Europe et Russie à couteaux tirés

Article publié le 17 décembre 2004
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Article publié le 17 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le sommet russo-européen qui avait déjà été repoussé a finalement eu lieu. Mais les relations, déjà tendues, n’ont pas été simplifiées par la joute électorale en Ukraine.

Le président Poutine a menacé de boycotter le 14ème sommet russo-européen quand il est apparu qu’il y avait peu de chances pour que le PCA (Contrat de Partenariat et de Coopération)- une entente de grande ampleur qui prévoit quatre « espaces communs » entre l’UE et la Russie (Economie, sécurité intérieure, affaires étrangères, et droit de l’Homme)- soit adopté. La rencontre a alors été « reportée » et ce, visiblement, à cause de chamailleries à propos de la nouvelle Commission Barrosso. Quand les participants sont enfin parvenus à un accord, celui-ci ne concernait que les deux premiers « espaces ».

Les problèmes rencontrés lors de ce sommet ne sont que des symptômes de la détérioration des relations russo-européennes qui ont connu de nouvelles tensions lors de la crise électorale en Ukraine, leur voisin commun. Alors que Poutine s’empressait de féliciter Victor Ianoukovitch, le candidat favorable à Moscou, l’Union européenne s'affichait convaincue que les résultats des élections était truqués par les autorités ukrainiennes pour empêcher la victoire de Victor Iouchtchenco, le candidat pro-européen. Comme le montrent les débats relatifs à l’Ukraine, les droits de l’Homme et les affaires étrangères en sont au point mort, alors que la peur russe de perdre son influence sur son fief a troublé les visées principales de ce sommet : resserrer les relations entre la Russie et l’Union Européenne.

« Russophobie » ou critique constructive ?

En fait, les liens économiques sont forts : l’Europe reçoit plus de 50% des exportations russes et dépend fortement du pétrole et du gaz naturels russes. Mais à un niveau politique, les deux ensembles ont moins de sentiments. L’Europe a peur que certaines pratiques russes, comme les réformes politiques anti-démocratiques que Poutine a annoncées lors de la prise d'otages de Beslan « aillent contre les valeurs européennes et universelles », comme le disait un communiqué de la Commission publié plus tôt cette année. Avec l’élargissement de l’Europe, le camp des critiques de Moscou à l’intérieur de l’Union a grandi avec, notamment, la Pologne et les Etats Baltes, particulièrement rétifs à l'égard de leur voisin russe. En réponse, la Russie est mécontente de la présence de minorités russes dans ces états et a crié à la « Russophobie » à Bruxelles. Poutine est aussi mécontent de remarques émanant des leaders européens quant aux affaires internes de la Russie, ce que l’on a récemment remarqué quand Ben Bot, le ministre hollandais des affaires étrangères, a accusé les autorités de jeter le trouble à Beslan.

L’Ukraine divise l’Europe

Les réactions quant à la situation ukrainienne reflètent une division interne de l’Union, ce qui est devenu plus patent avec son élargissement. Les Polonais, par exemple, ont exercé de lourdes pression pour créer une relation spéciale avec l’Ukraine (et plus tard la Biélorussie) qui pourraient finalement mener à faire entrer ce pays dans l’Union. Ils se défendent en disant que plus ces pays seront exclus, plus il est probable qu'ils seront phagocytés par la Russie. Cependant, les pays de l'Union les plus éloignés géographiquement de l’Ukraine semblent être plus concernés par leurs rapports bilatéraux avec la Russie. De plus, ils considèrent qu’un autre pays pauvre ne peut rejoindre l’Union Européenne. Ainsi, en dépit des efforts polonais, il n’y a pas de consensus pour donner une date précise à l’Ukraine pour commencer les négociations liées à l’entrée dans l’Union. Cette division au sein même de l’Union, accentuée par un malaise économique et une politique des affaires étrangères en piteux état, renforce la crédibilité diplomatique de Poutine.

En conséquence, les leaders russes sont en position confortable pour mener d’âpres négociations. Ils veulent être pris au sérieux, et le commerce ainsi qu’un crédit diplomatique leur importent plus qu’une entente avec l’ouest. La ratification du protocole de Kyoto relatif aux changements climatiques par la Russie n'est donc intervenue qu'après que l'Europe ait soutenue l'entrée de la Russie à l’Organisation Mondiale du Commerce et que des avantages économiques furent sécurisés. Le même entêtement dans l’affaire des « espaces communs » a entravé le sommet de début décembre. Sommet qui n'a pas trouvé de conclusion satisfaisante. Si une mainmise croissante de l’Ouest sur l’Ukraine a blessé l’amour-propre de la Russie, cela protègera probablement encore davantage sa sphère d’influence dans l’avenir.