Europe Tomorrow : chasseurs d'idées

Article publié le 4 août 2015
Article publié le 4 août 2015

Rencontre avec Europe Tomorrow ou trois entrepreneurs sociaux, cherchant à développer une société durable, qui ont pour projet de dénicher les meilleures innovations sociales et environnementales à travers l'Europe.

Les Français Boris Marcel, Florian Guillaume et Malo Richard sont dans la première année d'un projet long de trois ans qui a pour but de découvrir les meilleures innovations et idées en Europe, de comprendre leur développement et de faciliter leur reproduction aux côtés d'experts afin de répondre aux nombreux défis de notre époque.

Nous les avons interrogés afin de mieux comprendre les buts et les défis qu'ils devront relever pour mener à bien ce projet.

cafébabel : Comment ce projet est-t-il né ?

Florian Guillaume (FG) : Le projet a débuté car nous travaillions déjà depuis deux ans comme entrepreneur social sur d'autres projets. Plutôt que de réinventer la roue, nous avons réalisé qu'il existait de nombreuses initiatives à travers l'Europe : l'idée étant de considérer les meilleures, de comprendre leur fonctionnement, leur structure, d'identifier les intervenants et de pouvoir les reproduire dans d'autres pays. L'Europe est le parfait exemple de coopération entre nations, le concept étant de pouvoir approuver des politiques de développement dans plusieurs États.

Malo Richard (MR) : Nous ne parlons pas de la Commission européenne. Nous parlons de la société civile et des entreprises sociales d'Europe. 

cafébabel : Pouvez-vous nous donner des exemples des types de projets concernés ?

FG : Nous avons trois types de projets : les projets d'associations, les projets d'entreprises sociales et les initiatives publiques initiées par les gouvernements, les États ou les communautés locales.

MR : Les initiatives les plus faciles à mettre en oeuvre sont principalement celles des associations - à la tête de nombreuses innovations.  Par exemple, en Angleterre, nous avons découvert le concept de « solar flower » - il s'agit d'un modèle d'éolienne à utilisation libre permettant à chacun de créer sa propre source d'énergie. Ainsi, simplement en diffusant la brochure des plans de ce projet, cela pourrait s'avérer être une grande innovation pour toute l'Europe.

FG : Connaissez-vous Farm Drop ? Je pense que c'est un projet intéressant. Vous valorisez l'ensemble des parties de la chaîne de commercialisation, uniquement composée  par les agriculteurs eux-mêmes. Comparé au circuit de distribution ordinaire, les agriculteurs sont bien plus récompensés de la sorte.

Boris Marcel (BM) : Une autre initiative néerlandaise cool, faisant partie de l'économie circulaire, c'est  FairPhone. Il s'agit essentiellement d'un smartphone conçu pour éviter le vieillissement programmée de l'appareil. Vous pouvez le modifier, le mettre à jour ou changer la batterie. Ce n'est pas comme si vous deviez jeter la batterie une fois morte. Le concept est de jeter le moins possible de matériels électroniques à la poubelle.

Nous suivons également le projet de la Fondation Ellen MacArthur (Ellen MacArthur Foundation), principalement focalisé sur l'économie circulaire, la productivité industrielle et le zéro gaspillage.

FG : J'en ai une autre – au Royaume-Uni, un groupe communautaire (Energy 4 All), fondé sur le principe de l'énergie renouvelable, a pour objectif de mettre en place une campagne de financement participatif pour acheter des panneaux solaires et ainsi avoir un retour sur l'énergie produite.

cafébabel : Vous êtes actuellement en tournée en Europe à la recherche de ces projets. Où avez-vous été récemment ? 

FG : Nous revenons d'Espagne et du Portugal. En Espagne, nous sommes allés au Green Fab Lab | IAAC  près de Barcelone où des sujets sur le rendement énergétique, l'autosuffisance agricole et l'efficacité de production ont été évoqués. Ils ont un potager, pratiquent une agriculture forestière comestible ainsi que d'autres innovations telles que des imprimantes 3D et tout autre matériel mécanique que l'on peut trouver dans un FabLab.

J'y suis allé quelques mois auparavant et ils étaient en train de fabriquer un outil permettant de réaliser des impressions 3D dans l'argile. Nous pouvons - et c'est ce que ce concept a de formidable -  le réutiliser plusieurs fois. Dans le domaine de la construction, il y aurait beaucoup moins d'énergie perdue du fait du pouvoir isolant de la procédure d'impression 3D en couches consécutives supplémentaires.

MR : Quand nous sommes allés au Portugal, nous avons rencontré l'un des fondateurs de ColorAdd. Leur concept repose sur la création d'un code fondé sur 3 symboles représentant les couleurs primaires mélangées et assemblées. Ils ont ainsi composé toutes les couleurs pour les daltoniens. Ils ont créé une application qui reconnaît les couleurs à destination des personnes qui vivent quotidiennement sans pouvoir distinguer les couleurs. Cette idée est très ingénieuse et pourrait être reproduite dans plein d'autres régions, dans différents pays et villes à travers le monde. Ils travaillent actuellement dans les hôpitaux, dans le métro et dans les écoles au Portugal.

cafébabel : Quelle est l'importance des profits et celle des entreprises privées dans la diffusion de ces idées ? Doivent-elles être libres d'utilisation et les brevets partagés pour l'intérêt commun?

FG : En fait, nous avons tous notre propre point de vue ... Pour moi, le modèle économique a besoin de faire partie des concepts. Si nous n'avons pas de modèle économique, nous ne pouvons pas les reproduire et les développer dans plusieurs pays car ces projets ne seraient pas viables. Même si l'idée n'est pas de faire des profits, il est nécessaire d'avoir un modèle économique sur le long terme.

MR : Pour nous, les associations à but non lucratif ont un rôle aussi important que les entreprises sociales. Il y a tant de questions globales à résoudre que cela reste complémentaire. Nous avons besoin d'influencer les grandes entreprises et de transformer leur activité principale avec une responsabilité sociale (corporate social responsibility - CSR) et des pratiques durables.

cafébabel : Et à propos du rôle des brevets ?

BM : Nous essayons de sélectionner les meilleures innovations mais nous avons des critères d'analyse et l'un des aspects importants est celui de la libre utilisation facilitant amplement la possibilité de réplication du concept.

cafébabel : Comment allez-vous faire face à la difficulté de reproduire ces innovations au-delà des frontières ? 

FG : Jusqu'à présent, nous travaillons uniquement en Europe. D'ici deux à trois ans, nous essaierons de développer ces concepts à une plus grande échelle. L'idée, c'est que de nombreuses situations existent dans chaque pays de l'UE mais nous sommes à la recherche d'innovations pour lesquelles nous pourrons trouver les meilleurs méthodes pouvant être reproduites dans chaque pays. 

Par exemple, nous avons étudié le concept d'énergie renouvelable au Royaume-Uni et dans le Nord de l'Europe. Ce type d'énergie ne peut être reproduit en Espagne, mais l'idée est de trouver une innovation - type panneaux solaires, éoliennes, énergie géothermique - afin d'avoir une variété de toutes les meilleures innovations renouvelables. 

cafébabel Dans la seconde partie du projet, quel sera le rôle des experts ? 

FG : Les experts auront des rôles différents - l'idée étant de créer une mesure - ils créeront des rapports à propos des innovations et de leur capacité de développement. L'objectif étant de créer des laboratoires locaux avec les meilleures innovations sociales et environnementales afin de constituer un quartier écologique ou une ville durable. Ce sont les experts qui nous aideront à créer une telle expérimentation. Ensuite,  il faudra faire valider par une société élargie ces concepts qui pourraient devenir communs dans une vingtaine d'année si nous nous responsabilisons plus. 

BM : Nous travaillons également avec des sociétés privées qui ont financé ce projet pour nous permettre de faire des recherches sur ces thématiques [ed. 12, de l'agriculture à la démocratie et l'éducation]. L'idée est d'investir, avec leurs fondements, dans des innovations que nous trouvons pour eux. Je sais que l'argent ne fait pas tout mais c'est un bon moyen d'aider à la reproduction de ces projets. 

MR : L'idée ultimeest de répandre toute cette connaissance que nous allons rassembler dans toute l'Europe.

Le meilleur de l'innovation en Europe avev Europe Tomorrow