Et on créa La Femme 

Article publié le 2 septembre 2016
Article publié le 2 septembre 2016

Dans leur deuxième album intitulé Mystère, La Femme ne se déshabille plus. Elle se plante devant vous, elle vous matte et vous allume. Vous pouvez être fiers de vous.

Qu’on se le dise, on râle souvent. D’autant plus quand il faut troquer sa place sur les plages sauvages pour un bout de clic-clac dans un 25 m2, avec une machine à laver dedans. Cela dit, si la rentrée vous redonne un teint de ministre de l’Intérieur en septembre, la musique donne tous les jours des cheveux blancs à notre génération. Qu’on se le dise, ça ne va jamais. Chaque fois qu’une nouvelle icône fend la pollution sonore avec son vocodeur, la moitié de la population mondiale stream timidement son nouveau titre tandis que l’autre la ramène à son condition de « saloperie commerciale ». Plus bas, dans l’underground, la moindre tentative d’avant-garde est jugée à l’aune du style vestimentaire de son public. Et que l'on fasse de l’electro-soft, du garage-funk ou de la pop tellurique, tous ces groupes indie sont condamnés à exister entre les murs de ceux qui portent des Stan Smith, qui aiment l’Aperol ou les burgers hors de prix.

La France n’échappe pas à la règle. Peut-être plus que tout autre pays, une devise en trois mots flotte toujours au-dessus de chaque sortie musicale : « C’était mieux avant ». Vous en conviendrez, il devient difficile de se faire une place au soleil entre « les saloperies commerciales » du hit-machine et les conneries pour hipsters. Comme on exagère un peu quand même, vous conviendrez aussi que parfois – de temps en temps – des groupes parviennent à prendre la lumière qui convient. Des groupes qui produisent des albums avec suffisamment de talent et de recul artistique pour contenter les deux pans de la population qui se regardent en chiens de faïence. Vous avez lu le titre, il s’agit ici de parler de La Femme.

Ici, on ne présente plus trop les gars de La Femme. Des Biarrots expatriés à Paris qui ont donné pas mal de sensation au pays en 2013. Mais si la musique est une affaire de sensations, alors permettez-nous de partager une impression : si La Femme ressort, devient de plus en plus sexy et compte toujours plus d’admirateurs, c’est parce que c’est un groupe qui embrasse terriblement bien sa génération. C’était le cas pour leur premier album – Psycho Tropical Berlin – ça l’est encore pour leur deuxième effort qui paraît aujourd’hui sous le nom de Mystère. Clémence et les garçons – Sacha et Marlon, les principaux compositeurs – ont encore produit une série de morceaux qui marquera au rouge à lèvres une large proportion du public des « 18-35 ans ». Vous vous demandiez ce que vous foutiez sur « It’s Time To Wake Up » en 2013, vous pensiez à votre ex dans « Nous Étions Deux ». À cause de Mystère, vous allez vous demander où sont vos potes (« Où va le monde ? »), respirer une fois de plus ce fantasme de l’été (« Tatiana »), méditer sur le spleen de la rentrée (« Septembre ») ou enfin traiter cette vilaine mycose (« Mycose »).

La voix de Clémence Quélennec calmera les yéyés et les fans des sixties. Les instruments chelous dont Sacha Got et Marlon Magnée sont fans brosseront les dingues d’expériences psyché. En bons musiciens, La Femme fait couler le plus d’éléments possibles pour créer des ponts entre les styles, les époques et entre les gens. Mais c’est surtout en délicieux observateur de ce qui l'entoure que ce groupe est devenu celui de toute une génération. Platement, quand vous écoutez La Femme vous voyez beaucoup, beaucoup de votre vie. Ce qu’on laisse généralement si bien à la littérature prend enfin forme sur un disque. C’est bien. C’est bien parce que vous allez enfin arrêtez de râler. Parce que si La Femme parle si bien de vous, c’est qu’elle vous matte. Tout le temps. Et vous allez arrêtez de regarder les clips sur D17. Et vous allez vous redresser sur votre clic-clac de studio. Et vous allez vous regarder dans la glace et vous allez être fiers de vous. Parce que vous avez créé un grand groupe. On a créé La Femme.

La Femme - « Septembre »

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Écouter : 'Mystère' de La Femme (Barclay/2016)