État islamique : l'impact de la lutte armée sur la France 

Article publié le 23 septembre 2014
Article publié le 23 septembre 2014

[Actu] François Hollande l'avait annoncé, il l'a fait : la France a rejoint la coalition internationale dans sa lutte contre l'État islamique en Irak et en Syrie, une première depuis la guerre du Golfe en 1991. Si cette décision mérite d'être saluée, elle n'en est pas moins annonciatrice de tensions sérieuses à l'extérieur comme à l'intérieur de nos frontières.

Le Quai d'Orsay vient de confirmer, lundi 22 septembre, l'enlèvement d'un citoyen français dans le nord de l'Algérie, non loin de sa capitale Alger, par un groupe terroriste lié à l'État islamique (EI). Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, s'est exprimé depuis New-York, où il doit assister à l'Assemblée générale des Nations unies, pour attester « l'authenticité de la vidéo qui comporte des images du Français ». Hervé Gourdel, Niçois de 55 ans, y affirme avoir été enlevé alors qu'il effectuait une randonnée dans la région montagneuse de Kabylie et, répondant à la demande de ses ravisseurs, s'adresse à François Hollande en sollicitant la cessation de l'intervention française en Irak. À défaut, le groupe islamiste menace d'exécuter l'otage français dans les 24 heures.

« La France n'a pas peur... »

La nouvelle fait froid dans le dos. La France va devoir retenir son souffle et souhaiter un réveil heureux à ce véritable cauchemar, qui n'a malheureusement rien d'irréel. S'il était possible d'imaginer, après que le président de la République a annoncé jeudi 18 septembre l'engagement de la France au sein de la coalition internationale menée par les États-Unis contre l'EI, qu'un sentiment de représailles naitrait chez les djihadistes, la soudaineté de ces dernières est extrêmement déstabilisante et inquiétante. « La France n'a pas peur », avait pourtant déclaré le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le matin-même de l'enlèvement, en réponse à l'appel lancé par EI dans le but de « tuer tout citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l'État islamique ». Et celui-ci d'ajouter que, « même si le risque zéro n'existe pas, nous prenons 100 % de précaution ». 

Cependant, les menaces djihadistes envers l'hexagone se faisaient de plus en plus nombreuses, et la tension de plus en plus palpable, notamment après que plusieurs centaines de Français sont partis en Syrie faire le djihad. Malgré un réchauffement évident du climat, l'initiative de François Hollande de lancer les premières frappes aériennes contre l'EI était « un risque calculé », d'après Jean-Charles Brisard, expert sur les questions de terrorisme. « Il était plus dangereux de ne rien faire que de laisser prospérer l'État islamique sur le territoire irako-syrien », a-t-il ajouté.

Le « rejet de la mécréance » comme « facteur d'unité » des djihadistes

Proclamé en 2006, l'EI – théocratie non officiellement reconnue – n'a cessé depuis de revendiquer la possession de territoires autour de l'Irak et de la Syrie, jusqu'à l'invasion du nord irakien et la prise de Mossoul, deuxième plus grande ville du pays, en juin 2014. Appartenant à l'ancien État islamique en Irak et au Levant (EIIL), les djihadistes de l'EI souhaitent à travers cette expansion défier l'organisation terroriste salafiste Al-Qaïda et remettre en cause son leadership au Moyen-Orient. Cependant, dans un communiqué récent, deux branches d'Al-Qaïda – au Maghreb islamique (AQMI) et dans la péninsule arabique (AQPA) – ont appelé les djihadistes d'Irak et de Syrie à s'unir « contre la campagne de l'Amérique et de sa coalition diabolique », en faisant du « rejet de la mécréance un facteur d'unité », plus fort, donc, que les divergences de courants au sein de l'islamisme radical.  

Une éventuelle lutte fratricide entre les deux organisations terroristes est par conséquent bien plus qu'improbable. Et à moins de résultats éclairs dans les frappes aériennes perpétrées par la coalition occidentale, l'EI va poursuivre sa lancinante expansion territoriale, faisant fuir sur son passage des centaines de milliers de personnes préférant l'exode à l'extrémisme farouche des djihadistes. 

Si la France a rejoint les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme en Irak, c'est parce qu'il est du devoir de toute nation de lutter contre les pourfendeurs du droit des populations. François Hollande ne s'y est pas trompé. Et parce qu'on ne peut laisser éternellement impunies les multiples exactions qui ont lieu tous les jours en marge du conflit, celui-ci doit perdurer jusqu'à la « destruction de l'État islamique ».