Europe : Le patriotisme est de retour

Article publié le 22 avril 2004
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Article publié le 22 avril 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La crise des otages en Irak a exacerbé le patriotisme italien. A bien y regarder, cependant, le phénomène est en train de devenir européen.

"Maintenant, tu vas voir comment meurt un Italien". Les dernières paroles de Fabrizio Quattrocchi, l'otage italien tué en Irak le 14 avril dernier, font réfléchir. Le traitement médiatique et politique est en déroutant. Pour Franco Frattini, le ministre des Affaires étrangères italien, Fabrizio Quattrocchi "est mort en héros" : un héros "national" pour le quotidien Corriere della Sera, "un patriote" pour le journal Panorama. Après cet épisode, le sentiment national des Italiens est à son paroxysme.

11 Mars : les drapeaux espagnols aux fenêtres

Mais, à l'époque du village planétaire et de l'Europe élargie à 25 Etats, l'Europe revient-elle au sentiment patriotique qu’on croyait oublié il y a encore quelques années ?

Les exemples ne manquent pas. Il suffit de penser à la réaction espagnole face aux terribles attentats du 11 Mars. Selon Manuel Ansede, l'envoyé spécial de café babel à Madrid, "dans la capitale espagnole il n'y avait pas un seul immeuble non recouvert de drapeaux nationaux espagnols", bien plus que les drapeaux "PACE" en Italie pendant la guerre en Irak. De plus, "les manifestations espagnoles étaient rythmés par un slogan récurrent : s 'E-spa-ña- E-spa-ña'. En somme, poursuit Ansede, après le 11 mars les Espagnols se sont sentis plus espagnols". Cela veut-il dire qu'ils se sentent aussi "moins européens" ?

L'Allemagne et les " bouffeurs de spaghettis "

Pour Ulrich, 29 ans, correspondant de café babel à Berlin, le problème est ailleurs: "en réalité une véritable conscience européenne n'a jamais existé. En revanche, c’est vrai que ce revival du patriotisme finira par être préjudiciable à la construction européenne ". En Allemagne les exemples abondent. Le dernier date de samedi 17 avril avec les déclarations anti-italiennes du célèbre présentateur télévisé allemand Karl Moik. Dans son show, suivi par 7 millions de téléspectateurs, il a traité les Italiens de "spaghettifressern" : des "mangeurs de spaghettis". Il ne s'agit que du dernier épisode de la saga d'insultes croisées entre Italie et Allemagne.

Une Allemagne qui a été ces dernières années le théâtre d’un certain retour du patriotisme, malgré, comme l’explique Ulrich, qu’il est encore "rare, à cause de notre histoire, d’entendre des phrases comme 'je suis fier d'être allemand'". Pourtant les temps ont commencé à changer. Les élus conservateurs appellent de plus en plus, surtout dans les rangs du parti conservateur CDU, à la "leitkultur" : l’ensemble des valeurs allemandes de référence qu’il faut défendre contre une immigration perçue trop souvent par l'opinion publique comme "envahissante", comme une menace.

Opinion publique européenne… Adieu

Tout le problème est là : ce sont ces menaces contemporaines (guerre, terrorisme ou immigration) qui déforment notre perception de la réalité. Et bizarrement, le retour du patriotisme a lieu alors que les États-nations ont perdu de leur pouvoir. Tout seuls, les Etats ne peuvent faire face à ces défis. L’Italie, avec ses 3000 soldats en Irak, est réduite à un rôle de figuration dans une coalition archidominée par les Etats-Unis. De même, les services secrets espagnols n’ont pu prévoir les attentats de la gare d’Atocha à Madrid, car le terrorisme islamique est global et se moque des frontières nationales. Le même discours vaut pour l'immigration : quoi qu’on en dise, avec l'espace Schengen qui a aboli les frontières entre la majorité des Etats de l’UE, chaque politique d'immigration nationale devient anachronique.

Face à ces défis, l'Europe se doit d’être unie. Sans cette union, elle se retrouvera non seulement politiquement affaible, mais aussi plus segmentée, désordonnée et, malheureusement, manipulée : l'Italie sera toujours "au front" comme elle l’était dans les guerres d'indépendance du 19ème siècle. En se réfugiant dans le patriotisme, les opinions publiques d’Europe continueront à s’ignorer les unes les autres. Pour faire face à l’avenir, il faut une véritable opinion publique européenne : Pour que l'Europe se construise enfin !