorsque l'ONU adoptait un plan de partage de la Palestine créant deux états, arabe et juif, aux frontières distinctes. Le rejet du plan par les pays arabes, et la proclamation de l’Etat d’Israël un an plus tard, marquaient le début de la première guerre israélo-arabe, qui s’achevait par un armistice en 1949, mais pas à la paix. En 1967, Israël envahissait Gaza, la Cisjordanie et une partie de Jérusalem. Depuis lors, l'occupation continue sans que la communauté internationale n'intervienne à ce sujet. Mais les Israéliens ne sont pas les seuls coupables, et les Palestiniens ont aussi leur part de sang sur les mains : en 1972, 12 sportifs israéliens étaient assassinés par un commando palestinien lors des Jeux Olympiques de Munich, par exemple.

Le changement de millénaire a définitivement miné le processus de paix, comme l'a démontré le sommet de Camp David en juillet 2000, convoqué par l'ancien président américain Bill Clinton, pour résoudre le différent portant sur la souveraineté de Jérusalem. Ce sommet s'est soldé par un échec, Arafat quittant les négociations sans que les différends soient résolus.

Peu après, Sharon faisait s'écrouler les minces probabilités d'obtenir la paix : sa visite à l'esplanade des Mosquées en septembre 2000 a transformé la zone en poudrière et a provoqué le début de la deuxième Intifada. Malgré tout, l'année suivante partait du bon pied : en janvier, le sommet de Taba (Egypte) s’achevait sur un accord pour partager la souveraineté sur Jérusalem… Mais il était déjà trop tard : un mois à peine plus tard, Ariel Sharon gagnait les élections et annonçait ouvertement qu'il ne tenait pas compte de ces accords.

La Feuille, lettre morte

La feuille de route, proposée le Quartet de Madrid (UE, Russie, ONU et Etats-Unis), et relancée en avril 2003 comme un geste en faveur du monde arabe après la guerre en Irak. Mais ce plan est resté lettre morte. A côté d'Israël et de la Palestine, nous ne devons pas perdre de vue le rôle joué par d'autres pays de la région, comme l'Iran ou la Syrie, deux dictatures qui refusent d’accepter la démocratie israélienne. Comment la paix peut-elle être signée si les ficelles du terrorisme palestinien sont tissées et tirées depuis Damas et Téhéran ? Dans ces conditions, il semble difficile qu'un dirigeant, qu'il soit israélien ou palestinien, puisse signer la paix.

L'Union européenne a annoncé qu'elle élaborerait un plan d'action en marge du Quartet, pour obtenir la proclamation d'un Etat Palestinien conforme aux frontières de 1967, tout en respectant l'esprit de la Feuille de Route. Peut-être agit-elle ainsi pour essayer de prouver que tout n'est pas perdu mais la durée du conflit et la gravité croissante de la situation oblige à des relations diplomatiques recouvrant tous les éléments et se reflétant dans un accord international. L'intervention du Quartet est nécessaire pour différentes raisons, mais surtout pour avancer dans les négociations en établissant des étapes, un calendrier, des objectifs et des critères clairs. Les deux parties en conflit doivent

être impliquées sur base égale.

La présence internationale est également essentielle pour d'autres motifs. Premièrement, ce conflit est le plus grand foyer de tensions du Proche Orient. Ensuite, parce qu'il faut négocier l'ensemble des problèmes (relations entre Israël et ses voisins, échanges économiques...) en même temps. Enfin, l'intervention internationale est aussi fondamentale parce que les deux parties sont dans une situation d'inégalité, l'une étant souveraine et pas l'autre.

Sharon fait ce qui lui plait

Pendant ce temps, la politique d'Ariel Sharon durcit à pas de géants. Le dirigeant israélien décide de couper la poire en deux : d'abord il décide de construire un mur, et ensuite il propose de retirer plus de sept mille colons de la bande de Gaza en 2005. Ce n'est qu'une stratégie pour consolider les grandes colonies en Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967.

De plus, Sharon a déjà déclaré en public qu'il ne suit pas la Feuille de Route, rejetée à cause de la violence et des reproches mutuelles entre Israéliens et Palestiniens. Le plan prévoit l'interruption de la construction des colonies juives dans les territoires occupés ainsi que la fin des attentats pour obtenir l'établissement d'un Etat palestinien.

C'est à la Palestine de jouer

De son côté, le Quartet voit d'un bon œil ce plan d'évacuation de Sharon, présenté comme une opportunité de relancer la Feuille de Route. Le plan promettait la création de deux Etats à la fin de 2005. Ce n'est pour l'instant pas possible, comme l'a déclaré Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), qui répète que l'UE défendra ce plan comme solution unique pour ramener la paix entre Israéliens et Palestiniens.

Dans ce contexte, ne perdons pas le nord. La cause palestinienne ne naît pas en faveur des Palestiniens, mais comme une identité teintée d'un sens négatif, c'est à dire contre les juifs. Les Palestiniens radicaux doivent déposer les armes et le gouvernement de Sharon se doit d'en finir avec le terrorisme d'Etat. A présent, c'est à la Palestine de jouer: elle doit choisir un président qui devienne un interlocuteur fiable pour un avenir en paix au Proche Orient… Et ceci, avec la permission de ses voisins arabes.