Exsonvaldes : l’aube de l’oreille

Article publié le 24 mai 2013
Article publié le 24 mai 2013
Submergée par les rétroprojections de deux robots dans le vent, la pop française aura noyé le printemps dans une certaine vision de l’avenir. Pourtant, comme si l’on avait rien vu venir, c’est un ancien groupe de rock indé qui incarne le mieux la bonne vieille idée du futur avec son dernier album, Lights. Voyage turbopropulsé dans l’univers d’Exsonvaldes.

Ce qu’il y a de bien avec Simon, c’est qu’il parle volontiers, sans interruption, décidant parfois lui-même de la direction dans laquelle doit aller l’interview pour qu’elle ait un intérêt. Après l’entretien, le visage buriné par le soleil qui a existé - un temps, en avril - à Paris, il livrera en off ses impressions sur le dernier album de Phoenix. « Un avis mitigé de musicien qui sent trop la façon dont ont été construits certains morceaux. » Un sourire, des manières, un « merci pour la bière ». Puis, Simon file dans la rue d’en face pour son court de chant.

De gauche à droite : Antoine (guitare), Martin (batterie), Simon (guitare/voix) et Cyrille (basse)

Architectonique

Une trentaine de minutes auparavant, notre homme arrivait pépère à vélo, aux Tables du Père Lachaise, avec un léger retard. Simon a la gueule du pote, une allure d’étudiant en génie mécanique qui tire plus du côté du beau-gosse à lunettes carrées que de celui du NERD à pustule. Mais Simon a surtout un groupe de rock, Exsonvaldes, dont le dernier disque Lights figure, l’air de rien, parmi les meilleures brises de l’air du temps. Plutôt satisfait de la courbette, le musicien ne nie pas avoir voulu s’inscrire dans l’époque : « on avait envie d’être pertinent. L’album précédent était un disque classique de rock-indé (leur deuxième en fait, Near the Edge of Something Beautiful, ndlr) et on savait qu’on avait plus envie de faire ça. Donc très logiquement, on a cherché les nouvelles choses dans ce qui se faisait aujourd’hui, en utilisant plus l’ordinateur. »

« J’écrivais des trucs de geek malheureux sur le fait de vieillir sans trop savoir pourquoi »

Si l’on pousse le bouchon un peu plus loin, on dira que le quatrième album des Parisiens, en plus d’être différent des autres, véhicule une certaine idée du futur. Tandis que la planète entière scrute l’aube d’un monde nouveau dès l’instant où un duo casqué chatouille un synthé, Exsonvaldes cultive sa vision de l’avenir sur fond d'electro-pop. « Quand on a fait le disque, on a toujours un peu baigné dans une inspiration rétro-futuriste. C’est vraiment notre délire dans le groupe. On est assez branchés transports du futur, théorie d’urbanisation. On avait même des morceaux potentiels qui était inspirés de la Cité Radieuse, du Plan Voisin… » Soit autant de projets imaginés comme des solutions à l’aménagement urbain des grandes villes par l’architecte franco-suisse Le Corbusier.

A nous de vous faire préférer l’aérotrain

Simon a un DESS en intelligence artificielle et Martin, le batteur, est urbaniste. C’est donc assez naturellement que les membres du groupe se sont rétro-propulsés dans une ambiance qui frise la science-fiction. A preuve, l’un des morceaux que le groupe a choisi de mettre en avant s’appelle « L’Aérotrain », du nom de l’appareil à turbine inventé dans les années 70 pour incarner le futur des transports français mais qui n’a jamais été commercialisé. L’invention n’a en revanche pas manqué de passionner la bande, en particulier Simon qui se balade souvent près des anciens rails, dans les environs d’Orléans. « Avant ce morceau, c’est la première fois que je décidais de quoi j’allais parler dans une chanson. Pendant très longtemps, j’écrivais des trucs de geek malheureux sur le fait de vieillir sans trop savoir pourquoi. Là, le truc me fascinait et j’aimais bien l’idée de pointer la différence entre le futur que je m’étais imaginé et celui dans lequel je vis », philosophe-t-il avant de se rincer à la bière d’abbaye.

Le chanteur se lance dans la promo de « L’Aérotrain », d’abord en solo en première partie d’un concert de Maud Lübeck. Dans l’assistance, le petit-fils de l’inventeur, Jean Bertin, est là et s’en émeut. Le lendemain, Simon part à Bali et le temps de sa correspondance à Kuala-Lumpur, « devine ce que tu dois prendre pour changer de terminal ? » Un aérotrain. « Ça m’a fait halluciné, c’est le seul endroit du monde où il y en a un encore en service » dit-il tout excité, comme s’il en était revenu la veille. Vous l’aurez compris, le morceau est important. D’autant plus qu’il est écrit en français, chose que Simon s’était juré de ne jamais faire.

« La scène française n’existe pas »

« On avait l’impression que faire de la musique en France t’obligeait à porter un lourd héritage »

« A l’époque, ça ne m’intéressait pas mais j’avais envie de changer d’horizon », affirme le chanteur. Malgré le fait que Lights contiennent 3 morceaux en français, Exsonvaldes est un groupe qui a suivi le chemin balisé par bon nombre de groupe indé en France dont l’ambition n°1 est aujourd’hui confortée par le projet de loi Fioraso : s’exprimer en anglais. « C’était une façon de se libérer d’un carcan. A l’époque, on avait l’impression que faire de la musique en France t’obligeait à porter un lourd héritage de chansons et te contraignait à faire de la musique d’une certaine façon », ajoute Simon. De la même manière, le jeune homme refuse tout lien de parenté avec une scène française qui « n’existe pas ». « Si la scène française veut dire "les groupes qui chantent en français", je trouve ça hyper-réducteur », tranche-t-il.

La vérité, c’est qu’Exsonvaldes n’a jamais vraiment joué sous les drapeaux, sympathisant très rapidement avec une scène belge en pleine explosion à l’aube de l’an 2000. « J’ai des potes en Belgique depuis toujours et quand on a commencé, j’avais un meilleur réseau belge que parisien. » Le groupe donne leurs premiers concerts à Liège et mûrit avec pas mal de graine de stars locale, dont les Girl in Hawaï. « Maintenant, ce sont des vrais potes. Chaque fois qu’on fait une démo, on s’échange nos avis sur nos tafs respectifs. » Il est 18h30, le soleil est à hauteur de tête et la mousse coagule dans le fond des galopins. Après un moment de réflexion, Simon lâche une dernière phrase qui pour nous verse dans la dédicace : « En fait, j’aime plus l’idée d’être un groupe européen qu’un groupe français. » N'en déplaise au ministère de la Culture, le futur ne sera définitivement pas le fruit de l’exception culturelle française.

Exsonvaldes sera en concert le 09 juin au Domaine national de Saint-Cloud. Pour plus d'infos sur leurs dates, cliquez

Photos : © Valérie Archeno  Vidéo : "L'Aérotrain" (cc)exsonvaldes/YouTube ;