EUCO : Poutine, Brexit, CETA et réfugiés 

Article publié le 21 octobre 2016
Article publié le 21 octobre 2016

Les chefs de gouvernement des 28 États membres se réunissent les 20 et 21 octobre à Bruxelles. Mais que s'est-il passé et dit lors de la première journée marathon ? Florilège entre le mal russe, le Brexit et un certain Paul Magnette.

Ce Conseil européen est un peu spécial. C’est la première fois que Theresa May, première ministre du Royaume -Uni depuis le 16 juillet, participe aux réunions. Pourtant, le Brexit n’occupe qu’une partie minuscule de l’agenda. Au menu principal, trois questions qui font la une dans toute l’Europe et qui interpellent  politiciens comme citoyens : migration, accords commerciaux, et relations entre l’Union et la Russie. Les dirigeants évoqueront aussi d’autres sujets comme la situation aux Pays-Bas en ce qui concerne l’accord avec l’Ukraine.

Russie : la menace fantôme

Même si dans le brouillon des conclusions du Conseil on ne consacrait qu'une phrase de douze mots à la situation UE-Russie, le sujet s'est imposé dans les premières déclarations des dirigeants européens. Côté presse, on savait déjà que le leader russe allait susciter les commentaires.

« Nous avons fait pression sur Vladimir Poutine pour qu'il fasse son devoir, c'est à dire, cesser les bombardements plutôt que de continuer à agir en soutien du régime syrien » , a déclaré François Hollande à l'entrée du bâtiment du Conseil. 

De son côte, Theresa May a elle aussi fortement critiqué les attaques menées par les forces armées russes : « Il est d'une importance vitale que l'on continue à travailler ensemble pour convaincre la Russie de cesser immédiatement ces atrocités épouvantables et écœurantes en Syrie »

On pourrait donc penser que l'Union européenne envisage effectivement des sanctions supplémentaires contre la Russie. Comme le président français avait affirmé à son arrivée à Bruxelles, « toutes les options sont ouvertes dès lors qu'il y aurait cette volonté d'écraser Alep » . Pourtant, Martin Schulz - président du Parlement européen - en a dit un peu plus lors de sa conference de presse : « Je crains qu'il n'y aura pas de nouvelles sanctions contre la Russie, comme il n'y aura aucune chance de lever les sanctions actuelles ». Tout le monde critique la cruauté des Russes, mais l'UE ne la sanctionne pas. Étrange réalité. Et pourtant, la vérité politique, c'est que l'UE ne peut rien faire si elle ne peut pas compter sur l'unanimité de ses États membres. Or, la plupart des chefs d'État rechignent à prendre des sanctions comme celles qui ont été adoptées en 2014, lors de la crise en Crimée.

Le joli « moi » de May

En juin, David Cameron faisait ses adieux suite au résultat de « son » référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Hier, il s'agissait d'accueillir sa successeur. Et Donald Tusk était prêt à acueillir Theresa May comme il se doit. Le président du Conseil européen a voulu rassurer la dirigeante britannique face aux médias. « Certains médias décrivent son premier sommet comme une arrivée dans la fosse aux lions, mais ce n'est pas vrai, c'est plutôt un nid de colombes ». Magnifique, Monsieur Tusk. 

Mais la chef des Conservateurs  ne semblait pas avoir besoin d'aide. À  son arrivée au Conseil, elle semblait bien connaître les raisons qui l'amenaient à Bruxelles. D'abord, livrer un message très clair : « Le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, mais nous serons un partenaire fort et fiable. C'est dans l'intêret aussi bien du Royaume-Uni que de l'UE de continuer à travailler ensemble  »

May, qui n'a pas eu beaucoup de temps pour discuter du Brexit, ne souhaite donc pas un divorce, mais une séparation. En contrepartie, le premier ministre luxemburgeois, Xavier Bettel, a déclaré (moins poète que Tusk) : « Soit on est soit mariés, soit pas mariés ».

Hollande, pour sa part, prévient que les négotiations ne seront pas molles du tout et s'adresse directement à la première ministre britanique : « Moi je le dis très fermement : Madame Theresa May veut un Brexit dur, la négociation sera dure ». Sur ce même sujet, Martin Schulz a déclaré à la fin de la première journée qu'il « refuse d'imaginer une Europe où les camions peuvent traverser librement les frontières, mais pas les citoyens ».

CETA : Paul Magnette, superstar ?

Dans l'après-midi, Tusk a montré son inquiétude concernant la crédibilité de l'Union. Il écrit ainsi sur Twitter : « Très préoccupé par la situation difficile concernant le CETA. J'attends toujours une réponse. La crédibilité de l'Europe est en jeu ». Et, en effet, la situation est loin d'être facile, car le Gouvernement wallon a annoncé une nouvelle fois son « non » au CETA. Hier soir, vers 21 heures, toute l'attention s'est tournée vers la capitale wallonne, où Paul Magnette (ministre-président de la Wallonie, ndlr) avait convoqué une réunion extraordinaire. Celui-ci considère que le Canada est plus ouvert que l'UE et veut donc négocier directement avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau. Quant à l'ultimatum du vendredi, Magnette a été très clair : « Ceux qui veulent utiliser la pression du temps avec nous, ça ne marchera pas ».

On aurait aimé écouter ce que le premier ministre belge avait à dire à ce propos, mais il a annulé son briefing à la dernière minute. La lumière au bout du tunnel que souhaitait Charles Michel se fait donc attendre. 

Migrants, migraine

Finalement, l'un des sujets principaux de ce Conseil européen sont les migrations. Les conclusions sont arrivées à 22 heures 30. Les États membres vont continuer leurs efforts pour faire face à la crise migratoire. Selon Schulz, « le problème est que seulement quelques pays assument leurs responsabilités pour agir et aider les migrants ». Tusk, lui a également affirmé qu'il n'y aura « pas de solidarité à la carte, car ils vont se concentrer plutôt sur une solidarité effective ».

Quoi qu'il en soit, le Conseil européen n'est pas fini, il reste encore une journée. Et, comme Renzi a dit, juste avant de partir se coucher : « Il nous faut des actes, pas seulement des mots » .