Eurovision 2010 : l'anti-bureaucratie européenne

Article publié le 17 juin 2010
Article publié le 17 juin 2010
Que représente aujourd’hui l’Europe ? Un continent vieillissant, sans dynamisme, de plus en plus à l’écart de la scène internationale et qui, pour couronner le tout, doit en ce moment se battre pour le symbole décisif de son unité : l’euro... l’Eurovision est-il un bon palliatif pour les Européens ?

La relation entre la politique européenne commune et ses citoyens reste le plus gros des problèmes. La « marque européenne » est difficile à vendre, d’autant plus que pour l’instant sa réalité est fortement empreinte d’intérêts nationaux. Nombre d’Européens en sont venus à ne voir à travers l’Europe que la bureaucratie de Bruxelles. La marque européenne en est réduite à un préjugé défavorable : on s’imagine une véritable fourmilière grouillante dont les acteurs trop payés passent leur temps à discuter en session plénière sans avoir la moindre idée de la réalité du monde extérieur. Le système est évidemment seul responsable, il a d’ailleurs suffisamment de fois confirmé ces mêmes préjugés : l’UE n’a cessé d’enfreindre les règles du management des marques.

Doctorat management option Europe

Ce management ne fonctionne qu’à travers la construction d’une communauté, à travers des idées concrètes et partagées et en aucun cas par la diffusion de conceptions de lois abstraites et par le vote de traités complètement obscurs pour quiconque ne serait pas spécialiste en droit. Des règles, des lois et une administration communes sont la base primordiale pour une Europe qui fonctionne. Toutefois, la première étape est nécessairement une idée. Si un tel discours sonne naïf voire donneur de leçon, il est aussi la seule solution envisageable afin de transformer une structure complexe aussi importante en une unité puissante. Qui voudrait s’acheter une Porsche pour simplement aller acheter son pain avec ? L’hymne et le drapeau européens, seuls éléments constitutifs de la communauté de l’Union européenne, ont même été officiellement arrêtés à travers le traité de Lisbonne devenu synonyme de l’échec d’une « Constitution européenne ». 

Communauté vs société

Il y a près de 100 ans, le sociologue allemand Ferdinand Tönnies a permis de faire la distinction entre Communauté et Société grâce à son œuvre éponyme. La société représenterait l’aspect abstrait, le construit, l’informel, le résultat des traités. Notre langage corroborerait cette idée : on parle certes de sociétés anonymes, mais en aucun cas de communautés anonymes. Selon Tönnies, les sociétés se développent dans les administrations, les entités publiques, les entreprises, dans tout endroit où une structure formelle constituerait la base d’une organisation : « La société est la raison abstraite ». En revanche, on trouve l’énergie sociale dans la communauté qui, elle, se caractérise par la proximité, la confiance et des préférences partagées. Les membres d’une communauté vivent dans un contexte commun qu’ils conçoivent et interprètent de façon similaire. C’est le seul moyen possible pour qu’identité et unité puissent se développer. Les véritables cohésions n’existent que dans le concept de communauté, seule cette forme liée de société peut développer les véritables impacts. Les disputes et les énervements en font bien souvent partie, toute personne ayant une famille ou des amis le sait. Le consensus global permet de garder la communauté soudée. Le bon fonctionnement d’une communauté nécessite donc des fondations communautaires. 

Chanson sans frontières

Le Concours de l’Eurovision a illustré la façon dont une telle communauté se met en place. A travers toute l’Europe, des millions d’individus fêtent une même idée : ce concours amical qui réunit des chanteurs venus de la plupart des pays européens (entre-temps l’idée a d’ailleurs légèrement dépassé les frontières du continent). Cette année, les hôtes norvégiens ont eu la bonne idée de tourner une vidéo qui témoigne de l’esprit européen d’une manière merveilleuse de simplicité : unis dans la diversité. L’Europe danse ensemble, chacun à sa façon mais tous au même rythme. Mais cette danse montre encore que ce qui est concret est forcément unique ! Il est seulement possible de percevoir et de se souvenir de choses concrètes. Une constitution n’est jamais qu’une construction abstraite. Au contraire, il n’y a rien de plus réel qu’une danse mise en scène dans les diverses coulisses de l’Europe. Nous n’avions encore jamais formé cette Europe telle qu’on a pu la découvrir lors de l’Eurovision, même s’il est vrai que les Allemands avaient de quoi se réjouir d’avantage. L’Eurovision a montré comment construire une marque dans le sens d’unité sociale et comment susciter ce sentiment d’unité malgré la compétition. Pendant un court instant, la gagnante du Concours de l’Eurovision 2010, Lena Meyer-Landrut, n’a finalement été que l’un des rouages de cet immense système de notre temps.

Cet article a été écrit par markenradar.com.

Photo: Lena ©aktivioslo/flickr