Ewa Klamt : « L’Europe est en compétition avec les États Unis pour obtenir des travailleurs qualifiés »

Article publié le 12 janvier 2009
Article publié le 12 janvier 2009
Les élections européenes de juin 2009 vont se jouer principalement dans le terrain du social et de l'économie. L'eurodéputé conservatrice Ewa Klamt, rédactrice du rapport parlementaire avec lequel le Parlement ratifia la Directive sur la Blue Card en noviembre dernier, justifie la nouvelle politique migratoire en Europe.

Malgré les basses températures et les mauvaises conditions de la mer, 2009 a commencé avec de nouveaux débarquements massifs de migrants clandestins : 77 personnes aux Iles Canaries et 500 à Lampedusa rien que samedi dernier, 10 janvier. En même temps, certains pays de l’Union sont en train d’ouvrir leurs marchés de travail aux travailleurs bulgares et roumains : la Grèce, la Hongrie, l’Espagne et le Portugal.

Croyez vous que la Blue Card réduira l’immigration clandestine en Europe ? Comment ?

La Directive de la Blue Card c’est un premier pas dans le terrain de la migration légale qui permet les travailleurs hautement qualifiés de pays tiers travailler et habiter dans l’UE. Suivront d’autres directives dans ce champ bientôt, comme celle sur les travailleurs saisonniers, les stages rémunérés et les transfers entre entreprises. L’immigration illégale ne peut être freinée qu’en ouvrant les portes à la migration légale et en les fermant aux immigrants illégaux en UE. Cela veut dire que, si l’Union offre des perspectives et des emplois aux migrants légaux, les pays d’origine et de transit de ces immigrants nous aideront à lutter contre l’immigration illégale.

Vous dites souvent que la Blue Card n’est pas la solution à long terme : alors, quelle est la solution pour conserver les travailleurs hautement qualifiés ?

Faire recours à l’immigration pour avoir des employés hautement qualifiés n’est pas la solution à long terme pour résoudre les problèmes économiques et démographiques de l’Union. À moyen et long terme, les États membre doivent adopter des mesures dans le champ de l’emploi, de l’économique et de la politique familiale pour donner une réponse aux besoins futurs et au développement de l’UE. L’éducation et la formation des travailleurs européens reste une priorité.

Ne croyez vous pas que les travailleurs européens vont se sentir découragés pour améliorer leur formation si on importe des travailleurs qualifiés de pays tiers ?

L’Europe est en compétition avec les États Unis, l’Australie et le Canada pour obtenir des travailleurs qualifiés. En Allemagne, par exemple, il existe une demande de 95.000 ingénieurs qui ne peut pas être satisfaite par l’offre nationale. Il est également important de savoir qu’un travailleur qualifié de pays tiers crée 10 nouveaux postes de travail. Ceci dit, chaque État membre dépendra aussi de ses travailleurs nationaux pour subvenir aux besoins du pays. Les travailleurs qualifies de pays tiers ne doivent pas substituer les travailleurs nationaux. Il va y avoir un besoin croissant de travailleurs qualifiés dans l’avenir. Et puis un État membre peut toujours refuser une demande de Blue Card si c’est pour un secteur saturé.

Ewa KlamtComment éviter la fuite de cerveaux dans les pays tiers ?

Au Parlement européen nous nous sommes mis d’accord qu’il ne faut pas que les Ètats membre cherchent délibérément à attirer des travailleurs qualifiés de pays tiers dans des secteurs où il y a ou il pourrait avoir une pénurie de travailleurs dans les pays tiers, notamment dans la santé et l’éducation. Les États membres doivent établir des accords de coopération avec les pays tiers pour équilibrer les besoins des deux parties et le développement des pays tiers. Ces accords de coopération devraient inclure une politique de recrutement éthique, ainsi que des principes, des mécanismes, guides et des instruments pour rendre facile la circulation des migrants temporaires afin que ceux-ci puissent rentrer dans leur pays au bout de quelques années. (Photos : Commission européenne et Parlement européen)