Felipe González: « Si le Conseil ne respecte pas notre indépendance, j’abandonne »

Article publié le 8 décembre 2008
Article publié le 8 décembre 2008
« Je suis un retraité heureux et j’ai une touche delorsienne qui m’empêchera de supporter les ingérences », annonçait il y a une semaine Felipe González au sujet des conditions qu’il veut défendre defender face au Conseil européen pour que les 12 sages qu’il préside puissent émettre en 2010 un rapport sur l’avenir de l’UE à l’horizon 2020 ou 2030.

L’ex premier ministre socialiste espagnol préside le groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe constitué la semaine dernière et qui inclue des personnalités telles que Rem Koolhas, Lech Walesa ou Mario Monti. Ses idées sont claires au sujet des priorités de l’UE.

4 crises superposées et un groupe de réflexion

La trampa del crédito

« Si la seule crise existante était l’institutionnelle, il suffirait d’applique le Traité de Lisbonne et il n’y aurait pas besoin de groupe de réflexion. » González connaît les sujets sensés ne pas être touchés par le groupe : la réforme institutionnelle que le Traité de Lisbonne veut entamer, ou le budget européen. Ceci dit, il a déjà annoncé ne pouvoir éviter aborder la crise économique et le rôle de l’UE dans le monde après le conflit en Géorgie l’été dernier. « Sur la crise institutionnelle se superposent trois autres crises, la crise de sécurité, l’économique et celle du climat et l’énergie », avançait-il à Madrid pendant le conseil des socialistes européens. À son regard, il est nécessaire de réfléchir sur l’avenir du modèle social européen et pour cela il faut éviter les formules ‘à la défensive’, mais plutôt expliquer aux citoyens les réformes requises dans l’UE. « Lorsque la création de ce groupe de réflexion fut annoncée après la signature du Traité de Lisbonne, on pensait à l’horizon 2020 un peu par un sentiment d’insatisfaction à l’égard des résultats de la Stratégie de Lisbonne », explique celui qui travaillera main dans la main avec l’architecte hollandais Rem Koolhas, le leader anticommuniste polonais Lech Walesa, l’ex présidente lettonne Vaira Vike-Freiberga ou l’ex président de Nokia, Jorma Ollila.

L’heure de la politique est arrivée

« Nous, les hommes politiques, nous produisons de nombreux textes que nous lisons rarement et que nous mettons en place encore moins », glisse González en annonçant son intention que le rapport de son équipe de sages soit pris en compte en ce moment de crises superposées qui, selon lui, est une « opportunité pour que l’UE réfléchisse sur ce qu’elle veut être dans l’avenir ». Par contre, González ne veut pas perdre une seule minute à débattre sur les frontières de l’UE, contrairement à la volonté initiale du président français Nicolas Sarkozy. « L’Europe sera l’ensemble de pays qui voudront et pourront partager un destin commun à travers des stratégies, des objectifs et des sentiments d’appartenance communs, sans exclure les sentiments d’appartenance locaux. Ceci m’intéresse beaucoup plus que tourner en rond autour du ravissement de l’Europe sur les côtes phéniciennes il y a 3000 ans. Une non européenne était la mère de cette invention à laquelle nous croyons tous », concluait-il, sournois.

Élections sans réforme ni candidats

Les élections de juin 2009 approchent et chaque parti européen aura pour la première fois de l’Histoire un budget pour faire campagne à l’échelle européenne. Tous, sauf le Parti Populaire européen, ont déjà célébré leur congrès pour trancher sur leur stratégie électorale. Pourtant, aucun d’entre eux n’avance le nom d’un candidat propre à la présidence de la Commission européenne après les élections. Or sans le Traité de Lisbonne en vigueur, le Parlement européen compte avec peu de possibilités d’imposer un candidat à succéder le conservateur portugais Durão Barroso. « Je doute qu’il y ait des changements institutionnels avant les élections pour que les nouveaux manifestes électoraux puissent se mettre en place » comme s’ils s’agissaient de véritables programmes électoraux, explique González devant les militants socialistes européens, en même temps qu’il fait confiance au Conseil européen de décembre à Bruxelles pour qu’il distille une solution définitive pour le Traité de Lisbonne et l’Irlande.

La politique est engourdie

El clima está loco

González est convaincu que toutes les crises présentes sont liées entre elles et que le moment est venu pour que la Politique entre en scène « régler les problèmes créés par la main invisible”, mais il est conscient des difficultés et de la tendance à rester sur le plan intergouvernemental ou à agir chacun de son côté : « Il est possible que la Politique soit un peu engourdie pour régler les problèmes, du fait qu’elle est restée trop longtemps loin des terains de jeu. Les hommes politiques ont cédé du terrain aux institutions qui doivent maintenant prendre en charge la recomposition du désastre de l’économie financière », ajoute-t-il, dans la certitude que « la crise va durer malgré le plan de la zone euro et le Royaume Uni (2,5 fois celui des États-Unis) ». Sa préoccupation pour l’avenir de l’Europe touche plusieurs sujets. Il considère, c’un côté, que la survie du modèle social européen a été garantie jusqu’à présent grâce aux immigrants. De l’autre côté, il demande « de qui nous défend le million et demi d soldats en Europe, tandis que ce dont on a besoin ce sont 150.000 effectifs prêts pour partir en mission de paix ». (Photos: Felipe González / Parti Socialiste Européen ; Climat impossible / http://www.flickr.com/photos/onfocus/; le danger du crédit sans fonds / http://www.flickr.com/photos/bitzcelt/ )