Faire sauter l'austérité en Europe : le Plan B de Yanis Varoufakis

Article publié le 7 mars 2016
Article publié le 7 mars 2016

La semaine dernière, Yanis Varoufakis a présenté son Plan B pour contrer l'austérité en Europe. En partie inspiré du mouvement espagnol des Indignés, ce plan recherche « des alternatives à la politique actuelle » pour « donner un nouveau souffle à la démocratie européenne ». Alors, comment ?

« Il n'y a pas meilleure ville que Madrid pour présenter ce projet parce qu'ici, il a déjà été démontré –comme à Barcelone– qu'une alternative à la politique actuelle est possible », déclarait une conseillère municipale de AhoraMadrid, la formation locale soutenue par Podemos qui gouverne la ville. Dans la foulée, Miguel Urbán, eurodéputé du parti d'Iglesias et figure du mouvement Austerexit, ajoutait : « Ce dont l'Europe a besoin c'est d'être confronté à un 15M » (le mouvement des Indignés du 15 mai 2011, ndlr).

Dans un certain sens, le projet de Yanis Varoufakis tire son inspiration des Indignés après avoir cherché une « alliance avec des écologistes, des progressistes et des sociaux-démocrates ». À Berlin, lors de l'inauguration en grande pompe de son projet, Diem 25, l'ancien le futur-ex héros anti-austérité s'est également emparé du dossier Blocupy, organisateur des manifestations en masse à Francfort contre la Banque centrale européenne (BCE) et ses « laboratoires d'austérité ».

« Européaniser la marée espagnole »

Nombreux étaient les participants du sommet à Madrid à chercher l'inspiration dans ce qui est arrivé à l'Espagne depuis 2011, l'année « du grand rassemblement ». « Les mouvements sociaux espagnols sont les plus innovateurs, les mieux articulés et les plus puissants d'Europe », a ainsi déclaré Cédric Durand, du Centre Economique Paris Nord. Catherine Samary, du Conseil Scientifique de l'organisation altermondialiste ATTAC, renchérissait en proposant « d'européaniser la marée espagnole ».

Leader populaire d'Izquierda Unida (la Gauche Unie, ndlrAlberto Garzón, a préféré mettre en avant ce qu'il considère comme l'une des grandes îcones de la crise : la PAH (pour Plataforma de Afectados por la Hipoteca, ndlr), un mouvement social qui s'est formé autour de la crise immobilière espagnole et dont Ada Colau - l'actuelle mairesse de Barcelone - a été une membre éminente. « La PAH a été l'exemple parfait du besoin de rallier les gens autour d'une problématique (le logement en l'occurence, ndlr). Elle a su faire preuve de pédagogie politique auprès des victimes en exerçant en même temps une forte pression sur les responsables au pouvoir », a affirmé Garzón.

Pourtant, en dehors de l'inspiration espagnole, c'est bel et bien la reculade d'Alexis Tsipras sur la crise grecque de l'été dernier qui a motivé Varoufakis à se jeter dans l'aventure. « Alexis Tsipras a délaissé le référendum grec. Personne ne peut se proclamer démocrate lorsque l'on condamne son peuple à une vie plus difficile », envoie l'ancienne présidente du Parlement grec et ancienne camarade du premier ministre grec, Zoé Konstantopoulou.

« La dette est une arme de destruction massive sur les Droits de l'Homme »

Varoufakis renforce l'avis de son ancienne compagne de cabinet avec une anecdote. L'un des plus grands responsables de la Troika aurait reconnu durant une réunion à Bruxelles que les mesures prises envers la Grèce étaient un échec, « mais ils y avaient investi tant de capital politique, qu'ils étaient forcés de continuer ». Il ajoute : « Pour faire des coups d'États, pas besoin de tanks, les banques suffisent ».  

Parler d'austérité, c'est parler de dette. Selon Konstantopoulou, la dette représente un arrangement pour soumettre les peuples et faire tomber les démocraties. « Ce qui est arrivé en Grèce est un coup d'État », assène-t-elle. Le porte-voix du Comité International  pour l'Abolition de la Dette du Tiers Monde, Éric Toussaint, ira même plus loin : « La dette est utilisée comme une arme de destruction massive sur les Droits de l'Homme ». L'économiste français tente ensuite d'éveiller les consciences. Pour lui, la dette de l'Europe sera « un thème central, comme elle le fut en Amérique Latine et en Asie durant les années 80 et 90 ».

« En présentant notre Plan B nous voulons combattre l'idée qu'il n'y a pas d'alternative », explique quant à elle l'eurodéputée d'Izquierda Unida, Marina Albiol. Dit autrement, les personnes qui s'impliquent dans le Plan B ambitionnent d'activer la réflexion politique et d'amener de nouvelles propositions sur la table. Albiol : « La politique d'austérité a déjà créé 123 millions de pauvres en Europe, alors qu'en contrepartie, le nombre de millionnaires a lui augmenté ». 

Les monstres de notre temps

La  situation actuelle de la zone euro ouvre de nombreux débats sur la nécessité de « forger une alliance entre les peuples », comme l'a signalé l'eurodéputée espagnole. Elle rappelle aussi aux participants que « le fascisme avance en Europe et que seule une proposition d'ampleur internationale peut lui couper l'herbe sous le pied ». 

Le manque de transparence des institutions européennes fut un des autres axes autour desquels s'est articulé le sommet. « Il est difficile d'avancer des mesures au Parlement européen quand on a en face la grande coalition des populistes et des socialistes. Par exemple, différents partis cherchent à débattre sur la loi danoise permettant de confisquer les biens des réfugiés, au moins pour visualiser le problème, et celà s'est avéré impossible », affirme Ernest Urtasun, représentant en Europe du Groupe Les Verts/Alliance Libre Européenne.

La situation critique du Parlement européen a été assimilée à « la maison des lobbies ». « Nous avons besoin de récupérer nos institutions et d'arrêter l'avancée du pouvoir financier, mais pour cela la rue doit nous appuyer », affirme Lola Sánchez, eurodéputée de Podemos en faisant clairement référence à la négociation trouble des traités commerciaux internationaux comme le TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, ndlr).

Varoufakis ponctura la présentation de son projet par une mise en garde : « La vieille Europe se désintégre. Nous sommes revenus aux années 20 et le défi, c'est de faire face à ses monstres [nationalisme, racisme, xenophobie] qui profitent de cet effondrement. Nous nous devons de réinstaurer la démocratie en Europe, c'est notre devoir envers les générations futures », ajoute-t-il.

Le premier grand regroupement européen du Plan B est prévu pour le 28 mai prochain. Le prochain sommet, quant à lui, est prévu pour mars 2017 et se tiendra à Rome, coïncidant avec le 50ème anniversaire du Traité de Rome, qui fût à l'origine de la Communauté Économique Européenne et de la communauté européenne de l'énergie atomique, prémices de l'UE actuelle.