Expatrié : Srebrenica, mon amour

Article publié le 12 juillet 2011
Article publié le 12 juillet 2011
La différence entre l’été au Royaume-Uni et l’été en Bosnie-Herzégovine se situe autour de la date d’anniversaire des massacres de juillet 1995, quand 8 000 Bosniens ont péri. Récit d’un expatrié sur le blog officiel de cafebabel Sarajevo.

Au Royaume-Uni, nous sommes dans la période où de nombreuses villes balnéaires se transforment petit à petit en lieux festifs et bruyants. La lumière saisonnière est allumée, ses néons sont dépoussiérés et bien en place, pour laisser place au divertissement. Durant ces quelques mois de vie paisible, la population locale devra faire face à un afflux de touristes qui, pour certains, représente le gage d’une stabilité économique retrouvée et, pour d’autres, une occasion de revoir des visages familiers. Toutefois, pour beaucoup, c’est aussi une raison de se terrer dans sa maison ou de prendre congé dans un terrain plus sûr.

Je suis d’origine britannique, mais je vis désormais à Srebrenica où je travaille avec des jeunes afin d’aider à organiser des évènements culturels. Je suis arrivé dans la ville de l’est de la Bosnie en 2009. Je n’ignorais pas son histoire mais je manquais de connaissances pour bien comprendre la voie que suivait le pays vers la guérison du passé. A Srebrenica, j’ai trouvé une communauté qui m’inspire et dont la vie contraste avec celle que je menais à Londres. Ici, la ville passe par une transformation similaire à toute une population qui descend dans la rue pour une courte période. Au même moment. Chaque année.

Cependant, c’est ici que s’arrêtent les ressemblances. Cette période, autant pour les visiteurs que pour les autochtones, est un moment solennel de recueillement. Les gens viennent de partout, des régions avoisinantes, de plus loin, se souvenir des vies perdues lors du massacre de 1995 commandités par les troupes serbes de Bosnie (armée de la la Republika Srpska) sur des civils bosniens et des membres de l’armée républicaine de Bosnie-Herzégovine (ARBiH). Et ce, grâce au service commémoratif du 11 juillet. N’oublions pas non plus, les mémoriaux situés dans les régions proches et dédiés aux Serbes qui ont donné leur vie pour l’ARBiH en 1992.

C’est justement ce mélange de sentiments que je trouve difficile à évoquer. En tant qu’habitant de Srebrenica, je sors dans le même bar, tous les soirs, avec les mêmes personnes. Autant j’aime ma vie dans cette petite ville, mais je ne peux pas me départir de l’excitation qui gagne les nombreux étudiants, les visiteurs, les nouveaux visages et les différentes opinions…d’autres vies à connaître en somme. De la même façon qu’un bouquiniste ou un gérant de café peut être désireux de rendre hommage à sa famille et ses amis disparus, je ne peux ignorer l’importance de cet évènement en cette période de l’année. Mais la population de Srebrenica vit toute l’année avec le souvenir du passé. Et continue de vivre de la manière dont elle a toujours vécu. 

Lire le blog officiel de cafebabel Sarajevo

Photos : (cc)  Patrick Rasenberg/ Flickr