Felicia Impastato, la mère des honnêtes Siciliens

Article publié le 1 août 2016
Article publié le 1 août 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

38 ans après le meurtre de Peppino Impastato, la fiction Felicia Impastato raconte pour la première fois la vie de sa mère, cette femme courageuse et digne qui préféra la justice à la vengeance. Certaines réflexions sont nécessaires sur ce téléfilm qui a raconté à toute l'Italie qui était Felicia Bartolotta Impastato, la mère des Siciliens et des Italiens honnêtes.

24 années se sont écoulées entre 1978 et 2002 : le temps n’est souvent qu’un détail insignifiant de l’histoire, livré aux paradoxes de la Sicile et de la lutte antimafia. Mais pour une mère, attendre 24 ans pour obtenir justice et voir les assassins de son fils enfin condamnés est une éternité. Ces années comptent encore plus si l’histoire commence à Cinisi dans les années 70, une Macondo sicilienne, imprégnée de culture mafieuse et zone stratégique du trafic de drogue international.

Certaines fictions ne sont pas des chefs d'œuvre cinématographiques : elles n'offrent pas un jeu d'acteurs exceptionnel ni un langage filmique avant-gardiste, mais elles ont le mérite d’informer et de dévoiler des histoires que nous devons connaître. Dans la tragédie sicilienne du héros romantique, Felicia Bartolotta Impastato avait été jusque-là un personnage secondaire, éclipsée par l'Affaire Moro et les mauvaises pistes bien plus terribles d'un État absent. Ceux qui l’ont connue savent que ce n’est pas vrai. D’autres, comme l’auteur de cet article, se sont vus transmettre cette histoire. Depuis hier, grâce à la fiction Rai réalisée par Gianfranco Albano, toute l’Italie sait, malgré la contre-programmation qui mettait en scène, ironie du sort, une « guerre de l’audimat » avec GomorraLa Série. Nous avions découvert et mythifié l’histoire de Peppino, trop belle et tragique pour être oubliée, avec le film Les Cent Pas. Le film de Marco Tullio Giordana, et son émouvante scène finale sur les notes de Whiter Shade of Pale où les « minots » caressent le rêve d’une société meilleure, avait fait connaître Cinisi dans toute l'Italie.

Grâce au film d’hier soir, interprété par Lunetta Savino (et vu par 6.871.000 téléspectateurs pour une part d’audience de 26,98 %), un pas supplémentaire a été fait. Maintenant nous savons ce qu'il s'est passé pendant ces 24 années d'attente, durant lesquelles beaucoup ont oublié la dignité et le courage, un peu comme on néglige le générique de fin. Vingt-quatre années ont passé, entre fausses pistes et archivages, pour terrasser finalement cette première piste honteuse : l’attentat terroriste du communiste de province.

Peppino Impastato était le fils d'un mafieux, mais il était aussi le fils de sa mère qui aujourd'hui plus que jamais est la mère ou la grand-mère de tous les Siciliens honnêtes. Et si l'on ne se souviendra pas du film comme d'un chef-d'œuvre du cinéma (mis à part la superbe interprétation de Lunetta Savino), il lui reste le mérite d'avoir raconté 24 années de recherche de la vérité conduite avec dignité, en sachant que la justice vaut plus que la vengeance.  

Nous ne nommerons pas les antagonistes de cette histoire, ils appartiennent à une page défraîchie de l’histoire ; dans cette maison au cœur de Cinisi, il n’y a plus d’arrogance ni d’injustice depuis des années, mais de la culture et du courage.