Eurobaromètre, 35 ans d’analyse de l'opinion européenne : de l’utopie idéaliste aux soucis quotidiens

Article publié le 22 décembre 2008
Article publié le 22 décembre 2008
Propos recueillis par Véronique Le Guen A l’occasion des 35 ans de l’Eurobaromètre, Antonis Papacostas, Chef d'Unité à la DG Communication, Analyse de l'opinion publique et des médias pour l’Eurobaromètre, fait le point sur les évolutions de l’opinion publique en Europe et nous expose comment l’institut de sondage s’est adapté à ces changements. Café Babel : 35 ans que l’Eurobaromètre existe.
Quels sont les principaux changements dans les mentalités européennes que vous avez pu observer ?

Antonis Papacostas : Quand nous avons commencé, nous sondions seulement 9 pays. Depuis, nous avons non seulement pratiquement triplé le nombre d’Etats membres mais aussi traversé des changements politiques majeurs. Par exemple, la force motrice avant la chute du mur de Berlin c’était la paix, la prospérité et la démocratie compte tenu de l’existence de l’Union soviétique aux frontières qui poussait les Européens à se tenir ensemble. Maintenant, nous sommes dans une autre phase. Cette menace extérieure n’existe plus, donc nous avons d’autres soucis. C’est aujourd’hui la libre circulation, l’euro. De quelquechose de très idéaliste, nous sommes passés à quelquechose de beaucoup plus terre-à-terre, plus quotidien.

C. B. : Aujourd’hui quels sont les sujets qui préoccupent le plus les Européens ?

A. P. : Dans un sondage récent, il apparaît que les Européens ont comme principales préoccupations l’inflation et la situation économique. L’emploi qui était jusqu’à maintenant la préoccupation principale est passé au second plan derrière ces inquiétudes.

C.B. : Et les jeunes ?

A.P. : Les jeunes suivent plus ou moins ces tendances. Ils restent cela dit plus soucieux de l’emploi car c’est beaucoup plus difficile de trouver un emploi que de garder l’emploi occupé.

C.B. : En Irlande et aux Pays-Bas, les populations expriment un avis favorable sur l’Europe. Pourtant, ça ne se traduit pas par un engagement positif en faveur de l’UE. Comment l’expliquez-vous ?

A.P. : Ce n’est pas seulement l’Irlande et les Pays-Bas, en France aussi, il y a eu un rejet du référendum sur la réforme du processus décisionnel européen. Alors on peut faire des analyses mais il faut prendre en compte des éléments factuels que nous avons en main.

Le rejet du Traité constitutionnel a été fait en raison d’éléments tout à fait différents d’un pays à l’autre. C’est donc qu’il n’y avait pas un rejet unanime, dans le sens qu’il n’y avait pas un facteur dominateur de rejet de ce traité. Chaque pays s’est exprimé sur des préoccupations singulières à travers le scrutin.

D’un autre côté, les leader politiques qui ont soutenu la Constitution n’ont pas pu convaincre. Il existe une autre lecture de cette situation, c’est-à-dire qu’il peut y avoir un rejet du leadership politique dans ces pays là. En Espagne, où nous avons eu un référendum positif, on a constaté également une adhérence très forte au gouvernement en place. On a peut-être répondu à toutes les questions finalement, sauf à la question posée par le référendum.

C.B. : En 35 ans, vous venez de le remarquer, votre terrain d’enquête a totalement été bouleversé. Quelles sont les adaptations qu’a connues l’Eurobaromètre pour suivre ces évolutions ?

eurobarometre logoA.P. : On a adapté l’Eurobaromètre standard qui fait des enquêtes personnalisées pour couvrir tous les pays de l’Union Européenne, y compris les pays candidats. Nous avons aussi introduit les enquêtes par téléphone, approche que nous allons devoir encore remettre en question, étant donné que les téléphones fixes sont en diminution au profit des téléphones mobiles. Des études qualitatives ont été mises en place enfin.

Pour le futur, nous sommes très attentifs à l’utilisation d’Internet. Nous pourrions imaginer des enquêtes par Internet mais pour le moment je pense que c’est un peu prématuré. La pénétration n’est en effet pas homogène dans tous les pays de l’U.E.. On risquerait donc de ne pas avoir un panel représentatif. D’ici 5 ou 6 ans seulement, nous serons en mesure de lancer de tels sondages.

C.B. : Vous travaillez directement avec les Directions Générales de la Commission, quelle est votre marge d’initiative dans ce cadre ?

A.P. : Nous avons une grande marge d’initiative. Nous sommes attentifs à la situation politique et nous pouvons proposer des enquêtes, proposer aussi des questions quand il y a un sondage commandé par une direction générale. Mais bien sûr, chaque DG est d’abord responsable de ses enquêtes et doit remplir ses propres objectifs concrets, c’est-à-dire soit une évaluation du politique, soit une meilleure communication avec les citoyens. Il y a aussi des contraintes budgétaires qu’il faut prendre en considération.

Grosso modo, nous pouvons dire que nous avons un budget annuel, qui ne vient pas seulement de la DG Comm’ mais de toutes les DG et aussi du Parlement, autour de 15 millions. Nous ne pouvons pas mener toutes les enquêtes que nous souhaitons faire dans ce cadre.