Euro-scope 2057

Article publié le 22 mars 2007
Publié par la communauté
Article publié le 22 mars 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En 1957, l’idée d’une Europe unie était une utopie. En 2007, c’est une quasi-réalité. Mais qu’est ce qui attend les Européens à l’horizon 2057 ?

Si un soldat allemand de l’ex-RDA (République Démocratique d’Allemagne) pouvait traverser le temps et voir ses petits-enfants discuter avec des amis siciliens à travers un chat messenger, réaliser que l’Allemagne est réunifiée, qu’une femme qui est à la Chancellerie –et qu’elle est physicienne-, il est probable que son intellect serait pour le moins perturbés.

Et nous, qu’est-ce qui changerait dans nos têtes si nous connaissions l’Europe de 2057 ? Trois experts se sont amusés à dessiner l’image de ce futur : Claude Fischer, secrétaire général de l’association française ’Confrontation Europe’, Jaroslaw Pietras, professeur à l’Université de Varsovie et José Maria Gil Robles, ancien président du Parlement Européen.

L’union fera la force

’Unité et partage’ : voici un thème qui est d’actualité en Europe. Nous avons déjà la PAC (Politique Agricole Commune), une politique commerciale et économique... Mais quel est l’enjeu majeur pour l’Union européenne ?

Pour l’Espagnol José Maria Gil Robles, la réponse est claire : « l’Europe doit renforcer son indépendance. Et cette indépendance devra se concrétiser par une diplomatie commune, une politique de défense commune et une stratégie énergétique commune ».

Jaroslaw Pietras nourrit aussi quelques espoirs quant à la naissance d’une véritable politique étrangère de l’Union européenne, plus solide et plus concrète qu’aujourd’hui. Et à l’intérieur de nos frontières, il estime que « nous devrons nous pencher sur des sujets comme les droits individuels et les libertés, et il nous faudra nous impliquer beaucoup plus pour garantir la sécurité ».

Le prix de l’éthique

Nous défendons les droits de l’homme, nous avons une tradition bien ancrée d’un syndicalisme fort, nous respectons le protocole de Kyoto... Autrement dit, nous avons la volonté de nous plier aux règles de l’éthique moderne. Mais, quel en est le prix pour notre compétitivité économique sur le marché international?

Pietras considère que pour avoir du succès, l’UE devra transformer ses supposées faiblesses en produits phares. « Nous devrions essayer d’éviter la concurrence directe sur les produits ‘low cost’ comme ceux auxquels nous faisons face sur les marchés asiatiques. Il nous faudra nous concentrer sur l’éducation de nos concitoyens, car la connaissance et les produits basés sur celle-ci seront ceux qui nous rendrons plus compétitifs ».

Selon lui, l’Europe produira de plus en plus de ‘produits sophistiqués’ qui, pour être développés et construits, nécessiteront une « étroite coopération inter-industries, et non une spécialisation nationale par secteur d’activité. »

Mais tout ce qui peut se vendre selon l’éthique n’est pas forcément en adéquation avec la réalité. Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne sont parmi les cinq premiers exportateurs d’armes au monde. N’est-ce pas contradictoire ? « Le monde est contradictoire. L’Europe joue les intermédiaires pour promouvoir la paix dans les conflits, mais tout en vendant de l’armement aux deux partis de ces mêmes conflits », ironise Gil Robles.

Les limites de l’Europe

Et voici la question à un million : jusqu’où iront les frontières de l’Europe? C’est un des aspects qui soulève le plus de controverse et d’intérêt parmi les habitants de l’Union, et nos experts reflètent également cette diversité.

L’Espagnol Gil Robles met en doute la capacité d’absorption de l’UE. « L’Europe est arrivée à ses limites, il est peu probable qu’elle connaisse de nouveaux élargissements de grande ampleur. Quant aux Balkans, ils finiront par rentrer dans l’Union en raison du protectorat de l’Europe sur cette région. Quant à la Turquie, tout dépendra de sa capacité à homogénéiser sa population et faire respecter les droits de l’homme. Tant que ces conditions ne seront pas remplies, il lui faudra attendre ».

Pietras, lui, se veut plus optimiste et convaincu que le manteau européen de 2057 couvrira l’Ukraine et la Biélorussie. «Et la Russie sera sur le point de décider si elle entre dans l’UE étant donné que sur son flanc Est, la Chine manifeste de plus en plus sa puissance », affirme-t-il. Fischer rappelle en outre, que d’ici là, il sera impossible de faire abstraction de nos liens avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée.

Avons-nous besoin d’une constitution ?

Depuis le ‘Non’ de la France et des Pays-Bas, le projet traité constitutionnel traverse une crise. Mais « que certains pays ne l’aient pas ratifié ne sera pas une question cruciale dans les cinquante prochaines années », assure Pietras qui, comme Fischer, estime que nous avons déjà réussi beaucoup de chose - « la paix, l’ouverture des frontières et un marché libre, une monnaie unique »- sans aucune Constitution.

Pour Gil Robles ce n’est pas si clair. « Cela n’a pas de sens de parler d’avenir pour l’Europe, sans parler de Constitution. Nous en aurons une, si ce n’est pas en 2009, d’ici 2014. Dix-huit pays ont dit ‘Oui’, et les neuf autres, dont la France, changeront d’opinion ».

Mais comment faire prendre conscience aux Européens de leur européité? Tout d’abord en évitant que les Etats eux-mêmes s’interposent entre l’UE et ses citoyens et les dissuadent de s’impliquer, fait remarquer Fischer. Et en éduquant les plus petits, comme le montre Gil Robles: « Les nations prises séparèment ont tendance à dire que si les choses vont mal, cela vient de l’extérieur. Aujourd’hui, on ne peut plus entendre ce discours là ».

Après le pétrole, comment fonctionnera l’Europe ?

L’ère où le pétrole monopolisait le marché énergétique laissera place à une époque d’énergies mixte. Nous dépendrons beaucoup plus de la fusion énergétique, de la géothermie et de l’éolien. « Nous pourrions aussi commencer à utiliser de l’énergie solaire recueillie directement dans l’espace », affirme Pietras. Gil Robles est convaincu que les ressources fossiles s’épuiseront, « mais pas d’ici 50 ans ». Et il se dit confiant en notre inventivité pour parvenir à passer de 6% d’énergies renouvelables à 15 ou 20%.

Fischer a aujourd’hui une opinion très tranchée : « L’énergie sans carbone. Et nous devons l’utiliser dès aujourd’hui si nous voulons éviter un réchauffement climatique ».

Des législations qui garantissent les droits de l’homme pour tous, une unité politique, l’exportation de nos connaissances, des voitures qui roulent avec la chaleur de la Terre… tout augure bien de l’Europe version 2057.