Expo « Europa Graffiti » : un peu de nos rues entre les murs du Carré de Baudouin

Article publié le 30 juin 2011
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Article publié le 30 juin 2011
À l’occasion du festival du Hip Hop et du Kosmo Art Tour 2011, la Marie du 20ème présente, depuis le 24 juin, des artistes internationaux dans les locaux du Carré de Baudouin pour une exposition moderne, variée et radicalement «street».

Par Annika Schlüter

Photos Margaux Amaré

© Margaux Amaré On a souvent décrit le Graffiti et le Street Art comme inconciliables: le premier est axé sur les mots et le message, le deuxième délaisse l'écrit au profit de l'image. Cette façon de voir les choses n’est peut-être plus d’actualité.

© Margaux Amaré «Europa Graffiti» montre d’ailleurs le vrai jeu et l'échange entre ces deux courants contemporains. Les artistes et la scénographie de l’expo remettent ainsi cette division un peu trop stricte.en question. Graffiti et Street Art, loin d’être deux mondes opposés, s’enrichissent mutuellement. Les salles d’expo restent simples, fidèles à l’esprit « street ». Certaines œuvres sont accompagnées d’explications claires qui montrent que la création passe par la fabrication: soit le côté artisanal chez les 35 artistes présentés. Ils ont entre 29 et 50 ans et sont assez connus pour la majorité d’entre eux. Accessible à tous et très variée, l’exposition donne vie à cet art. Après la rue.

Retour en Avant

L’expo ne se prive pas d’un petit détour aux États-Unis, la source du Graffiti représenté par TKID 170, qui a longtemps influencé les artistes européens et que l'on découvre à la fin du parcours. Une bonne façon de créer un ensemble entre l'origine du Graffiti et ce qui en est fait, ici, en Europe avec le fondateur du Street Art, le Parisien Speedy Graphito, exposé juste à l'entrée. Pas besoin d’être étudiant en art pour comprendre l’intention des artistes. Il suffit d’y aller l’esprit (et les yeux) bien ouvert(s)…

La passion des artistes exposés, que certains voient comme des vandales, ne peut être mesurée que dans cet état d’esprit. En général, on ne les connaît que par leur pseudo. Leur art est en quelque sorte clandestin. © Margaux Amaré

Qu’est-ce qui les motive? L'irrévérence, justement? L’art comme tentation de l’interdit ? Ou le contraire ? L'idée est belle en tout cas !

Légalisation des tags ?

Quoi qu’il en soit, la plupart des grandes villes ont pris les devants : des espaces sont ainsi dévolus au graffiti comme à Cologne et Duisbourg en Allemagne ou à Estaimpuis en Belgique où le député Daniel Senesael a lancé une opération de «Street Art », fondée sur le modèle américain. «L’art appartient à la rue lorsqu’il est quelque peu maîtrisé et balisé pour éviter que l’on ne fasse n’importe quoi » a-t-il expliqué. Cette façon d’ouvrir la rue à l’art est un outil de lutte contre les tags. © Margaux Amaré

Exposer ce genre d’art au musée est donc toujours très risqué et montre la bonne volonté de la Mairie du 20ème. Le débat est ouvert: faut-il subventionner l’art public pour éviter les dépenses liées à la lutte contre les tags sauvages ? Selon la Mairie de Paris, chaque année, plus de 190 000 m² de murs tagués sont traités par les services qui interviennent systématiquement sur les bâtiments municipaux et les immeubles privés. - Il nous reste à espérer que cette initiative poussera les jeunes adeptes du tag à être plus productifs et créatifs. Et qui sait, peut-être qu’ils contribueront, comme leurs aînés exposés aujourd’hui au Carré de Baudouin, à amener la réalité de la rue au musée. Après avoir introduit l'art et le musée dans l’espace urbain….

Expo "Europa Graffiti", jusqu'au 23 juillet 2011 Du mardi au samedi de 11 à 18h Pavillon Carré de Baudouin 121 rue de Ménilmontant, 75020 métro Gambetta Entrée libre.