Fara'a: 100 ans d'occupation - Franck Saurel (ùmido)

Article publié le 16 août 2007
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Article publié le 16 août 2007
Fara'a et le camp de Fara'a comptent 7000 âmes. Fara'a est à la base un village, situé entre Jénine et Naplouse (dans le nord de la Cisjordanie). Le camp de réfugiés s’est créé en 1948. Déplacés de Jaffa pour la plupart mais aussi d’Haifa, et Led, ils sont venus planter leurs tentes et attendent depuis de retourner dans leur ville d’origine. L’histoire se répète entre les réfugiés d’ici et là-bas.
Les grands-parents et les parents ont subi l’éxil, leurs enfants continuent à rêver de ce retour et de cette terre qui était la leur. Ce rêve se transmet depuis trois générations, 1948-2007, bientôt 60 ans d’exil et presque 100 ans d’occupation. Car avant la venue des sionistes et la création d’Israël, c’était l’Empire Britannique qui occupait le territoire…

Le paysage du camp donne à lire tout un mode de vie qui lui est propre. Même dans mes ateliers, les enfants se regroupent. Ils n’occupent pas l’espace mais se serrent les uns contre les autres et même si cela doit les gêner dans leurs mouvements, le premier réflex est de se regrouper, « on avance ensemble ». Je l’ai observé à Jénine et maintenant à Fara'a. Le camp est constitué de petites maisons, toutes en travaux, construites les unes à côté des autres, aucun espace entre les maisons du camp, et les rues sont entretenues au minimum. Oui, les réfugiés du camp de Fara'a sont pauvres…mais il y a encore une idée qui apparait derrière le mur du premier constat, c’est celle d’un espace éphémère, provisoire. Dans l’attente de rentrer chez eux, ils battissent, construisent leurs vies mais ne finissent rien. Ces maisons sont provisoires, les rues, les magasins, les voitures, toute cette vie est provisoire. C’est un véritable choix, une volonté de vivre dans cette espace et de cette façon. Tout est un rappel au retour, ici ils ne sont pas chez eux et tout est mis en œuvre pour qu’ils ne se sentent pas chez eux.

P8010006.JPG Le paysage…regarder et écouter les histoires qu’il me raconte. Fara'a est dans un creux, entourée de collines. Elles sont recouvertes de pierres, de touffes d’herbes dorées et de culture de légumes. Du vert, de l’or et du blanc. Le soleil cogne et sa lumière inonde cet endroit du monde. Les matins sont délicieusement doux, le vent est frais et j’écris sur le toit à ciel ouvert, je témoigne du passage de la nuit au jour, les étoiles rencontrent le rose et le bleu et la lumière nouvelle dessine les contours du paysage. Le village dort encore, je lève les yeux et remarque des points de lumière sur les collines. Tout le village endormit est entouré de ces petites lumières diffusées par des luminaires. Ce sont les colonies qui se réveillent elles aussi, elles sont au sommet, dominent et entourent le village et le camp. Partout où mon regard s’échappe je tombe sur cette présence, aucun échappatoire. Si je veux me perdre dans l’horizon, profiter d’un moment à moi, de liberté, de penser et de rêve, elles sont là, défiant mon regard et dominant le lointain…Ahmad me confiait un vieil adage d’ici hier dans un sourire chargé de d’ironie : « Hier est mieux qu’aujourd’hui ». Demain, le futur, le lointain, l’horizon, autant de concepts qui nourrissent mes espoirs et me font avancer pas à pas dans ma vie…ici demain c’est loin.

P8040003.JPG Franck Saurel (ùmido)