Euro-obligations : un concept pas si compliqué

Article publié le 16 décembre 2010
Article publié le 16 décembre 2010
De Bertrand Habay La zone euro pourrait un jour se doter d’euro-obligations. C’est ce qu’a affirmé la présidence de l’UE au début de ce conseil européen réuni à Bruxelles.
Alors que l’ordre du jour officiel est de lancer la révision du Traité de Lisbonne afin de rendre permanent un fonds de sauvetage européen -aujourd’hui temporaire, il est entendu que la question de ces euro-obligations sera discutée, au moins en coulisses. Mais de quoi s’agit-il en fait ?

Dans le langage financier, les obligations sont des titres de créance négociables, émises par les entreprises ou les Etats pour emprunter de l’argent directement sur les marchés financiers. L’acheteur d’une obligation reçoit un intérêt pour la rémunération de ce prêt (appelé coupon). Au terme prévu, l’émetteur rembourse le montant emprunté. Pendant leur durée de vie, les obligations font l’objet d’une cotation en bourse, ce qui permet à l’acheteur de revendre son obligation avant son échéance ou d’acheter d’autres obligations en cours de vie.

Lorsque la dette d’un Etat devient trop importante, les investisseurs craignent que l’Etat ne puisse plus rembourser ces créances et rechignent à acheter des obligations. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, la valeur des obligations déjà émises baisse. C’est à ce moment que les spéculateurs entrent en jeu pour parier sur la baisse. Leur technique consiste à vendre une obligation qu’ils n’ont pas : ils la vendent au prix du jour mais ils ne l’achètent qu’au moment de la livraison en espérant que sa valeur aura baissé entre temps, empochant ainsi la différence. Si le jeu parait simple aux premiers abords, au niveau international, il peut se révéler très dangereux.

Les euro-obligations seraient un moyen de mutualiser les risques. Cela consisterait pour plusieurs pays à lancer des emprunts obligataires en commun avec un taux d’intérêt moyen, afin de protéger les pays les plus fragiles des attaques spéculatives. Mais certains pays comme la France, l’Allemagne et la Tchéquie s’y opposent, estimant que cela déresponsabiliserait les Etats. Ces trois Etats avancent aussi le fait que les 16 pays de la zone euro se sont mis d'accord le 28 novembre sur la création en 2013 d'un mécanisme permanent de secours aux pays qui traversent des difficultés financières.