« Etre bénévole, c’est s’engager pour la société et sortir de son trou »

Article publié le 2 décembre 2008
Article publié le 2 décembre 2008

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Français, Portugais ou Slovaques, les mains dans le ketchup, les pieds dans la gadoue ou les yeux face à la maladie, le travail des bénévoles est aussi varié que les associations qui les recrute. Témoignages.

Christiane et les oiseaux du bord de mer - 28 ans - Berlin

« Enfant de la ville, à 18 ans, j’étais obsédée par l’idée romantique de vivre un jour au bord de la mer et, accessoirement, de faire quelque chose pour l’environnement. Mais ce qui était censé être accessoire s’est tout naturellement transformé en activité principale, surtout quand on choisit de passer une année de « volontariat écologique » sur l’île de Föhr dans la Mer du Nord.

(C.L)J’ai partagé mon premier logement en colocation, avec vue sur la mer, avec une autre volontaire. Elle était la seule fille de mon âge à l’horizon. Le reste de mon entourage était masculin et faisait son service civil. A la  (« Bund für Umwelt und Naturschutz ») où j’ai travaillé, mes tâches étaient claires : promenades guidées pour enfants dans le parc naturel du Watt en été et plonge le week-end lors d’interventions mobiles (payées en supplément). Le dénommé « Spümo » était une remorque que mon chef emmenait au marché aux poissons ou aux fêtes de pompiers et sur laquelle je lavais la vaisselle sale. L’odeur de ketchup, de moutarde et de poissons me colla aux mains tout l’été, impossible de m’en débarrasser.

« À Föhr, l’engagement écologique équivaut à une déclaration politique »

L’hiver, on a réparé les clôtures, monté des projets et avec les jeunes qui faisaient leur service civil, on a aussi réalisé des cartes topographiques du Watt et des recensements d’oiseaux. Jusque-là, je n’avais jamais su différencier une oie d’un canard. Désormais, je reconnaissais les bernaches nonnettes et les mouettes rieuses à leurs cris particuliers. Au printemps, la saison a débuté par la construction d’un passage à crapauds le long de la voie rapide unique destiné à épargner aux crapauds migrateurs un accident mortel. À Föhr, l’engagement écologique équivaut à une déclaration politique. Certains riverains considèrent en effet que le travail des écologistes empiète sur les traditions.

Outre les différentes positions politiques, la flore et la faune de la mer des Wadden et ce que je peux faire en tant que simple individu pour endommager le moins possible mon environnement, ce volontariat m’a surtout appris… la vie ! Mais aussi à travailler en autonomie et communiquer avec les gens. C’est d’ailleurs ce que je fais aussi aujourd’hui en tant qu’assistante de projet dans le domaine culturel. »

(C.L)

Zeliha ou la solidarité internationale - 24 ans – Nancy

Le bénévolat n’est pas une vocation, mais un passage quasi obligé avant de pouvoir s’investir professionnellement dans la vie associative. Zeliha a conjugué plusieurs mois ses études de français langue étrangère (FLE) et son engagement dans une association. Pendant plus de deux ans, elle jongle courageusement entre les deux : « Je me suis d’abord investie dans un centre social en donnant des cours de couture pour des femmes analphabètes, c’était enrichissant, surtout professionnalisant, car cela m’a permis d’envisager mes études autrement et de comprendre qu’elles m’étaient tout aussi utiles localement. »

« Je ne connaissais pas le milieu associatif, c’est sur le terrain que j’ai appris le plus »

(DR)De fil en aiguille, de hasards en rencontres, Zeliha se tourne vers une petite association de quartier, l’ESAF « pour le partage et l’aide à la scolarisation », où elle intervient ponctuellement. Et au bout de six mois seulement, elle se lance dans l’organisation d’un chantier solidaire au Maroc. « Je ne connaissais pas le milieu associatif et ses rouages, c’est sur le terrain que j’ai appris le plus. »

Car si certains s’engagent spontanément dans des grands projets humanitaires sans avoir une expérience préalable, la désormais salariée de cette même association conseille de « s’investir dans un premier temps localement avant de se lancer dans la solidarité internationale ». Et pour cause, les ficelles à manier dans ce milieu sont multiples et il faut s’adapter aux différents interlocuteurs : les institutions, les professionnels du milieu social, les intervenants... Car la seule bonne volonté ne suffit pas et Zeliha l’a compris à ses dépends quand un de ses projets n’a pu voir le jour : « Nous n’étions pas prêts et pas assez encadrés. »

Zeliha est en contrat d’aide à l’embauche (CAE) payé le Smic, pour 24 heures par semaine (mais peut-on vraiment les compter ?) Et même si parfois les fins de mois sont coriaces, en faisant la part des choses, elle conclue : « Rien n’a été fait en vain durant ces années de bénévolat car sur le plan personnel, j’ai découvert beaucoup de choses et professionnellement j’en ai énormément appris. »

Cândida Salgado Silva contribuer au bien-être social - 28 ans - Portugal

« Je me suis engagé sur le plan collectif dans ma petite ville dès que je suis allée à l’école. D’abord, activement impliqué comme bénévole à l’université, dans le mouvement étudiant et au niveau politique pendant cinq ans, j’ai eu besoin d’un an de coupure, dans le domaine socioculturel à l’étranger. J’ai sauté sur le Service volontaire européen, financé par la Commission européenne. J’ai pu travailler dans une ville du nord-ouest de la Pologne, sur un projet visant à attirer les jeunes vers une multi-médiathèque municipale. Cette bibliothèque classique proposait aussi un espace multidisciplinaire où étaient montés des ateliers, des formations et des festivals. Avec un groupe de volontaires locaux, je devais créer et organiser des activités pour élargir les centres d’intérêts des jeunes : ouvrir leurs connaissances aux domaines culturels, politiques, sociaux et linguistiques.

« Être bénévole, cela implique une ouverture d’esprit et un sentiment de solidarité »

Être bénévole, cela veut dire s’engager pour la société et sortir de son trou. Cela veut dire faire partie d’une collectivité et contribuer au bien-être social. Cela implique une ouverture d’esprit et un sentiment de solidarité. Cela signifie aussi exercer un vrai rôle de citoyen et d’acteur dans le l’évolution de notre monde.

Le bénévolat est dans mon caractère : s’il n’a pas changé ma vie, cela compte tout de même. Sans aucun doute, ma personnalité en est sortie enrichie, tout comme mon CV, il m’a donné des opportunités professionnelles que je n’aurais pas eues autrement. Je travaille aujourd’hui au Centre européen du volontariat, un réseau européen de centres de bénévoles qui coopèrent pour promouvoir le volontariat. »

Milan Mirkuš et les malades du cancer - 68 ans - Slovaquie

(Lee Fenner/flickr) Arrivé à la retraite, Milan a consacré son temps libre à l’accompagnement des patients d’un hospice comme bénévole pendant près d’un an. « Je suis tombé sur un appel lancé par l’association de volontariat (Le Saule) en lisant un journal catholique. J’ai adhéré pour aider des malades du cancer, mais ma candidature n’a pas été prise car cet appel ne s’adressait qu’aux habitants de Bratislava. J’ai appris avec plaisir que l’hospice de ma ville cherchait des bénévoles et que je pouvais être utile ici.

« J’ai pu apprendre sur la vie humaine et la valeur qu’elle a »

Parce que j’ai une expérience professionnelle technique, je pensais pouvoir être utile comme concierge. Après avoir rencontré plusieurs fois l’infirmière coordinatrice des bénévoles, elle m’a suggéré d’accompagner des malades immobilisés. Elle m’a donné ce qu’il fallait lire et j’ai commencé à me documenter. Je n’étais pas sûr d’y arriver, mais il faut essayer pour savoir si on est capable de faire quelque chose ou pas. Avec d’autres bénévoles, j’ai suivi des courtes mais très utiles formations organisées par l’infirmière. Après une série de tests, nous avons pu voir notre profil psychologique et émotionnel et à partir de là développer notre personnalité.

On m’a confié un patient dans le coma. Pouvant accéder à des informations et de la documentation sur Internet, j’ai pu apprendre sur la vie humaine et la valeur qu’elle a. Sans le bénévolat et la possibilité d’aider les personnes totalement dépendantes, je n’aurais pas pu approcher ce savoir approfondi de la vie humaine. J’en suis particulièrement reconnaissant.

J’ai pris part à un programme d’échange de bénévoles âgés qui s’appelle « Pensons demain et bénévoles ensemble » en septembre 2008 en Slovénie. Cela m’a montré que le bénévolat englobe un large éventail d’actions. Ce sont surtout les activités de l’Association du troisième âge de la ville slovène de Škofja Loka et de la Croix-Rouge portant assistance aux SDF qui m’ont beaucoup intéressé. Je veux aider ceux qui sont dans une situation pire que la mienne. Le bénévolat, c’est aider ceux qui en ont vraiment besoin. Je ne peux pas dire que ma vie à totalement changé. Mais à force de passer du temps avec les personnes qui attendent la mort, je vois mieux chaque vie approcher de sa fin et j’accorde plus d’importance aux choses simples dans mon existence. »