Europe : mais où est passé David Cameron ?

Article publié le 17 mars 2015
Article publié le 17 mars 2015

L’absence de David Cameron lors des négociations européennes avec la Russie au sujet du conflit en Ukraine n’est pas passée inaperçue. Mais pourquoi donc fait-il profil bas  ? Dans quelle mesure contrôle-t-il réellement la situation  ? 

En Grande-Bretagne, les élections approchent à grands pas. La question de l’appartenance du pays à l’Union européenne est brandie, c’est une arme politique sur le champ de bataille des élections. Mais tout comme les armes, elles brillent aussi lorsqu'elles sont émoussées : les sondages indiquent que pour la majorité des électeurs britanniques la question européenne est loin d’être prioritaire.

Malgré tout, ces dernières années, l’appartenance à l’Union européenne est devenue une question toxique pour les conservateurs. En 2006, David Cameron disait à son propre parti conservateur qu’afin de gagner les élections au Royaume-Uni, il fallait « arrêter de taper sur l’Europe ». Les députés eurosceptiques de son parti l’ont largement ignoré en le forçant à remettre publiquement en question l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne, et à prendre ses distances avec la « machine » bruxelloise.

« Petit joueur »

Avec l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, ndt) sur leurs talons dans la course aux élections, les conservateurs évitent-ils délibérément les projecteurs européens ? Comme, par exemple, l’absence remarquée de Cameron lors des négociations entres les dirigeants européens et les autorités russes au sujet du conflit dans l’est de l’Ukraine.

Jusqu’à présent, la France et l’Allemagne tiennent bien en main les rênes des négociations avec Vladimir Poutine qui ont conduit à des sanctions contre certaines de personnalités russes les plus puissantes, et un nouveau cessez-le-feu fragile décidé le 12 février dernier. Le Royaume-Uni veut maintenant briser cette stratégie diplomatique du silence en envoyant un signal fort : 75 militaires britanniques seront envoyés à Kiev dans le but de former l’armée ukrainienne. Cette annonce est peut-être une tentative pour compenser le silence de David Cameron, mais cela reste une décision modeste et unilatérale, très éloignée des discussions européennes sur la question.

Le Premier ministre se retrouve sur la défensive après les commentaires d’un officiel militaire haut gradé (Richard Shirreff, Commandant en second de l’OTAN jusqu’à l’an dernier) et le Secrétaire d’État des Affaires étrangères du cabinet fantôme, Douglas Alexander, laissant entendre qu’il est une « inutilité diplomatique » et rien de moins qu’un « petit joueur » en matière de politique extérieure européenne. Un récent rapport de la commission des affaires étrangères de la Chambre des Lords allègue en outre que le gouvernement anglais a « mal interprété la situation » en Russie et est resté spectateur lors des opérations de médiation du conflit entre les forces gouvernementales ukrainiennes et les rebelles soutenus par la Russie.

Un chef du parti conservateur réticent à l’idée de s’engager avec l’Europe ? Ce n’est pas vraiment nouveau. Mais, ils sont rares ceux qui laissent passer une occasion de jouer l’homme d’État alors que les élections approchent. Pourquoi alors, Cameron a-t-il choisi ce moment pour s’effacer ?

La réponse se trouve peut-être dans le débat sur la politique de défense nationale. Les conservateurs ne veulent pas attirer l’attention sur la capacité restreinte du Royaume-Uni en matière de puissance militaire en général et dans le contexte russe en particulier. Les dépenses militaires au Royaume-Uni ont considérablement chuté durant le dernier mandat du gouvernement, à tel point qu’elles risquent de descendre sous la barre des 2 % fixée par l’OTAN.

David contre Goliath

Toujours d’après le rapport de la Chambre des Lords, le niveau d’expertise du bureau des Affaires étrangères anglais s’est largement érodé ces dernières années. Un manque de compétence linguistique et des connaissances lacunaires des cultures étrangères limitent sa capacité à penser stratégiquement. 

Ou bien peut-être que Cameron redoute que ses députés et les électeurs potentiels du parti conservateur ne prennent mal le fait de le voir proche de l’Europe à quelques mois des élections de mai. Cela fait maintenant un moment que Cameron prend plaisir à jouer le gentil David contre Bruxelles en Goliath, refusant catégoriquement de capituler devant ses demandes déraisonnables. Ou du moins, c’est ce qu’il laisse croire. Après des semaines de menaces et d’avertissements, il a cependant échoué à empêcher la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. 

De même, malgré sa volonté de « contester par tous les moyens possibles » la facture supplémentaire de 2,1 milliards d’euros réclamée par Bruxelles, et le Chancelier de l’échiquier George Osborne affirmant avoir obtenu une réduction de moitié du montant, la somme a été payée intégralement en décembre dernier. Ces incidents, qui viennent certainement d’une accumulation de pressions internes, compliquent les relations avec ses homologues européens et ne profitent pas à l’image du Royaume-Uni à l’international. 

Il est difficile de dire à ce point si c’est Cameron lui-même qui a décidé de ne pas assister à la fête, ou s’il n’y a pas été invité. Sans doute que c’est un peu des deux. Cameron peut avoir décidé de prendre ses distances lors des discussions au sujet de l’Ukraine, mais il a aussi pu être mis à l’écart par la locomotive franco-allemande fatiguée de ses récentes singeries. Il se retrouve alors à faire l’équilibriste entre le « continent » qu’il n’est pas vraiment prêt à laisser derrière lui, et l’île qui va décider de l’avenir de son parti. 

La période préélectorale c’est la période de parade pour tous les partis, mais si Cameron gagne ces élections il devra se confronter à la dure réalité d’être un outsider en Europe.