Facebook : ni avec toi, ni sans toi

Article publié le 18 août 2009
Article publié le 18 août 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Parmi les 250 millions d’internautes qui ont cédé aux chants des sirènes de Facebook à travers le monde, 100 millions vivent en Europe. Un chiffre spectaculaire auquel s’agglutinent pas moins de cinq millions d’usagers nouveaux par semaine ! Les critiques fusent mais rares, encore, sont ceux qui décident de se désinscrire. Enquête.

Désinscrite, aussitôt réinscrite. Un an après sa première tentative sur le réseau social Facebook, Caroline, une étudiante allemande en musicologie à Paris, a décidé de fermer son profil : « Je ne supportais pas ces photos soi-disant drôles, accompagnées de légendes telles que ‘hey, cool’ ou ‘lol’ qui, selon moi, vont de pair avec l’incapacité grandissante des gens à exprimer des idées un poil complexes. » Et pourtant, Caroline n’a pas tardé à rouvrir son compte. « Bien que je n’apprécie pas que mes données personnelles circulent à tout va sur Internet, s’explique-t-elle, je ne veux pas non plus perdre la possibilité de communiquer facilement et rapidement avec mes amis ou d’autres connaissances à travers le monde... Du coup, j’essaie de ne pas gaspiller mon temps suspendue à Facebook. »

« J’en déduis que pour inventer de tels passe-temps, faut vraiment se faire chier ! »

Caroline n’est pas un cas isolé. A en croire les commentaires qui circulent sur certains forums, les internautes sont nombreux à ne pas vouloir adhérer à Facebook. La plupart des récalcitrants mettent en avant la menace que les réseautages sociaux virtuels font peser sur leur vie privée et leur intimité. Depuis plus de cinq ans, l’écrivain et journaliste Francis Pisani, spécialisé dans les technologies de l’information, anime Transnets, un blog publié par le journal Le Monde. Dès l’apparition de Facebook, il a manifesté son désaccord : « Je crois que l’intimité n’y est pas suffisamment préservée. J’ai arrêté de m’en servir durant un certain temps. Je veux avoir un plus grand contrôle et être mieux informé sur qui me lit ou non… »

Pourquoi ne pas tout simplement apprendre à mieux sélectionner les informations que l’on diffuse et que l’on reçoit ? « Dans les 20 ans qui viennent, je pense que nous aurons une relation différente avec notre vie privée, poursuit le blogueur. Aux Etats-unis, si on apprend que tu t’es saoûlé, que tu commets l’adultère ou que tu consommes de la drogue, cela peut te faire perdre l’élection présidentielle. »

Une source de traumatismes

Mais pour Vincent Nichols, l’archevêque de Westminster qui s’est exprimé dans le Daily Telegraph, le problème de la confidentialité n’est pas le plus grave. En affirmant que le réseautage social « déshumanise », le saint homme fait ainsi rebondir la polémique mettant directement en relation l’usage de sites tels que Facebook ou Twitter et le suicide des jeunes qui serait dû, selon lui, au « traumatisme causé par des relations fugaces et transitoires ». Accusation à laquelle répond Even Williams sans plus attendre. L’un des cofondateurs de Twitter (qui signifie « gazouillis » en anglais) s’insurge contre les déclarations du prélat : « C’est le genre de stupidités que seul peut proférer quelqu’un qui n’est pas familiarisé avec les réseautages sociaux. » 

« Si je veux savoir quelque chose sur un ami, il me suffit de l’appeler et il me raconte », enchérit sur ce thème le responsable de Ponzoha, un blog espagnol. « Je n’ai pas besoin de passer par un réseau pour le savoir. D’autant plus que les choses qu’on y raconte ne sont pour moi que des commérages et des conneries dénués d’intérêt. J’en déduis que pour inventer de tels passe-temps, faut vraiment se faire chier. D’autre part, l’idée de tomber à tout moment sur des clampins que l’on peut rencontrer en d’autres occasions, au bahut ou au boulot, ne me branche pas vraiment. »

Psychologie de pacotille

En dehors des jeux et des quizz, la plupart des réseaux proposent une quantité de tests en tout genre qui invitent, par exemple, à découvrir à quel personnage des Simpsons on peut s’apparenter ou bien dans quelle catégorie de personnalités on se classe… Mais, pour Caroline, tout ça, c’est « de la psychologie de pacotille ». Toutefois, comme le prouve le revirement du blogueur et de l’étudiante en musicologie, Facebook reste une réalité à laquelle il est assez difficile d’échapper. En dépit de leur résistance et de leurs arguments, n’ont-ils pas, tous les deux, bel et bien… « replongés » ? Caroline s’empresse de se justifier : « Je ne suis pas une intégriste, je sais rectifier le tir quand il le faut. » Alors que le développement d’Internet en Chine, en Inde, au Brésil ou au Mexique laisse déjà entrevoir une forte croissance du phénomène, Facebook, par la population virtuelle qu’il rassemble peut bien figurer dès à présent en tête de liste des pays les plus peuplés du monde. Mais tout a une fin pour Francis Pisani qui conclut : « Le site a ouvert un espace important et se développe, mais les empires finissent toujours par tomber. »