Euro : le scandale du Calcio va-t-il pourrir le jeu de l'Italie ?

Article publié le 11 juin 2012
Article publié le 11 juin 2012
Le foot italien est à nouveau agité par un scandale de paris truqués, qui a conduit de nouvelles personnes en garde à vue dont les plus connues sont désormais en Une des quotidiens nationaux. La participation de l’équipe nationale à l’Euro 2012 pourrait être fortement conditionnée par les derniers rebondissements judiciaires concernant la « double vie » des joueurs.

C’était en 1980, l’année du tout premier scandale de match truqués, qui a impliqué Paolo Rossi, devenu par la suite « le petit Paolo » après la victoire de l’Italie à la coupe du monde de 1982. Même histoire avec le scandale du Calciopoli (l’enquête qui a sanctionné en 2006, entre autres, la Juventus et ses dirigeants, avec deux championnats révoqués et une rétrogradation en série B) : l’Italie a remporté cette même année le Mondial en Allemagne. La Squadra Azzurra saura-t-elle durant cet Euro 2012rester unie face à l’adversité ?

Les joueurs et « les Tsiganes »

Pendant ce temps là, on s’amuse de ces nouveaux scandales. 19 arrestations ont été effectuées dans le cadre d’une enquête nommée « Last Bet » et menée par la magistrature de Crémone. Stefano Mauri, capitaine de la Lazio, et d’autres joueurs de ligues moins importantes ont été arrêtés. S’en est suivie une opération éclair directement au centre de préparation de l’équipe nationale à Coverciano. Un blitz qui a conduit à la perquisition de Domenico Criscitoexclu derechef de la liste des joueurs retenus pour l’Euro 2012 - et à l’inscription sur liste noire de Leonardo Bonucci et Antonio Conte, récemment sacrés champions d’Italie avec la Juventus. Les accusations sont lourdes : paris illicites, matchs truqués, association de malfaiteurs. En sus, deux autres tribunaux (Naples et Venise) enquêtent depuis un certain temps sur des accusations similaires qui impliquent joueurs, sociétés, procureurs et parieurs. Bref, ceux qui, selon les écoutes téléphoniques, sont appelés les « Tsiganes ».

« Il n’est pas toujours facile de défendre quarante malchanceux », minimise le sélectionneur de l’équipe nationale, Cesare Prandelli... D’autant plus que la situation évolue tellement rapidement qu’il est difficile de tirer des conclusions sur la supposée culpabilité de ces infortunés. Dans un élan d'innocence, Gianluigi Buffon, le capitaine de l’équipe nationale – déjà peu ou prou mouillé dans le Calciopoli - a déclaré après le premier « blitz » : « la fuite d’informations est honteuse, c’est ça le pire aspect de cette histoire. » Seulement, une des transactions de l’ordre d’1,5 millions d’euros a été enregistrée en direction de Parme. Une transaction qui émane bel et bien du trafic de paris sportifs illégaux et à laquelle le nom du portier italien serait également mêlé. 

Même Mario Monti, habituellement sobre dans ses déclarations, surprend. Le 29 mai dernier, le président du Conseil Italien propose carrément de suspendre « pour deux ou trois ans » le championnat italien. Qu’on veuille bien le croire ou pas, il s’agit là d’une question de crédibilité par rapport au reste du monde. Effectivement, tous ces scandales rendent le pays peu attractif pour les investisseurs étrangers. Le problème c’est que cette prise de position pourrait être perçue d’une part comme « une mauvaise blague » digne du plus aigu populiste, et d’autre part elle sanctionne l’incapacité effective de réformer le Calcio.

Parler de réforme du football, c’est brasser du vent. Le Calciopoli a puni ce milieu mafieux qui engrange les plus gros profits mais aussi ceux qui conditionnent directement les matchs, à savoir les arbitres. Paradoxalement, intervenir était alors perçu comme la solution la plus simple, en raison du nombre restreint de personnes impliquées : dirigeants radiés, sociétés punies à grands coups de rétrocessions ou de points retirés, arbitres mis sur la touche (ils n’ont d’ailleurs jamais été jugés mais ont seulement fait l’objet d’enquêtes). Ensuite, le scandale s’est infiltré dans une organisation jusque là blanche de toute exaction : la fédération. Albertini comme dirigeant, Donadoni comme directeur technique et Ferrara comme entraîneur de l’Équipe d’Italie Espoirs sont tombés les uns après les autres. Mais aujourd’hui, les choses ont pris une autre tournure. En 2012, ce sont les joueurs qui se retrouvent au cœur de ces malversations. Soit l’âme même de ce sport.

Pris ensemble, ces éléments laissent la sensation que ce système de paris, de matchs truqués et de relations avec la pègre est surtout fragmenté. Tout se passe comme si il existait de nombreux sous-systèmes parallèles et complètement autonomes. Les enquêtes suivies par plusieurs tribunaux le démontrent. Il apparaît qu’en ce qui concerne les divisions inférieures du Calcio la motivation économique soit la raison pour laquelle les joueurs passent à l’acte. Mais pour les autres, les fameux « quarante malchanceux » qui gagnent déjà plus de 5 millions par an, quelles seraient leurs motivations ?

Il est évidemment important de s’interroger sur les raisons qui poussent un joueur à parier, vendre les matchs, bref à conditionner le championnat pour quelques milliers d’euros. Mais quid de l’éthique dans le foot ? Réformer le Calcio en partant de la base c’est à dire des valeurs qui fondent un sport d’équipe, semblent être la meilleure solution car elle permettrait de comprendre les limites entre profit et conduite professionnelle. Néanmoins, en Italie, un anglicisme fait désormais partie intégrante du lexique économique : « buisness as usual ». Et l’industrie du foot ne se soustraira pas à la réforme tant que ce sport restera l’une des sources de revenus les plus importantes du pays.

Photos : Une (cc) dr. motte/flickr; Texte : (cc) neogabox/flickr. Vidéo: sportlifehd/YouTube et telenova/YouTube