Europe on the groove?

Article publié le 19 mars 2008
Publié par la communauté
Article publié le 19 mars 2008
C’est assez rigolo l’inauguration du Salon du Livre à Paris. Y’a plein de gens qu’on croit n’exister que dans les films. On pense tous que non, quand même, les grandes blondes qui se vantent tout haut de connaître des directeurs de castings et les éditeurs mal rasés qui se tapent la bise en s’appelant coco, ils sont pas vraiment réels.
Et bien si, je les ai vu en vrai, et dans leur environnement naturel ! Moment magique, j’avais l’impression d’être Nicolas Hulot dans Ushuaïa, quand il découvre les fonds marins en Papouasie-Nouvelle-Guinée…

Je me baladais donc de stands en stands, en admirant les efforts considérables qui étaient fait pour mettre en valeur le produit. Aujourd’hui, l’édition est en crise. Alors le livre devient autant un élément de déco que de littérature. Couvertures colorées, illustrées avec soin, formats atypiques…Il faut se différencier, susciter l’intérêt de toutes les façons imaginables.

Et puis c’est le drame. J’arrive en vue du stand de l’Office des publications de l’Union européenne. Et oui, ils ont un stand ! Mû par une attirance irraisonnée pour tout ce qui est bleu avec douze étoiles autour, je m’approche. Erreur fatale !

Que trouve-t-on sur ce stand ? Des mémos de la Commission sur la l’agriculture et la pêche, un rapport monstrueusement volumineux sur le développement durable, une histoire du pouvoir en Europe et, bien cachés dans un coin, les fameux petits livrets sur « comment c’est trop bien le Marché intérieur » avec des photos prises à l’époque de Delors. Le seul truc un peu bien, c’était un livret sur l’étiquetage des aliments, en un exemplaire.

Surtout, sur le stand de l’Union européenne il y avait des vieux en costard cravate et… des vieux en costard cravate. Ah si, y’a un jeune qui est passé, mais il voulait juste demander son chemin. Normal, vu que le pavillon ressemblait plus à un « Point Info » qu’à un stand d’exposant…

En gros, c’était l’échec. Et là, je me suis amusé à un truc. J’ai regardé en détail les sujets qui étaient traités par lesdites brochures et autres rapports. Développement durable, étiquetage, sécurité alimentaire, droits fondamentaux, droit du travail. Que des sujets médiatiques ! Que des histoires qu’on voir régulièrement passer dans les journaux ! Vous avez pas l’impression d’un gros gâchis, là ?

Vous allez me dire, c’est l’Office des publications de l’Union européenne, c’est pas un éditeur. Il faut que ce soit sérieux, quand même… Peut-être… Ou peut-être bien que non, d’ailleurs ! Trop souvent, « sérieux » finit par vouloir dire inaccessible. Comme si être grand public c’était vulgaire. Au final, les publications gouvernementales et/ou officielles ne sont lues que par des personnes déjà intéressées, que par des gens qui gravitent déjà plus ou moins dans les affaires publiques.

Les publications de l’Union européenne oscillent perpétuellement entre langage d’expert abscond et approche professorale infantilisante, sur le mode « l’Europe pour les Nuls ». Et c’est là l’erreur. Le public n’attend pas qu’on lui explique l’Union européenne, son histoire, ses Etats membres, ses institutions. Le public s’en fout royalement, comme il se fout d’ailleurs généralement de ses institutions nationales.

Non, le public veut qu’on le fasse marrer. Le public veut que ça brille, il veut que ça frime. Alors, virez les lunettes à écailles et sortez les pompes à paillettes ! Let’s groove tonight !