Expo d’art contemporain : Marc Brunier-Mestas au musée d’art Roger-Quillot

Article publié le 24 novembre 2008
Article publié le 24 novembre 2008
Le MARQ accueille jusqu’au 8 mars 2008 l’exposition de Marc Brunier-Mestas : "L’arrachement du désir que la gouge excise". Plus de 500 gravures de tout format, pour entrer dans le monde inquiétant, drôle et fascinant de cet artiste auvergnat contemporain.

En arrivant dans la salle d’exposition, le visiteur se retrouve nez à nez avec des mini-gravures en noir et blanc, les Mini-tentations, où se côtoient pêle-mêle une Blanche-Neige gothique, le Bibendum Michelin version cow-boy et des corps étranges. Ces vignettes, au nombre de 400, sont exposées sur une table, obligeant ainsi le regard à papillonner, à survoler l’ensemble puis à se poser sur l’une ou l’autre des images ; comme le photographe qui sélectionne ses clichés après une séance photo. Au milieu des ces icônes populaires travesties : la traduction graphique de jeux de mots, des êtres hybrides, des créatures aux membres curieusement assemblés et l’omniprésence des représentations sexuelles.

Marc_Brunier-Mestas_Ta_aut__linogravure_70x50cm__2000.jpg Le titre annonce la couleur : "L’arrachement du désir que la gouge excise". La gouge est l’instrument qui permet au graveur de faire émerger ses créatures du néant de la matrice ; mais n’est ce pas également un outil mental qui sélectionne les images venant de l’Inconscient, que la conscience accepte de transmettre « au-dehors » ? Et les références au désir et à une certaine violence se retrouvent dans de nombreuses planches ; les pulsions de vie et de mort : la dualité Éros et Thanatos à en croire Freud.

Les eaux-fortes aux dessins très fouillés présentent des univers d’hallucinations. Les corps et les décors sont déformés à la manière des expressionnistes allemands. Et certaines scènes quasi-cauchemardesques ne sont pas sans rappeler des peintures d’un érotisme vulgaire et dérangeant d’Otto Dix (1891 - 1969).

Le graphisme des linogravures de grand format est plus précis, la franchise et la variété des traits permettent de dépasser la stricte opposition papier blanc / encre noire. À y regarder de plus près, il y a même parfois de petites incisions, de légers gaufrages du papier qui rehaussent délicatement le motif. Les 110 linogravures offrent un panorama varié des possibilités offertes par cette technique : de l’aplat au travail graphique très fin. Selon le sujet, l’auteur adopte un rendu réaliste ou une stylisation extrême.

Marc Brunier-Mestas dresse un portrait sans concession de notre société : égoïsme, exhibitionnisme, violence et quête insatiable d’argent. Des squelettes s’affrontent sans merci, semant la mort et la désolation chez les hommes. Taïaut (ci-dessus) montre un businessman à tête de requin qui renverse et piétine tous ceux qui se dressent sur son chemin. Sur un cheval au galop, caparaçonné aux armes du roi Dollar, il tient une lance et se tient prêt pour la bataille. Mais le choix du cadrage met hors-champ l’adversaire… à chacun de se faire sa propre idée.

Par ailleurs, il met en place un univers étrange, peuplé de créatures hybrides : femme-biche, écureuil-femme, homme-serpent, chien-homme. Certaines de ces « recompositions » sont des clins d’œil plus ou moins appuyés à des œuvres d’artistes surréalistes comme les romans-collages de Max Ernst ("La femme 100 tête", 1929 ; une histoire extravagante dont les images sont constituées de fragments de gravures hétéroclites juxtaposés). Marc Brunier-Mestas propose également une version tout à fait personnelle du fameux "Ceci n’est pas une pipe" du belge René Magritte.

L’auteur nous entraîne dans un monde étrange et inquiétant où les arbres vous suivent du regard, où il pleut des hommes sans que quiconque ne s’en émeuve. Petit à petit, on se prend au jeu, on cherche l’image cachée, le jeu avec le titre. Mais le plus curieux vient de ces quelques paysages où il ne semble rien y avoir de plus à voir que ce qui est compréhensible du premier coup d’œil. Mais à la lumière des autres planches on se dit « il y a forcément quelque chose de plus, un signe caché ». On regarde, on scrute, on se déplace (on n’est jamais trop prudent avec les anamorphoses) et au milieu de ce malaise, on sur-interprète, chacun projette ce qu’il a envie ou peur d’y voir. Dans cet art là, il n’est pas question d’améliorer l’homme, mais de le mettre en face de ses pulsions, de ses tabous.