«EUGOSLAVIJA» : entre adhésion des Balkans et Union Yougopéenne

Article publié le 26 avril 2012
Article publié le 26 avril 2012
Par Aris Kokkinos Photo : Davide Martinotti Ce 24 avril Cafebabel organisait un débat sur les élargissements de l’Union européenne aux pays issus de la Yougoslavie. Avec un tabou soulevé par son ironique intitulé : assiste-t-on à une européanisation des Balkans ou à une balkanisation de l’Europe ? Cette question a été battue en brèche par tous les orateurs, même si les clichés ont la vie dure.
Mené par Mana Livardjani, le débat aura eu le mérite de rappeler que les Balkans ne se résument pas à un folklore kitsch ni à une histoire meurtrie.

Ksenija Milenković, chef de mission adjointe de la République de Serbie auprès de l'Union européenne, a souligné les changements intervenus dans son pays. Ils ont permis l’émergence d’un état de droit, d’une société civile organisée, d’une scène politique active, bref d’une démocratie. Avancée récente, avec ses à-coups, ses différences et ses divergences, c’est une réelle conquête. Le dialogue entre Belgrade et Pristina est représentatif de ce changement.

Ines Sabalic, journaliste croate correspondante à Bruxelles pour Globus Zagreb, Vijesti et l'agence SRNA, est revenue sur le référendum croate du 22 janvier dernier sur l’adhésion à l’UE. Avec 66% de «oui», les Croates avaient marqué leur adhésion, mais organisé en pleine montée du populisme en Europe, beaucoup ont adhéré aux discours eurosceptiques, Marine Le Pen appelant à l’occasion le peuple croate à s’opposer à «l’hydre bruxelloise».

Ne lui en déplaise, la Croatie sera bel et bien le vingt-huitième État membre en 2013. Bernard Snoy et d’Oppuers, professeur à l'Institut d’Études Européennes (UCL), ancien directeur de la table de travail II du Pacte de Stabilité pour l'Europe du Sud-Est, s’est ensuite félicité des immenses progrès accomplis dans la région depuis la fin de la guerre d’ex-Yougoslavie. Rappelant que l’unité qui relie les Balkans au reste de l’Europe n’est pas seulement géographique mais aussi historique et culturelle, il a insisté sur l’importance de suivre la feuille de route que les parties se sont fixées.

Jonas Jonsson, chef de l’unité Balkans occidentaux au Service Européen pour l'Action Extérieure, estime quant à lui que la région évolue positivement. Avec des ambiguïtés selon les cas, l’Union européenne y est perçue dans son ensemble comme une force de stabilité et d’intégration, ce qui renforce l’espoir en l’avenir.

005_EUGOSLAVIA_MARTINOTTI.jpg La séance de questions-réponses a cependant nuancé le tableau. Le public, parmi lequel de nombreux expats de l’est de l’Europe, a montré son intérêt pour la région, souvent avec optimisme, parfois avec amertume. Certains craignent en effet de voir les Balkans passer d’un état supranational à un autre, aboutissant à une «Eugoslavija» bruxelloise. A la différence près que la République fédérative de Yougoslavie était imposée à ses peuples, là où l’Union européenne est adoptée par ses États membres.