Feu! Chatterton : de vers en verres

Article publié le 8 septembre 2014
Article publié le 8 septembre 2014

Les cinq garçons de Paris s'y connaissent en poésie. Fringués comme des dandys, ils s'égarent volontiers dans les méandres de leur langue maternelle. Et répètent à qui veut les entendre que les vers, à l'instar des demis bien frais, sont de petits bonheurs du quotidien.  

Cafébabel : musicalement, comment s'est passée votre jeunesse, à Paris ?

Feu! Chatterton : ça n'a pas été facile. En France, nous avons plutôt des musiciens de jazz, qui peuvent parfois être un peu impressionnants. Disons-le clairement : Paris n'est pas la ville idéale pour le rock. Pour nos apprentissages musicaux, nous nous sommes donc tournés vers la scène rock anglo-saxonne. À Paris, les gens ne vont pas voir un concert juste pour la musique alors qu’à Berlin, nous avions l'impression que les gens n'allaient pas dans les boîtes de nuit uniquement pour rouler des pelles, mais aussi pour s'exposer à la musique. Là-bas, quand on écoute une jam session, on danse. Autre exemple : à Istanbul, on entend la musique locale dans toutes les rues, et on voit les gens danser spontanément dessus. À New York, on va même voir des concerts de groupes qu'on ne connaît ni d'Ève ni d'Adam.

Feu! Chatterton - La Mort dans la Pinède

Cafébabel : vous avez participé à de nombreux télé-crochets. Est-ce la seule manière de se faire connaître aujourd'hui ?

Feu! Chatterton : pas nécessairement. Mais au début, tu n'es personne, tu fais juste de la musique avec tes amis. En plus, tu n'as pas d'argent. Nous nous sommes simplement inscrits à toutes les compétitions possibles.

Cafébabel : vous avez aussi pris des cours de théâtre. Votre musique, c'est de la comédie ?

Feu! Chatterton : pendant les cours, nous ne faisons que libérer quelque chose sommeille déjà en nous. Dans ces moments-là, nous sommes sauvages. Mais la mise en scène n'est pas un mensonge, simplement quelque chose de très travaillé. Aux répétitions, nous nous lâchons bien plus que sur scène. 

Cafébabel : vos citations de Baudelaire et d'Aragon sont fort appréciées. Vous considérez-vous comme des poètes ?

Feu! Chatterton : pour nous, la poésie, c'est comme boire une bière, cela nous amuse. Quand on fait de la poésie, on n'est pas là à dire : « Hé, regardez, tous ! On est des poètes, on mérite une place dans un musée ! » C'est plutôt comme marquer un but, à Fifa. En France, quand quelqu'un lit de la poésie, on a l'impression de visiter un musée. Pour beaucoup de personnes, la poésie est un truc du passé que seuls les gens bien habillés peuvent apprécier. On pourrait tout aussi bien réciter des vers en caleçon. Quand on trouve un vers qui va bien sur une de nos mélodies, on est comme des gamins. On a la chance de monter sur scène, et nous pouvons y emmener des poètes classiques. Le public se rend alors brusquement compte que c'est peut-être le début de quelque chose pour lui. Des artistes comme Jim Morrison ou Patti Smith l'ont déjà fait avant nous.

Feu! Chatterton - La Malinche

Cafébabel : on vous a décrits comme des « ambassadeurs de la langue française ». Devez-vous cette image au fait qu’actuellement, la chanson française est un peu délaissée ?

Feu! Chatterton : c'est vrai qu'aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup de groupes qui chantent en français. Et les gens qui s'attachent à parler un français « correct » sont de moins en moins nombreux. On se contente juste de faire passer son message. Ce n'est pas notre démarche. Voici trente ans, des poètes venaient encore lire leurs textes dans les bars. Aujourd'hui, on a l'impression que tout cela est suranné. Autrefois, on abordait encore la langue de manière naïve. Le rap français essaie justement de lutter contre ces tendances.

Cafébabel : êtes-vous actifs sur d'autres fronts, hormis la musique ?

Feu! Chatterton : jusqu'à récemment, nous étudions des choses très différentes : physique, commerce, finance ou contrebasse.

Cafébabel : pensez-vous que votre musique puisse trouver son public en dehors de France ?

Feu! Chatterton : c'est difficile à dire, du moins aussi catégoriquement. En tout cas, c'est sûr que nous aimerions nous produire aux États-Unis ou en Allemagne. Nous espérons simplement pouvoir faire passer quelque chose dans nos mélodies, sans qu’on ait besoin d’en comprendre les textes. 

Écouter : Feu! Chatterton - EP (2014)