Europeana vs Google Print

Article publié le 29 avril 2008
Article publié le 29 avril 2008
Le babé-lien du lundi Lancement en novembre 2008 de la bibliothèque numérique européenne : il sera alors possible d’accéder à plus de 2 millions de livres numériques, de photographies, de cartes et de documents d’archives, ainsi qu’à des films provenant de bibliothèques, d’archives et de musées européens. L’objectif est d’atteindre les 6 millions de documents à l’horizon 2010.

Contrecarrer l’hégémonie américaine

Ce projet de bibliothèque numérique européenne fait directement écho au très controversé Google Print Library (1).

Google Print, kesako ? Le 14 décembre 2004, Google annonce qu’elle vient de passer un accord avec cinq des bibliothèques les plus célèbres et les plus riches du monde anglo-saxon : la New York Public Library et quatre bibliothèques d’universités, Stanford, l’université du Michigan, Harvard et Oxford (Grande-Bretagne).

L’objectif est à l’époque de numériser en quelques années 15 millions d’ouvrages afin de les rendre accessibles en ligne. Librement pour tous ceux qui sont tombés dans le domaine public, en extraits alléchants pour les autres qui sont encore sous droits, en attendant que le temps passe. L’objectif est faramineux : numériser 4.5 milliards de pages, avec le crédo que tous les savoirs de la planète puissent être mondialement accessibles gratuitement.

Depuis, le projet de la firme de Mountain View n’a cessé de susciter la polémique.

En France, Jean-Noel Jeanneney, (ancien) président de la Bibliothèque nationale de France, dans une tribune intitulée Quand Google défie l’Europe (Le Monde du 22 janvier 2005) avait mis en garde les États européens face à « une domination écrasante de l’Amérique dans la définition de l’idée que les prochaines générations se feront du monde ». Face à ce projet pharaonique, il avait appelé de ses vœux une réponse concertée au niveau européen : « une autre politique s’impose. Elle ne peut se déployer qu’à l’échelle de l’Europe. Une Europe décidée à n’être pas seulement un marché, mais un centre de culture rayonnante et d’influence politique sans pareille autour de la table ». Taxé parfois d’anti-américanisme primaire, M. Jeanneney a au moins eu le mérite de lancer un mouvement qui fédère aujourd’hui tous les pays de l’UE autour d’un projet ambitieux.

Ces protestations avaient notamment abouti à la suspension temporaire en août 2005 du projet de numérisation de la part de Google.

« Préserver la diversité culturelle et linguistique de l’Europe »

Le 1er juin 2005, la Commission européenne présente son initiative "2010: une société de l'information pour la croissance et l'emploii", qui vise à « mieux tirer parti des avantages offerts par les nouvelles technologies ». La Commission fait alors de la question des bibliothèques numériques un point important de cette initiative. Les propositions de la Commission européenne ont par la suite été présentées dans une communication du 30 septembre 2005, répondant à la volonté exprimée par six chefs d'État et de gouvernement en avril de la même année de créer une bibliothèque numérique européenne.

Après toute une série de consultations, la Commission adopte le 24 août 2006 une recommandation sur la numérisation et l’accessibilité en ligne du matériel culturel et la conservation numérique.

Elle recommande notamment aux Etats membres « de mettre en place et maintenir en activité des installations de numérisation à grande échelle » ou encore de « promouvoir une bibliothèque numérique européenne sous la forme d’un point d’accès multilingue commun au matériel culturel numérique diffus, c’est-à-dire détenu par différents organismes à différents endroits de l’Europe ».

Ces différentes recommandations recevront un accueil favorable de la part du Conseil européen des Ministres de la culture des différents Etats membres (voir les conclusions du Conseil du 7 décembre 2006 sur la question de la numérisation du matériel culturel)

Le 27 septembre 2007, le Parlement européen adoptait le rapport de Marie-Hélène Descamps (PPE-DE), donnant ainsi une impulsion politique à la proposition de la Commission européenne de créer une bibliothèque numérique européenne

Pour la députée européenne, « la promotion, la préservation et la diffusion la plus large possible de la diversité culturelle et linguistique de l’Europe sont au cœur du projet de bibliothèque numérique européenne ». Ce projet est le symbole d’une Union « unie dans la diversité, et contribuera au renforcement et à l’expression d’une véritable identité européenne ». Le rapport souligne notamment l'importance de parvenir à une interface multilingue permettant d'accéder directement aux contenus recherchés dans toutes les langues de l'Union européenne et de faire également une recherche dans toutes les langues.

Quelques semaines plus tôt, le Parlement européen avait dans une résolution, estimé que ce projet devait « garantir la promotion, la sauvegarde et la diffusion la plus large possible de la richesses et de la diversité du patrimoine européen ». Les Etats membres ayant un rôle important à jouer dans ce processus, afin d’« assurer l’accès de tous au patrimoine culturel européenne, d’assurer sa préservation pour les générations à venir et de constituer ainsi notre mémoire collective ». « Soutenir l’innovation et la recherche dans le champ du multilinguisme » constitue l’un des enjeux majeurs de ce projet.

Une Fondation bibliothèque numérique européenne

Pour mener à bien ce projet, la « Fondation bibliothèque numérique européenne » a été créée en décembre 2007. Parmi les membres de la Fondation se trouvent les associations majeures du domaine du patrimoine et de l'information en Europe. Les dispositions prévues par les statuts leur permettront de travailler en partenariat pour soutenir : la mise en place d'un portail commun aux différents secteurs du patrimoine pour l'accès au patrimoine culturel et scientifique, le développement et l'exploitation du portail commun, les initiatives visant à rassembler les contenus numériques existants et la numérisation du patrimoine culturel et scientifique en Europe.

Pour Viviane Reding, Commissaire à la société de l’information et aux medias, cette Fondation est « la démonstration que les institutions culturelles européennes veulent travailler ensemble à la mise à disposition de leurs collections à travers un point d’accès multilingue »

Membre de la Fondation et directeur de la bibliothèque nationale des Pays-Bas, le Dr Wim van Drimmelen avait déclaré au moment de sa fondation que « les institutions culturelles : archives, musées, audiovisuel et bibliothèques travaillent ensemble pour faire en sorte que leurs ressources soient rassemblées dans le monde virtuel, indépendamment du lieu de leur conversation dans le monde réel. C’est ce que l’utilisateur attend. Mais les bénéfices n’en seront pas que pour les utilisateurs. Le travail en cours a permis de créer un véritable forum propice aux transferts de savoir entre les domaines, ce qui nous permet maintenant de développer notre capacité collective à répondre aux nouveau besoins des utilisateurs et à rester pertinents dans un environnement numérique très évolutif »

Visiter le prototype du site de la bibliothèque européenne: www.europeana.eu

(Crédit photo: flickr/Gunthert)

(1): projet désormais intitulé books.google.com