Être jeune, Européen, et vivre après la guerre

Article publié le 29 octobre 2016
Article publié le 29 octobre 2016

Vivre après la guerre ? En Europe ? A quelques jours du départ, retour sur la genèse du projet Tales of the afterwar.

Il était une fois deux communautés établies sur un même territoire, vivant dans la méfiance depuis plusieurs générations. Un jour, une crise sans précédent ébranla le pays. Les méfiances se muèrent en tensions, puis les tensions en haine. Un conflit éclata et ravagea la région durant plusieurs années, jusqu’à ce qu’un accord de paix mette fin aux affrontements.

Ce récit demeure vague si je ne le situe pas dans une époque, la nôtre, et dans un espace, le continent européen. Il n’en reste pas moins incomplet, car il ne mentionne ni le difficile retour à la cohabitation de ces communautés, ni le travail à accomplir pour reconstruire la paix.

Une brèche dans l’Europe

Il y a six mois, l’envie de consacrer du temps à la question du vivre-ensemble en Europe me taraudait. L’Europe, car je m’y suis toujours sentie chez moi, et que ce continent jadis symbole de progrès social et de démocratie semblait s’être vidé en quelques années de ses rêves et de sa foi en l’avenir. Que s’était-il passé ? Et surtout, comment inverser cette tendance à la montée des extrêmes, à la peur de l’Autre et au repli identitaire ?

C'était un très vaste sujet, pour lequel il fallait avant tout déterminer un angle. Un photographe slovène rencontré lors d'une conférence finit par me projeter sur la bonne voie. En évoquant la crise actuelle en Europe et ses possibles conséquences, mon interlocuteur me rappela qu’il était généralement extrêmement difficile de prédire jusqu’où pouvaient mener de telles situations. Dans les années 90, personne n’avait vu venir la guerre des Balkans ! Comme tous les habitants de Slovénie, le conflit l’avait pris de cours quand l’impensable s’était produit, et les journalistes envoyés à Sarajevo au début des affrontements eurent eux-mêmes peine à croire en l’atrocité des premiers témoignages des réfugiés bosniens.  

Une évidence me frappa alors : à son stade le plus extrême, la crise du vivre-ensemble ne portait pas d’autre nom que celui de guerre civile. À trop considérer la paix comme un acquis, ne risquions-nous pas de la laisser filer ? La guerre a pourtant marqué plusieurs fois l’Europe au cours des vingt dernières années. À l’est, en Ukraine et en Géorgie, mais à l’ouest également : peu de personnes savent qu’un mur sépare aujourd’hui encore les communautés catholiques et protestantes d’Irlande du Nord, vestige d’un conflit de trente ans qui ne prit fin qu’en 1998.

Les contes de l’après-guerre

Une nouvelle question se dessina alors : une fois la guerre passée, qu’advenait-il des peuples qui s’étaient déchirés ? Comment les jeunes générations apprenaient-elles à vivre ensemble après un an, cinq ans, trente ans de conflits ? « L’après-guerre est un vaste champ d’étude négligé des historiens et des journalistes », me confiait récemment un expert de la Seconde Guerre Mondiale. J’avais pourtant l’intuition que notre Europe occidentale dormant en paix depuis trois génération et s’éveillant d’un sommeil lourd avait énormément à apprendre de ces régions où la mémoire de la guerre était encore si vive et les enjeux du vivre-ensemble, si fortement ancrés.

De recherche en recherche, j’ai fini par découvrir des initiatives locales menées par des civils pour reconstruire le dialogue entre les communautés jadis ennemies. Comme un fil que l’on tire, j’appris l’existence de projets portés par des chercheurs, des artistes, des agriculteurs, par d’anciens militaires ou par des travailleurs sociaux. La suite logique était d’aller à leur rencontre, d’écouter leur histoire avec mes deux oreilles, et de la retranscrire avec mes images et mes mots.

De là est née le projet Tales of the afterwar : raconter les histoires des civils qui œuvrent pour la tolérance dans les régions d’Europe ayant traversé un conflit. Des Balkans à l'Irlande du Nord, ce parcours à travers l’Europe relatera le quotidien, les difficultés et les espoirs de celles et ceux qui ont vécu la guerre, et souhaitent la dépasser.

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