Européennes : chronique d'une soirée à Strasbourg

Article publié le 27 mai 2014
Article publié le 27 mai 2014

Le siège du Par­le­ment eu­ro­péen à Stras­bourg a ou­vert ses portes pour une soi­rée élec­to­rale du­rant la­quelle ses membres élus ont pré­féré Bruxelles, leurs cir­cons­crip­tions res­pec­tives ou en­core la ca­pi­tale na­tio­nale et non pas eu­ro­péenne. Tour d'ho­ri­zon avec les can­di­dats en pré­sence.

Au dé­part ou­vert à la presse et à une liste d'in­vi­tés triés sur le volet pour la soi­rée élec­to­rale, le Par­le­ment avait élargi ses in­vi­ta­tions à tous les Stras­bour­geois à quelques jours du scru­tin. L'ins­ti­tu­tion a fi­na­le­ment en­re­gis­tré quelques 300 ins­crits et s'est at­ten­due au total à ac­cueillir 800 per­sonnes. Le top dé­part a été donné dès 21h. Ca­mé­ras, mi­cros, flashs et car­nets de notes ont été les pre­miers à peu­pler les lieux, à la re­cherche des can­di­dats.

Ca­the­rine Traut­mann est la pre­mière à ap­pa­raître, aba­sour­die par les ré­sul­tats lui dé­ro­bant son siège en jeu, en tant que deuxième sur une liste PS-PRG menée dans la cir­cons­crip­tion Est par l'an­cien syn­di­ca­liste de Flo­range, Édouard Mar­tin. Elle s'isole pour une confé­rence té­lé­pho­nique et s'ex­pri­mera de­vant les mé­dias une heure plus tard.

Puis vient le tour de Na­tha­lie Gries­beck, tête de liste sor­tante pour l'UDI-Mo­dem. Elle parle sous cou­vert de la confir­ma­tion des ré­sul­tats. À 21h30, les chiffres res­tent de l'ordre des es­ti­ma­tions. Elle conserve son siège mais sera la seule dé­pu­tée cen­triste à sié­ger dans l'as­sem­blée eu­ro­péenne pour la cir­cons­crip­tion Est avec 9,19 %. Son co­lis­tier Quen­tin Di­ckin­son, le « Mon­sieur Eu­rope » du ser­vice au­dio­vi­suel pu­blic, re­trou­vera donc sa place der­rière les mi­cros de Radio France. N. Gries­beck dé­crit « une cam­pagne pas­sion­nante mais ré­duite car le temps des pro­jets a été li­mité par la sor­tie des mu­ni­ci­pales. La cir­cons­crip­tion Est est très grande, avec 8,5 mil­lions d'ha­bi­tants, cinq ré­gions, 18 dé­par­te­ments et pla­cée stra­té­gi­que­ment au coeur de l'Eu­rope avec 200 000 fron­ta­liers sur trois pays eu­ro­péens voi­sins (Bel­gique, Luxem­bourg, Al­le­magne, ndlr) et la Suisse fron­ta­lière non membre de l'U.E ». La can­di­date cen­triste ne manque pas d'éva­luer les ré­sul­tats à l'aune des re­vers, en es­ti­mant perdre « deux col­lègues Ca­the­rine Traut­mann (Choi­sir l'Eu­rope / Liste PS-PRG) et San­drine Bé­lier (EELV) qui ont mar­qué de leur tra­vail la der­nière man­da­ture ».

La porte grande ou­verte

Petit à petit, mi­li­tants et ci­toyens, cu­rieux de la drôle de noce qui se trame à l'in­té­rieur du bâ­ti­ment Louise Weiss, se pressent de plus en plus nom­breux aux abords de l'hé­mi­cycle. À tel point que les confé­rences de presse im­pro­vi­sées entre deux pas­se­relles ou dans un cou­loir de 4 mètres de large sont oc­cu­pées par des mi­li­tants, ré­cal­ci­trants pour cer­tains, à lais­ser leur place à la presse, ten­dant les mi­cros du bout des doigts.

Ap­pa­raît ainsi Anne San­der tout sou­rire, 3ème sur la liste UMP du Grand Est der­rière le dé­puté eu­ro­péen sor­tant Ar­naud Dan­jean. Son élec­tion est quasi as­su­rée au mo­ment où ses sou­tiens en­tonnent sur un air spor­tif « on a gagné ». Pour­tant, celle qui a été l'as­sis­tante par­le­men­taire de Jo­seph Daul (député européen qui a présidé le Parti populaire européen de 2007 jusqu'à maintenant, ndlr) « l'en­fant du pays » dans cette as­sem­blée, et qui s'ap­prête à être la seule élue al­sa­cienne de la cir­cons­crip­tion se dit « déçue par un score qui laisse pré­sa­ger une grosse in­quié­tude et des dif­fi­cul­tés au ni­veau na­tio­nal ».

Na­dine Mo­rano, quant à elle élue en tant que tête de liste UMP à 22,72 % (29,2 en 2009), es­time que « la si­tua­tion en France ce soir est triste der­rière le sou­rire de Le Pen, la France est en co­lère ». Face aux ré­sul­tats du PS (13,23 % contre 17,24% en 2009) qui ne s'as­sure qu'un siège à l'Est, celle-ci en vient même à ap­pe­ler Édouard Mar­tin à dé­mis­sion­ner pour céder sa place à Ca­the­rine Traut­mann.

Voici donc une toute nou­velle sor­tie médiatique de Na­dine Mo­rano que la prin­ci­pale concer­née en­caisse dif­fi­ci­le­ment en dou­tant «  de sa sin­cé­rité, trop bonne à mon égard. Je peux me dé­brouiller sans sa sol­li­ci­tude, elle n'en a pas fait preuve pen­dant la cam­pagne, elle a été d'une ex­trême agres­si­vité et d'une grande vul­ga­rité, donc qu'elle garde sa com­mi­sé­ra­tion et sa com­pas­sion, je n'en ai pas be­soin. J'ai des amis avec moi et ça me suf­fit ». C'est en dé­si­gnant les cadres so­cia­listes lo­caux, pré­sents à ses côtés au mo­ment de sa venue vers les mé­dias, que Ca­the­rine Traut­mann a conclu son al­lo­cu­tion pro­non­cée d'une voie éteinte. L'eu­ro­dépu­tée aux quatre man­dats, pré­si­dente du groupe des so­cia­listes fran­çais au Parlement européen, em­blème de l'en­ga­ge­ment eu­ro­péen, se voit cla­quer les portes de « sa » mai­son. « Nous comp­tions sur cette élec­tion pour la dé­fense de la vo­ca­tion eu­ro­péenne de Stras­bourg, Ca­the­rine Traut­mann, c'est le Par­le­ment eu­ro­péen, c'est la task force fra­gi­li­sée si celle-ci n'est pas élue », an­nonce Ro­land Ries, maire de Stras­bourg PS réélu de jus­tesse en mars der­nier. Vi­si­ble­ment en­core groggy par les ré­sul­tats des élec­tions eu­ro­péennes, ce­lui-ci ap­pelle éga­le­ment Édouard Mar­tin à céder son siège à sa co­lis­tière deuxième sur la liste PS/PRG.

Les Verts perdent leur siège, le FN en gagne trois

Un temps an­non­cée à Stras­bourg, San­drine Bé­lier, tête de liste pour les éco­lo­gistes dans le Grand Est, n'était pas pré­sente. Alain Jund, ad­joint vert à la mai­rie de Stras­bourg, voit dans le score de sa fa­mille po­li­tique (6,4 %) « une grande dé­cep­tion par rap­port aux près de 15% de 2009 et au ni­veau eu­ro­péen, l'éco­lo­gie po­li­tique ne trouve pas sa place ».

Flo­rian Phi­lip­pot, quant à lui, vice-pré­sident du Front na­tio­nal, can­di­dat aux Mu­ni­ci­pales de For­bach, en Mo­selle, en mars der­nier et tête de liste dans la cir­cons­cip­tion Est élu avec avec trois autres co­lis­tiers à 28,96 % (7,57 % en 2009), a com­mencé par dé­ser­ter son futur lieu de tra­vail, puisque in­vité sur un pla­teau pa­ri­sien de té­lé­vi­sion di­manche soir.

Pour les mi­li­tants de tous bords et re­pré­sen­tants du monde as­so­cia­tif eu­ro­péen à Stras­bourg, la soi­rée s'est pour­sui­vie dans une am­biance tout aussi feu­trée qu'anes­thé­siée. À scru­ter sur un écran géant les pro­jec­tions des ré­sul­tats chez les voi­sins eu­ro­péens et les tours de pa­role des dif­fé­rents pré­si­dents de groupes, à Bruxelles, où le ma­riage sem­blait déjà consommé.

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