Europe Ecologie ouvre le bal

Article publié le 22 janvier 2009
Article publié le 22 janvier 2009
Strasbourg, le 14 janvier 2009, par Vincent Lebrou et Lena Morel 14 janvier 2009 : La campagne pour les élections européennes (7 juin 2009) démarrait dans la région Grand Est avec l’entrée sur la scène politique de Sandrine Bélier pour le rassemblement Europe Écologie.

Connue dans le paysage associatif – elle a présidé pendant 10 ans l’association Alsace Nature et a participé au Grenelle de l’environnement – cette soirée « tour de chauffe » marquait pour elle l’entrée en lice dans cet exercice de « haute voltige » que constitue une campagne politique. C’est aussi pour elle la première rencontre de ce type avec le public alsacien dont elle devra se faire connaître et qu’elle devra apprendre à séduire.

Mais retenons surtout que la réunion d’Europe Écologie a initié les premiers pas de la campagne pour les élections européennes.

Vous avez dit Europe Ecologie ?

Difficile au premier abord de comprendre ce qui se cache derrière le nom Europe Écologie. On comprend bien sûr qu’il s’agit d’Europe et d’Ecologie. C’est d’ailleurs avec la volonté d’inscrire l’écologie au cœur des débats, que le rassemblement a été lancé à Paris le 20 octobre dernier à grand renfort de personnalités politiques et de la société civile. Mais la genèse ainsi que les initiateurs et acteurs de ce rassemblement ne sont pas réellement identifiables : seul le soucis de l’enjeu écologique est mis en scène pour répondre à une inquiétude planétaire dans un contexte de crise.

Plus qu’une liste politique, Europe Écologie est un regroupement entre sphère politique, militante et associative, au sein duquel se sont rassemblés entre autre Greenpeace et Les Verts. Se définissant comme un réseau social, Europe Écologie se destine à « permettre aux gens de s’approprier la thématique de l’Europe et de l’écologie » (Jacques Fernique, Conseiller régional Alsace, Verts). On retrouve d’ailleurs une volonté de modernisation de campagne électorale sur le modèle de réseau social adopté par quelque grand parti politique américain lors des dernières élections présidentielles : Europe Écologie s’appuie sur un profil et sur un groupe Facebook ainsi que sur un site qui mise sur l’interactivité.

Si les NTIC apportent une touche numérique rafraichissante, le rassemblement souhaite avant tout se baser sur la multiplication des initiatives locales avec notamment deux types de groupes locaux : des groupements régionaux (ville, département…) ou thématiques. Plus d’une centaine de groupes dont plus d’une quinzaine à vocation thématique ont été lancés partout en France.

Europe Écologie, c’est « l’occasion de dépasser nos routines, nos limites militantes » ; « il faut miser sur des écologistes capables de s’émanciper de leur cadre étriqué », rassemblés pour que la liste menée par Sandrine Bélier « puisse changer la donne politique » et donner du « coffre au projet européen » de ce rassemblement.

Mais l’originalité de ce rassemblement réside avant tout dans le possible dépassement d’une logique partitive qui s’inscrirait dans un débat national pour donner sa pleine signification à une réflexion européenne. Au delà de la reproduction du paysage politique national, Europe Ecologie tente de fédérer autour d’une série de problématiques environnementales et écologiques qui sont susceptibles de dépasser des clivages gauche-droite. L’Union européenne est présentée comme le seul lieu de discussion et d’action possible pour un enjeu transnational. Pourtant, ce qui pourrait faire la force de ce regroupement pourrait aussi être son talon d’achille si on se souvient des déboires connus par les écologistes à la veille de la présidentielle française de 2007. La réunion du 14 janvier dernier a trahi les difficultés que pourrait rencontrer Europe Ecologie en qualité de structure fédératrice : parmi ces dissensions, les uns clament que l’écologie ne peut être que de gauche, tandis que les autres préfèrent se situer au-delà d’un schéma politique national traditionnel. Des désaccords de taille qui pourraient bien affaiblir la voix du rassemblement auprès du grand public.

Sandrine Bélier: « le soleil se lève à l’est »

sandrine belier Émue par ce grand saut dans le bain politique, Sandrine Bélier se veut porteuse d’un message rassembleur dans une région où la population est plus qu’ailleurs sensibilisée aux questions écologiques et européennes ».

Pourquoi rejoindre ce rassemblement ? Pourquoi passer du champ associatif au champ politiques ? Autant de questions auxquelles doit répondre Sandrine Bélier à l’aube de son entrée sur la scène politique publique. La motivation profonde de la candidate prend ses racines dans le contexte et les difficultés actuelles et ce « refus du fatalisme » qui motive un rassemblement d’acteurs divers. Dans cette optique, l’échelle européenne est la « plus pertinente pour agir » et remplir les objectifs du rassemblement de proposer un avenir viable, durable, solidaire et ouvert sur le monde ».

(Retrouvez très prochainement sur Café Babel Strasbourg un entretien avec Sandrine Bélier )

Daniel Cohn Bendit : « Nous regardons la crise avec nos grands yeux. Mais avons-nous la réponse ? »

cohn_bendit Clou de la soirée, l’intervention de l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, président du groupe des Verts au Parlement européen et future tête de liste d’Europe Ecologie en Ile de France. L’eurodéputé, avec sa verve habituelle, a fait remonter les racines de ce rassemblement à la période précédant l'élection présidentielle de 2007.

Pour le député, la campagne se déroulera « dans un contexte de crise » justifiant la création d’un rassemblement porteur d’une réponse écologique. Daniel Cohn-Bendit avait notamment déclaré à Paris le 8 décembre dernier : nous devons démontrer que la réponse à la crise économique ne peut être qu’une réponse incluant une relance écologique et non pas simplement une relance traditionnelle où il s’agirait en priorité de régler le contexte économique et l’accroissement du chômage en abordant qu’en dernier lieu la question des dégradations écologiques ». La proposition de Cohn-Bendit se définit en substance par le souhait « que ce rassemblement ait la volonté d’être à l’avant garde de ces propositions au carrefour des crises ».

Et puisque justement toutes les organisations fédérées s’accordent sur « ce constat », Europe Écologie doit constituer la preuve qu’à l’inverse de 2007, les écologistes peuvent avancer ensemble.

Mais qu’en est-il de la dimension européenne ?

L’objectif du rassemblement annoncé souligne « la nécessité de renforcer la réflexion écologique dans la société française ». Une logique dont la tournure pourrait décevoir de par une ambition trop faiblement européenne pour un mouvement pourtant prometteur par son ambition. Si le rassemblement sera présent au Congrès des Verts européens au mois de mars prochain et que ses futurs élus siégeront au sein de ce même groupe au Parlement européen, on pourrait regretter un discours qui sous couvert d’Europe se rapproche parfois trop d’un discours franco-français. Malgré la présence de la député européenne italienne Monica Frassoni, elle-même adhérente du rassemblement, on se demande dans quelle mesure cette initiative n’aurait eu plus de sens et d’envergure si elle avait dépassé les frontières aussi bien politiques que nationales.

Prolongement de l’élection présidentielle de 2007 ? Prétexte européen pour une stratégie nationale ? Ou bien réel lancement de la campagne européenne de 2009 ?

La campagne d’Europe Écologie et l’avenir du rassemblement nous éclaireront sur la force et la capacité de porter un enjeu transnational sur l’échelle européenne et sa capacité fédératrice. Il semblerait bien au premier abord que malgré les doutes soulevés, Europe Ecologie soit une tentative de métamorphose du paysage politique européen par la création d’un groupement par et pour l’Union européenne et l’élection de ses représentants.

On retiendra de cette soirée : sur une toile de fond de crise, Cohn-Bendit a fait du Cohn Bendit et Sandrine Bélier a fait le grand saut. Après Nantes et Toulouse, cette réunion devait faire office de « tour de chauffe » pour ce rassemblement hétéroclite dont Sandrine Bélier prendra la tête dans le Grand Est.

Commencée relativement tôt, la campagne d’Europe Écologie n’aura qu’une faible marge d’erreur et ne pourra se permettre de tomber dans le piège de l’essoufflement. Elle portera le projet de la volonté d’un nouveau type d’élection qui se démarque de la logique nationale : des élections européennes avec leur propre message et leur propre enjeu.