Ethiopie et soudan, aux portes de la famine

Article publié le 11 mai 2017
Article publié le 11 mai 2017

La corne africaine connaît sa troisième année de sécheresse consécutive et devient une préoccupation de l’ensemble de la communauté internationale. En mars dernier, les Nations unies ont sonné l’alarme, estimant que « plus de 20 millions de gens souffraient de la faim et de la famine » au Soudan du Sud, au Nigeria, en Somalie et au Yémen.

 

Située dans cette région, l’Éthiopie est aussi touchée.

Dans ce pays, depuis le début de l’année, il n’est tombé que 15 % des pluies attendues, ce qui a plongé la région Borana (au sud) et la région Somali (au sud-est) dans une grave crise économique et alimentaire qui peut mener à la famine : les familles voient leurs économies disparaître et ne peuvent plus acheter les aliments de base.

Sans culture, sans verdure, le bétail meurt tous les jours dans tous les villages du Borana, rapporte le photo-journaliste Jonathan Fontaine. En perdant leurs bestiaux, les tribus pastorales perdent leur revenu. Elles font maintenant face à la faim et à la malnutrition. La sécheresse rend particulièrement difficiles les conditions de vie des femmes et des très jeunes filles. Lina, 11 ans, vient de marcher six kilomètres seule dans ces zones arides pour ramener de l’eau à sa famille. Les jeunes femmes doivent marcher dix kilomètres pour ramener de l’eau à leur campement.

Une guerre civile au soudan affecte la population excédée

Dans le camp de Malakal, les témoignages des déplacés shilluk dessinent la stratégie de contre-insurrection menée par l’armée sud-soudanaise dans la région. Akitch, ancien fermier de 80 ans, y est arrivé en janvier. Dans le comté voisin de Panyikang, son village subsistait grâce à l’agriculture et à la pêche. Depuis le début de la guerre civile, « des attaques ont décimé notre bétail », s’émeut-il. Les combats ont aussi empêché les fermiers de semer ou de récolter et ont condamné les routes, asphyxiant le marché intérieur.

 2,3 millions de Sud-Soudanais ont abandonné leur foyer, dont 1,7 million ayant fui dans les Etats voisins. Selon le journaliste Baptiste de Cazenove, l’hémorragie s’accélère. Cette crise de réfugiés, la troisième plus importante au monde, est aussi celle qui croît le plus vite, met en garde le Haut-Commissariat pour les réfugiés. Plus de 400 000 personnes se sont déjà exilées au Soudan, dont de nombreux Shilluk. Mais hommes et adolescents sont empêchés de franchir la frontière soudanaise.

Le « commandant » Olony recrute en effet de force des combattants pour contenir les ultimes assauts de l’armée. En février 2015, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, l’Unicef, accusait déjà M. Olony d’avoir enlevé « des centaines d’enfants » pour les enrôler. Plus de 12 000 mineurs porteraient les armes dans le pays, toutes factions confondues. Une inconnue subsiste sur l’avenir du camp de déplacés de Malakal. « Dieu seul sait quand ils viendront nous achever », s’inquiète Johaness, le chef shilluk. Lorsque femmes et enfants auront tous été évacués, redoutent des humanitaires.

Dans ce lieu hors du monde, ces laissés-pour-compte continuent à ne pas comprendre les raisons de cette guerre civile, orchestrée par les élites. Ils en viennent à regretter l’indépendance de leur pays, failli avant même d’avoir été un Etat. Ces damnés se disent prêts, le jour venu, à prendre les armes qu’ils ont cachées dans des abris. « Cette famine est l’œuvre de l’homme », s’indigne Morten R. Petersen, chef du bureau d’ECHO, l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne, dans le pays.

Quelque 100 000 Sud-Soudanais risquent de mourir de faim dans le centre du pays, dans les comtés de Leer et de Mayendit, une zone pétrolifère favorable à l’opposition.  Un million d’habitants sont menacés dans les prochains mois. La faim résulte aussi des « restrictions d’accès sur le terrain imposées par les parties », dénonce M. Petersen. Sans autorisation des belligérants, le personnel des agences de l’ONU et des cent cinquante ONG présentes s’expose aux tirs.

Plus de quatre-vingts travailleurs humanitaires ont été tués depuis le début du conflit. Et les convois sont régulièrement pillés. « Le gouvernement détourne l’aide humanitaire », aggravant la famine, accuse la Commission des droits de l’homme de l’ONU.