Europe : les aberrations linguistiques passées en revue

Article publié le 18 juillet 2013
Article publié le 18 juillet 2013

Des façons de parler usées par le temps, des expressions qui se frayent insidieusement un chemin dans la langue orale, des aberrations linguistiques qui entachent nos conversations. Voici un état des lieux des mots mal employés les plus insupportables dans les différentes langues européennes.

Comme disait Italo Calvino, la langue orale est disgracieuse. Il préférait d’ailleurs l’écrit afin d’éviter d’être vague, imprécis, superficiel, maladroit, et pour fuir les répétitions et les tournures orales plus conventionnelles qui martèlent la parole. Un piège linguistique dont les premières victimes sont les étrangers qui, dans leur lutte pour se fondre dans la masse des locuteurs natifs, finissent par assimiler ces aberrations lexicales.

DANS SON LIVRE LEZIONI AMERICANE ÉCRIT EN 1985, ITALO CALVINO IMAGINAIT UNE LANGUE LÉGÈRE, RAPIDE, JUSTE, ACCESSIBLE ET HÉTÉROCLITE. BREF, APRÈS PRESQUE 30 ANS, EN FAIT, C’EST PAS VRAIMENT LE CAS.

Les tics de langage et les approximations linguistiques sont un facteur commun aux langues européennes. Parmi les expressions mal employées les plus insupportables, on retrouve notamment celles qui expriment l’émerveillement. Notre « c’est mortel », pour exprimer l’approbation, fait écho  au terme polonais « masakra », textuellement « massacre », qui manifeste de l’émerveillement ou de la consternation face à quelque chose d’inattendu. Sur le même schéma, et tout aussi désuet, on retrouve l’expression allemande « Hola die Waldfee », une sorte de salut à une fée fantomatique de la forêt, une expression passée de mode qui exprime la stupéfaction. 

De l’autre côté des Pyrénées, le terme « guay », qui prolifère pour exprimer ce qui est cool, est encore toléré par les locuteurs natifs. On ne pourrait en revanche pas dire la même chose en Allemagne, où quiconque oserait lancer un « geilomat » (se prononce en insistant sur le a), dérivé de « geil », textuellement « attirant », « qui provoque le désir », ou se hasarderait avec un « Tschö » ou « Tschüssikowski », des variantes du traditionnel « Tschüss », ou encore un « Aber hallo »,  textuellement « hé salut ! », expression peu habile prononcée en insistant sur le a ou le u, risquerait la disgrâce à vie chez les puristes les plus snobs.

Détesté par les locuteurs polonais natifs bien que fréquemment employé, « krejzol », calque du terme anglais « crazy », figure parmi les épidémies linguistiques les plus répandues pour exprimer un jugement personnel à propos de quelqu’un qui a pété les plombs ou, pour reprendre une expression bien de chez nous, qui semble « à l’ouest ». En italien, les vides lexicaux, au sens propre, se répercutent malheureusement sur le langage oral, infesté de tics de langage comme « disons que », « grave », « bref », « en fait » ou d’autres aberrations qui alourdissent la conversation. Ces mêmes expressions se retrouvent en anglais, où like, literally et basically semblent désormais collées à toute affirmation.

Dans son livre Lezioni Americane écrit en 1985, Italo Calvino imaginait une langue légère, rapide, juste, accessible et hétéroclite. Bref, après presque 30 ans, en fait, c’est pas vraiment le cas.

Immagine: © Toni F./flickr