Europe sociale : de la défense à l’attaque

Article publié le 23 décembre 2008
Article publié le 23 décembre 2008
De puis la semaine dernière, le Parlement européen et le Conseil européen ont 80 jours pour arriver à un compromis sur le temps de travail en Europe. Ceci dit, les probabilités de succès sont rares. “Si le parlement n’approuve pas la directive de Travail en décembre, il n’y aura sûrement pas d’accord avec le Conseil plus tard”, déclarait à cafebabel.
com l’eurodéputée libérale Liz Lynne, “et tout reprendra de la case de zéro”, concluait-elle.

Une semaine après que le Parlement européen ait rejeté la directive de Travail qui proposait des horaires de 65 heures par semaine pour certains secteurs, que se passera-t-il ? La gauche veut passer à l’attaque.

Nouvelle stratégie après 20 ans à la défensive

“Est-ce qu’on va se limiter à défendre le modèle social européen tant qu’il sera vivant ?”, se demandait il y a quelques semaines Felipe González, le leader du groupe de sages qui élabore un rapport sur l’avenir de l’Europe dans l’horizon 2020 ou 2030. “Il faut passer à l’attaque”, déclare-t-on depuis les rangs de la Gauche Unitaire Européenne (GUE). “L’État c’est la solution et non pas le problème”, réclamait Martine Aubry pendant son premier acte à l’international après son élection à la tête du PS. Le message selon lequel il ne faut plus attendre de voir c que Font les libéraux pour après réagir contre est en train d’imprégner les élites de la gauche : il s’agirait désormais d’hisser le drapeau du social comme distinctif du modèle de développement européen, et de cherche sa nouvelle matérialisation.

Now or never

Martine Aubry

Une chose est certaine, c’est le meilleur moment pour passer à l’attaque, et ceci pour trois motifs. D’abord, le fait que la directive ait été rejetée à une surprenante majorité de 500 eurodéputés lorsque personne ne s’y attendait, signifie que le rejet d’une Europe fondée sur le travail intensif n’est pas le patrimoine exclusif de la gauche. Beaucoup d’europarlementaires libéraux et conservateurs ont voté avec la gauche. Même ceux qui avaient annoncé –par peur à plus de pression de la part de leurs gouvernements nationaux – de voter pour les 65 heures par semaine, et qui ont changé à la dernière seconde d’opinion et de vote. C’est, donc, le moment pour que la gauche européenne partage avec les libéraux et les conservateurs la vision d’un modèle social européen qui différencie le modèle de croissance et de développement européen par rapport au reste du monde. Ce modèle serait le patrimoine de tous les européens avec indépendance des préférences partisanes. Deuxièmement, à la fin des 80 jours de rigueur pour arriver à un compromis improbable entre parlement et conseil, le présent mandat sera arrivé à son terme. Alors, viendront les élections européennes et beaucoup de changements. Le Parti Populaire va souffrir une probable scission, tandis que la gauche, après ses résultats désastreux en 2004, augmentera sa représentation dans la chambre européenne. C’est ce qu’attendent les socialistes, les Verts et les Communistes pour imposer un nouvel agenda qui parierait sur un modèle actualisé de l’Europe sociale. Finalement, la crise va s’accentuer en 2009, et obliger les États à user de leur imagination pour garantir l’assistance aux plus démunis, qui sont, généralement, des votants des partis qui réclament un retour en force de l’Europe sociale : les jeunes, les femmes, les issus de l’immigration...,etc.

l’Espagne comme le mauvais modèle en Europe

Le Parti populaire espagnol a voté en bloc contre la directive de travail, faisant ainsi de l’Espagne le pays qui s’est opposé le plus fermement à l’idée des 65 heures de travail par semaine. Surtout que le Don Quichotte à la tête de la révolte parlementaire a été le socialiste espagnol Alejandro Cercas. Dans les rangs du Parti Populaire espagnol on se félicité pour ce qu’ils considèrent une “victoire du modèle de marché de travail espagnol”, mais ce qui s’est passé c’est tout le contraire. L’Espagne est un des pays où l’on travail le plus de temps et où l’on produit le moins. C’est une économie qui a basé sa croissance ces dernières 15 années sur la spéculation immobilière, la précarité du travail (33% d’emplois précaires, ce qui correspond au double de la moyenne européenne) et une très faible productivité. De là que les hommes politiques et les citoyens espagnols que travailler plus de temps ne sera pas la solution pour l’Europe. La crise fait souffrir les espagnols plus qu’à personne d’autre, avec leur nouveau million de chômeurs en une année. Le paradigme contraire c’est la France qui, après 7 ans à une croissance moyenne de 1,5% du PIB et une semaine de 35 heures institutionnalisée a réussi à baisser le chômage du 11% au 8% tout en restant un des pays avec le taux de productivité horaire le plus performant du monde. La gauche et une partie des conservateurs européens prennent note de ça et s’apprêtent à mettre à jour l’Europe sociale du XXIème siècle. Une nouvelle politique industrielle européenne pour impulser les nouveaux secteurs stratégiques, comme les énergies, les biotechnologies et la génétique; de nouveaux services sociaux au niveau européen dans le champ de la santé ; un pari pour la rénovation des systèmes éducatifs européens ou en faveur de la discrimination positive envers les femmes et les jeunes pourraient s’avérer en tant que les nouvelles formules pour la renaissance d’une Europe à visage humain. (photos de: )