Européens, que venez-vous chercher en Inde ?

Article publié le 8 novembre 2011
Article publié le 8 novembre 2011
« Incredible India ! » C’est le slogan qu’a choisi le ministère du tourisme indien depuis 2010 pour attirer en Inde de nouveaux visiteurs étrangers. Le secteur touristique se développe très rapidement, et nombreux sont les Occidentaux en mal de quête mystique à se rendre dans le pays, pour des durées plus ou moins longues. Mais qu’est-ce qui amènent nos compatriotes européens en Inde ?

Du tourisme de masse à la quête spirituelle…

Le tourisme, en Inde, est un secteur qui emploie plus de 18 millions de personnes et représente 5,6 % du PIB. En 2010, 5, 9 millions de touristes s’y sont rendus. Ceux-ci venaient principalement des États-Unis, du Royaume-Uni, du Bangladesh, du Sri Lanka, du Canada et de la France. En effet, par exemple, chaque année, environ 86.000 touristes français viennent effectuer un voyage de six mois ou plus en Inde. Principales destinations : le nord du pays et notamment le Rajasthan, pour ses paysages, ses temples et ses ruines, le Kerala au sud pour sa cuisine, des cours de yoga et sa médecine douce ayurvédique (médecine traditionnelle indienne, ndlr) et bien entendu la célèbre Goa, où Inde rime avec fête et bains de soleil sur la plage. Ainsi le nombre d’Occidentaux et d’Européens, de passage ou installés pour plusieurs années, ne cesse de croître en Inde.

L’intérêt pour ce pays s’est beaucoup développé depuis le mouvement hippy, à la fin des années 60, qui a vu une vague de jeunes en révolte contre la société, envahir les plages de Goa et les villages indiens, à la recherche d’une révélation spirituelle. Le mouvement hippy (confère The Beatles voire Steve Jobs) s’est éteint, mais l’attrait quasi-mystique pour l’Inde, lui, a continué de grandir, faisant naitre des légendes, des mythes (le fameux « Soit on aime l'Inde, soit on la déteste ») ou même des pathologies : (confère Fous de l’Inde, de Régis Airault) Inde rêvée vs Inde vécue.

Ayant rencontré des touristes et expatriés européens en Inde, à Bangalore, nouvelle « Silicon Valley » indienne et Mysore, capitale du yoga du sud du pays, dans le Karnataka, nous leur avons demandé de nous raconter pourquoi ils étaient venus en Inde, et si la réalité correspondait bien à leurs attentes…

Beaucoup d'Europénes viennent en Inde pour le yoga et la spiritualité qui en découle.

Claire et Charlotte, 21 ans, Françaises

En Inde depuis août 2011, à Bangalore, pour deux ans. Elles sont venues en Inde pour terminer leurs études de design, en Master à l’école de Design Nantes Atlantique qui offre la possibilité de partir deux ans en Chine à Shanghai ou à Bangalore. Charlotte a choisi l’Inde pour son art artisanal, pour la culture, parce que c’est un pays anglophone. Claire, elle, a été attirée parce que c’est un pays en voie de développement, par la spiritualité et y a vu la possibilité de partir en quête d’elle-même. Leurs avis sur l’Inde : Charlotte se sent chez elle dans ce pays où il « se passe toujours des choses incroyables ». Les gens sont ouverts et le contact facile. Claire y apprend des choses sur elle-même et à relativiser. Mais elle ressent fortement la différence personnes blanches/personnes noires et a beaucoup de mal avec la nourriture.

Tom, 30 ans, Anglais

Pour Tom, l'Europe est « foutue ».

En Inde depuis décembre 2010, retour au Royaume Uni en octobre 2011. Tom était venu en Inde à l’occasion du mariage d’un ami en 2005 et avait adoré ce pays. Il est revenu en 2010 en tant que volontaire pour une mission humanitaire, au sein de l’organisation Odanadi, qui se bat contre le trafic humain. Il voit dans ce voyage une recherche assez égoïste, la possibilité d’avoir du travail dans un pays en développement alors que l’Europe, pour lui, est « foutue ». Il ne se dit pas particulièrement intéressé par l’aspect spirituel, il est venu pour un objectif particulier, aider Odanadi à mieux organiser ses missions. Pour lui l’Inde, c’est un pays de contradictions extrêmes, notamment sur le statut des femmes. Il pense que l’Inde ressemble à l’Europe d’il y a quelques années, du milieu du XXe siècle par exemple, mais que la grande différence est qu’il y a une pression des médias extrêmement forte, chose qui n’existait pas en Europe à l’époque, et que cette donnée est très importante. Beaucoup de choses positives en somme dans ce pays et dans son expérience, mais il faut du temps et du courage pour y accéder.

Tom, lui, pense que l'Europe est foutue. Le monde à l'envers ?

Sylvia, 35 ans, Polonaise, vit en Angleterre

En Europe « on est dans une bulle ».

En Inde pour la seconde fois, elle est venue pour le yoga. Ici elle trouve tous les aspects du yoga, pas seulement l’aspect physique qui est enseigné en Europe, mais aussi l’aspect spirituel. Elle adore l’Inde et ses extrêmes. Ici pour elle, on peut vivre une « vraie vie » alors qu’en Europe « on est dans une bulle. La vie est simple, la nourriture est simple. Une fois revenu en Europe, on apprécie plus ce que l’on a, et sortir de sa zone de confort aide à grandir ».

Katharina, 28 ans, Allemande, vit en Suisse.

En Inde depuis un an, repartira en Suisse en mars 2012. Katharina a beaucoup voyagé, et a voulu aller voir l’Inde en l’imaginant comme « la cerise sur le gâteau » de ses voyages. Un pays qui concentre tout ce qu’elle aime : le yoga , la vie spirituelle, la sculpture… Elle est venue à Mysore pour étudier le yoga et part ensuite pour vivre dans un ashram (lieu où les disciples d'une communautés vivent autour d'un maître, ndlr), à Pondicherry. Les règles religieuses l’effraient beaucoup dans ce pays, en tant que femme elle s’y sent oppressée. Mais elle essaye de prendre le bon côté des choses, elle a appris beaucoup et surtout a rencontré des gens.

Photos : Une(cc) matness4dummies/flickr ; Texte : Alona Praslov/flickr et vivekthakyal/flickr