Federica Mogherini ne doit pas se rendre en Iran

Article publié le 4 août 2017
Article publié le 4 août 2017

La cheffe de la politique étrangère de l’Union Européenne, Federica Mogherini, se rend à Téhéran le 5 août pour prendre part à la cérémonie d'investiture du deuxième mandat du président des mollahs, Hassan Rohani.

Une telle visite ne fera qu'encourager les mollahs à poursuivre leurs excès contre la population iranienne, avec la bénédiction de l’UE. Cette visite, alors qu'au moins 101 exécutions ont eu lieu dans le seul mois de juillet 2017 en Iran, sont un affront aux valeurs universelles des droits de l'Homme dont l'UE se considère comme le garant. Elle ne fera que graver dans l’esprit des Iraniens l’image d’une Europe qui renonce à ses principes.

Rohani n’a rien fait dans la pratique pour améliorer la situation des droits de l’homme dans le pays. Ses vaines promesses de modération n’ont eu aucun impact sur la vie des gens qui subissent un des régimes les plus répressifs du monde depuis 1979. Il partage dans le domaine de la « sécurité intérieure » les mêmes points de vue que le Guide suprême, Ali Khamenei. Les représentant des deux clans du régime, les soi-disant modérés et les radicaux, sont tous les deux hantés par la perspective d’un soulèvement populaire à l’image de celui survenu en 2009 en Iran.

Or le rôle de Rohani, tout comme Khamenei, est de préserver les fondements du régime et parer à son effondrement. Mais ce que demande le peuple iranien, après 37 ans de régime islamiste brutal et incompétent qui a mené le pays au bord du gouffre économique et social, c’est le changement de régime.

Les membres du cabinet de Rohani ont joué un rôle majeur dans la guerre, la répression et l'exportation du terrorisme et du fondamentalisme. Dans son premier gouvernement, le ministre de la Justice, Mostafa Pour-Mohammadi, a été l'un des principaux responsables du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988. Un crime qualifié de « crime contre l’humanité » par les ONG.

Au cours du mandat de Rohani, la répression des opposants politiques et des défenseurs des droits de l'Homme, des travailleurs, des femmes, des enseignants, des avocats, des journalistes et des blogeurs s'est intensifiée.

Dans son récent rapport, daté du 2 août 2017, Amnesty International dénonce une situation accablante pour les droits de l’homme en Iran. « Les autorités iraniennes ont mené une répression ‘infernale’ contre les défenseurs des droits de l’homme depuis qu’Hassan Rohani est devenu président, diabolisant et emprisonnant les militants qui osent défendre les droits des personnes ».

Amnesty appelle l'UE à s’exprimer très clairement contre la persécution des défenseurs des droits de l’homme dans le pays et insiste sur le fait que « l'UE ne doit pas rester silencieuse sur le traitement scandaleux réservé aux défenseurs des droits de l’homme en Iran... Au lieu de complaire avec les autorités iraniennes, l'UE devrait demander énergiquement la libération immédiate et inconditionnelle de tous ceux qui étaient emprisonnés en raison de leur militantisme pacifique en faveur des droits de l’homme et l’arrêt de l'utilisation abusive du système judiciaire pour faire taire les militants ».

Investir sur l’une des factions du régime ne fait que renforcer le régime du Guide suprême dans son ensemble et lui donne une légitimité qu’il ne mérite pas. Aucun changement ne peut être imaginé en Iran sans la fin des exécutions, des tortures, ainsi que l’ingérence des pasdaran (gardien de la révolution) en Syrie, en Irak et au Yémen et la fin de leurs projets nucléaires et balistiques.

Toute relation avec le régime iranien doit être subordonnée à la suspension des exécutions et à l'amélioration de la situation des droits humains. C'est la volonté du peuple iranien et une nécessité pour la paix et la tranquillité dans la région et dans le monde.

 265 eurodéputés condamnent les violations des droits de l'homme en Iran, juin 2017.