European Revolution : après trois mois, où vont les Indignés ?

Article publié le 17 août 2011
Article publié le 17 août 2011
Les Indignés fraudent dans le métro contre la ristourne des transports publics aux jeunes cathos des JMJ, ils passent la nuit dans les halls des hôpitaux menacés de fermeture et empêchent les flics d’expulser les familles endettées… Mais où vont-ils et pour combien de temps ? Trois indignés se penchent sur l’avenir illisible mais serein du 15M, qui vient de fêter ses trois mois.

Les Indignés se sont promis un été mouvementé. Quand les marches populaires des Indignés ont convergé à Madrid après être parties de Barcelone, Valence ou Cadiz sur la route des revendications citoyennes, ils ont décidé de reprendre la Plaza Puerta del Sol. Plein de choses à se dire. Alors quand la Guardia Civil les a délogés en vue de la venue du pape Benoît XVI du 18 au 21 août pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), ils ont décidé de contester la baisse de 80% du ticket de métro pour les participants des JMJ. Car pour les autochtones, le prix vient d’augmenter de 50%. Une injustice de plus, une indignation de plus. Comme le confie le journaliste de Publico, Ignacio Escolar, sur son blog, les Indignés ne disparaîtront pas tant que les politiques ne se seront pas attaqués aux causes qui expliquent la naissance du mouvement. Mais personne ne sait trop par où ils vont.

« Lobby de pression citoyenne »

« Je crois qu’institutionnaliser le mouvement sous une forme partisane serait une erreur aux vues de sa grande diversité idéologique. A l’inverse, le 15M pourrait évoluer vers un "lobby de pression citoyenne" », envisage Delphine, une Indignée de Barcelone. « Nous avons la mobilisation citoyenne, les agoras, les initiatives législatives populaires, les grèves, le tout sans partager d’origine sociale ni d’idéologie », estime Judit, 20 ans, dans le mouvement depuis le quatrième jour. Les Indignés ne veulent pas de parti des Indignés, la contradiction serait trop forte par rapport aux propositions de leur mouvement, plébiscitées par 80% des citoyens espagnols selon les sondages. Quelque chose de nouveau, on ne sait pas encore trop quoi, mais il faudra évoluer, car les formes anciennes de représentation, entre Caso Gürtel et 40% de chômage juvénile, ont démontré leur date de péremption.

Sur l'affiche :"nous sommes plus qu'indignés".

Action, réaction

Les personnes qui demandent des comptes aux Indignés après seulement trois mois d’existence sont peut-être les plus pressées de crier à l’échec.

Le risque, c’est juste qu’on ne les écoute pas. Comme quand les forces de police les virent par la force quelques jours avant l’arrivée des jeunes des JMJ. Alors pour éviter le délitement d’un mouvement dont Judit souligne les objectifs « à la fois très nombreux et très divers », il faut du concret. D’un côté, la réaction à l’actualité sociale. Dans le rouge, les banques espagnoles veulent récupérer les maisons sous hypothèques et obliger les ménages à rembourser leurs dettes même après avoir été expulsés de leur logement. Les Indignés ont répertorié toutes les expulsions en cours et à venir et, avec la Plateforme des personnes affectées par l’hypothèque, ils se pointent avant les forces de police pour stopper la procédure. Déjà une soixantaine d’expulsions stoppées à leur actif ! (même si parfois, ça ne suffit pas). A l’autre bout de la chaîne, l’action. Les Indignés ont entamé une marche jusqu’à Bruxelles qui arrivera à bon port début octobre, juste à temps pour lancer le coup d’envoi de la manifestation mondiale du 15 octobre. Ils espèrent que les eurodéputés écouteront les doléances qu’ils ont récoltées parmi les citoyens espagnols, français et allemands durant leur périple.

Entre la réaction aux conséquences de la crise et les actions qu’ils tentent d’impulser pour changer le système, il y a un timing à trouver, une cohérence à tisser au fur et à mesure. Pour que l’indignation devienne force de proposition.

Le droit de prendre son temps

Les Indignés soutiennent de nombreux mouvements locaux, voire les inspirent...Faut-il demander à des citoyens espagnols de changer les règles de la politique « ici et maintenant » ? Les personnes qui demandent des comptes aux Indignés après seulement trois mois d’existence sont peut-être les plus pressées de crier à l’échec. Même s’il importe de penser à l’avenir, rien n’empêche de prendre son temps. «Vamos lento porque vamos lejos » («on va lentement parce qu’on va loin») disent eux-mêmes les Indignés. Loin de la culture du résultat qu’on leur exige, ils préservent leur essence sans sauter d’étape. Surtout quand « beaucoup de gens revendiquent que nous construisons quelque chose de nouveau parce que ce qui existait jusqu’alors a montré ses limites », rappelle David, 32 ans, dans le marketing et engagé depuis le 15 mai pour l’#acampadabcn. Il considère qu’ « à court terme, le mouvement devrait travailler à dénoncer les injustices et manquements démocratiques de facto. Il doit montrer aux gens ce qui se passe.» Comme frauder dans le métro madrilène pour dénoncer la ristourne de 80% accordée aux jeunes catholiques fans de Benoît XVI, quand les Espagnols vont payer leur ticket 50% plus cher. La grève des chauffeurs de métro annoncée par le syndicat UGT du 18 au 21 août va tout de suite prendre un autre pli. Tout comme la manifestation du 17 août derrière le slogan « La visite du pape, pas avec mes impôts. »

Auriez-vous lu cet article (pour ceux qui l’ont terminé, répondez en commentaire !) s’il avait débuté par : « Europe Laïque et 120 curés du forum de Madrid mécontents de la visite du pape à Madrid » ? Alors souriez, avec les Indignés, vous êtes informés !

Photos : Une et texte © Emmanuel Haddad