Feast Thessaloniki – Envisager l'avenir autour d'un repas

Article publié le 4 juin 2014
Article publié le 4 juin 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Fa­çon­ner le monde, cela ne se fait pas tout seul, mais à plu­sieurs. L'échange, le sou­tien mu­tuel et l'écoute sont éga­le­ment des va­leurs clés. Avec Feast Thes­sa­lo­niki, Niki et Ar­gyro com­binent tous ces élé­ments, en y ajou­tant un der­nier in­gré­dient. C'est lors de dî­ners dé­con­trac­tés qu'on vient ex­po­ser ses idées et ses pro­jets, en quête d'un po­ten­tiel fi­nan­ce­ment. 

Le concept est simple : un mois avant chaque évé­ne­ment, Feast Thes­sa­lo­niki in­vite la com­mu­nauté ou­verte à leur en­voyer une pré­sen­ta­tion de leur pro­jet. Les meilleurs en­tre­pre­neurs se voient of­frir l'op­por­tu­nité de venir ex­po­ser leurs idées à l'oc­ca­sion d'un évé­ne­ment qui mêle créa­ti­vité et dîner convi­vial et dé­tendu.  Les par­ti­ci­pants versent une contri­bu­tion de 10 euros. Les spon­sors four­nissent la nour­ri­ture et la bois­son. On mange, on parle, on écoute les idées pro­po­sés, on ré­agit et on com­mente : un échange se crée. En­suite, on vote, dé­mo­cra­ti­que­ment et à bul­le­tin se­cret ; l'idée ga­gnante rem­porte les fonds consti­tués par la somme ver­sée par chaque par­ti­ci­pant. Afin de ga­ran­tir la trans­pa­rence, le vain­queur doit par­ti­ci­per au pro­chain évé­ne­ment, pour ex­pli­quer com­ment cette somme a été em­ployée.

Ins­pi­ra­tion – Echange – Ac­tion

Feast a com­mencé en sep­tembre der­nier, sur mon bal­con, où Niki et moi bu­vions un verre”, se sou­vient Ar­gyro. “Je ve­nais juste de ren­trer de Ber­lin, où j'avais vu cette ex­po­si­tion sur la culture et l'es­pace ur­bain, et sur com­ment les ins­ti­tu­tions cultu­relles changent l'image de la ville." C'est là qu'elle a en­tendu par­ler du pro­jet amé­ri­cain De­troit Soup. L'idée a tel­le­ment plu aux deux jeunes femmes qu'elles ont dé­cidé de la re­prendre, en Grèce. Et ça a mar­ché. Trois évé­ne­ments ont déjà eu lieu, avec suc­cès, et en sep­tembre le pro­jet a fran­chi une nou­velle étape. “Nous al­lons dé­ve­lop­per notre stra­té­gie pour les pro­chains évé­ne­ments en nous ba­sant sur une ana­lyse ap­pro­fon­die des trois pre­miers. Nous al­lons noter tout cela noir sur blanc, et être très claires sur la ma­nière dont nous al­lons pour­suivre cette aven­ture", ex­plique Niki. 

Les évé­ne­ments Feast mêle le concept d'on­line-crowd­fun­ding [fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif en ligne, ndlt], dans le cadre du­quel des start-ups et des pro­jets sont pré­sen­tés sur une pla­te­forme in­ter­net et peuvent être sou­te­nus fi­nan­ciè­re­ment par la com­mu­nauté, en s'ap­puyant sur l'idée de l'in­ter­con­nexion des ré­seaux. “Le but prin­ci­pal de notre concept est le fi­nan­ce­ment", ex­plique Niki. “Mais l'in­ter­con­nexion des ré­seaux est bien sûr le deuxième sur la liste, parce que même s'il n'y a qu'une seule per­sonne qui rem­porte la ca­gnotte, les par­ti­ci­pants entrent en contact les uns avec les autres, et les choses peuvent se dé­ve­lop­per à par­tir de là.” Fu­sion­ner les ac­teurs au sein d'une com­mu­nauté d'en­tre­pre­neurs créa­tifs, dans la­quelle cha­cun tra­vaille d'ha­bi­tude de son côté, est sans aucun doute fon­da­men­tal. Si des fac­teurs tels que la ges­tion de pro­jet, la fi­nance et le mar­ke­ting ade­quat sont sous-es­ti­més, même l'idée la plus in­té­res­sante peut échouer. Mais si un bon concept d'en­tre­prise ren­contre un chargé de re­la­tions pu­biques, les chances que les deux contri­bu­teurs tirent fi­na­le­ment pro­fit de leur col­la­bo­ra­tion aug­mentent consi­dé­ra­ble­ment.

Le boom créa­tif de la crise 

Si l'on met de côté la fuite des cer­veaux, le chô­mage, et l'ab­sur­dité des er­reurs de ju­ge­ments co­mises par les hommes po­li­tiques, la si­tua­tion dif­fi­cile que vit la Grèce (elle n'est pas la seule) a éga­le­ment per­mis l'émer­gence d'une nou­velle ma­nière de pen­ser. “Dans les temps dif­fi­ciles, il faut se mon­trer créa­tif", ex­plique Niki, pen­dant qu'Ar­gyro sou­ligne que le point de vue concer­nant les coûts de pro­duc­tion a aussi évo­lué : “On ne pense pas en termes de cen­taines de mil­liers d'eu­ros. On se concentre sur des choses plus es­sen­tielles, des choses qui sur­gissent de sous la terre, dans notre en­vi­ron­ne­ment im­mé­diat. Je constate que les concerts, les évé­ne­ments, les ex­po­si­tions d'au­jourd'­hui gagnent en qua­lité. Je crois que la ten­dance est au "local and live" [local et di­rect, ndlt] : se trou­ver au sein d'une com­mu­nauté et ex­pé­ri­men­ter les choses en­semble, sous un seul et même "pa­ra­pluie d'idées".

Ar­gyro, qui a tra­vaillé dans le ma­na­ge­ment cultu­rel, et Niki, qui pos­sède un mas­ter d'art en Culture ur­baine eu­ro­péenne, semblent avoir in­tro­duit en Grèce un concept ve­nant com­bler un grand vide. FEAST Thes­sa­lo­niki a été in­vité à Athènes, Ka­te­rini, Veria et en Crète, ce qui montre clai­re­ment que beau­coup de Grecs se pré­oc­cupent de l'ave­nir ; et d'un ave­nir au sein de leur pays. Les gens sont plus édu­qués que ja­mais, ils ont voyagé, étu­dié à l'étran­ger et ra­mené dans leurs va­lises des idées qui per­mettent d'ima­gi­ner des ma­nières de se sor­tir du chaos éco­no­mique et de la dé­pen­dance fi­nan­cière. Dans le même temps, des concepts tels que FEAST Thes­sa­lo­niki four­nissent un cadre dans le­quel ces idées peuvent se dé­ve­lop­per et, sur­tout, trou­ver le sou­tien dont elles ont be­soin.

Mais, plus que tout, Niki et Ar­gyro pro­posent aux en­tre­pre­neurs une pers­pec­tive no­va­trice, et pas seule­ment d'un point de vue fi­nan­cier. Leur concept com­bine créa­ti­vité, éco­no­mie res­pon­sable, de­mande ré­gio­nale et va­leurs dé­mo­cra­tiques. Pour­tant, l'Union Eu­ro­péenne et l'Etat grec semblent s'obs­ti­ner à es­pé­rer des mil­lards d'eu­ros d'in­ves­tis­se­ment de la part des so­cié­tés in­ter­na­tio­nales. Et pen­dant qu'ils at­tendent ainsi, ils échoue à four­nir une ad­mi­nis­tra­tion ou un sou­tien à ceux qui sont vo­lon­taires et ca­pables de lan­cer des en­tre­prises de pe­tite taille mais viables. FEAST Thes­sa­lo­niki ne tente pas de ré­in­ven­ter l'eau chaude ; Niki et Ar­gyro se contentent de gar­der les yeux ou­verts, d'écou­ter, de prê­ter at­ten­tion à ce qui existe déjà et de ras­sem­bler les in­di­vi­dus : une stra­té­gie simple mais qui pour­rait per­mettre de ré­soudre bien des pro­blèmes que nos élus ne semblent pas à com­prendre.