Espoir de paix

Article publié le 6 janvier 2005
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Article publié le 6 janvier 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le professeur Galia Golan de Peace Now, l'organisation pacifiste israélienne de renommée internationale, décrit pour café babel les perspectives de paix après les élections palestiniennes.

Les élections palestiniennes, notamment les élections présidentielles de janvier mais aussi les législatives prévues en mai, constituent un défi de taille : pour Israël, en particulier pour son premier ministre Ariel Sharon, elles contredisent son affirmation selon laquelle qu'il n'y a pas de partenaire politique dans le camp palestinien. La mort d'Arafat lui a ôté le prétexte qu'il utilisait pour ne pas négocier : la prétendue mauvaise volonté des Palestiniens pour faire la paix. Le transfert de pouvoir bien organisé en faveur de Mahmoud Abbas, un leader qui a toujours appelé à la négociation plutôt qu'à l'usage de la force est un changement qu’il lui sera difficile d’ignorer. De plus le choix du Fatah de faire de Abbas, aussi connu sous le nom de Abu Mazen, son candidat dans la course présidentielle lui a d'ores et déjà donné une grande légitimité dans les négociations : la pression que cette décision a fait peser sur les épaules de Marwan Barghouti, le contraignant à renoncer à sa candidature est un signe supplémentaire de cette légitimité, car Barghouti, bien qu'avocat de la paix avec Israël, n'en est pas moins le leader du Fatah dont le nom est le plus associé avec la nouvelle Intifada.

Si les élections à venir, locales et parlementaires confirment la légitimité de Mahmoud Abbas, Sharon et Israël feront face à une nouvelle situation.

Le chemin de la démocratie

Les élections palestiniennes seront aussi un défi pour les Etats-Unis et surtout pour le Président Bush. Le président américain a fait de la démocratisation la priorité de sa politique au Moyen-Orient. Et les Palestiniens semblent plus avancés sur ce chemin que les autres

organisations arabes. Avec une société civile très développée et avide de construire des institutions démocratiques, la majorité de l'opinion palestinienne prend cette démocratisation au sérieux. Bien que les élections soient toujours entachées de corruption et de pressions politiques, elles ont été conduites jusqu'ici dans l'ordre et selon les règles de la démocratie. Si cette situation perdure, les Palestiniens seront en bonne voie pour répondre aux attentes du Président Bush. Le même défi s'imposera au reste du quartette (EU, Nations-Unis et Russie) dans la mesure où un des premiers engagements des Palestiniens dans le cadre de la Feuille de Route est effectivement une démocratisation.

De plus, pour soutenir le processus démocratique, Israël s'est engagé à retirer ses forces des villes et villages palestiniens (réoccupés après le début de la nouvelle Intifada) et à supprimer les barrages dans les territoires pour la durée de l'élection. C'est l'opportunité pour Israël de réaliser la première étape de la Feuille de Route en allant plus loin et en rendant cette mesure permanente. Ainsi les élections aboutiraient au lancement de la Feuille de Route, surtout si la légitimité engendrée par ces

élections permet de remplir le reste des critères : réorganisation et unification des services de sécurité palestiniens, proclamation d'un cessez-le-feu et fin des violences.

Des raisons d'espérer

Sans doute ce point de vue sur la situation et ses perspectives est-il optimiste. Mais cet optimisme est motivé par deux raisons. La première est le changement déjà perceptible dans l'opinion palestinienne. Les sondages les plus récents indiquent une croissance -au point d'atteindre la majorité- du soutien à l’arrêt des violences et pour une solution où les deux Etats coexisteraient. Une étude a montré que même si l'opinion palestinienne n'est pas convaincue que le nouveau pouvoir sera capable d'apporter les changements nécessaires, la majorité des palestiniens pensent néanmoins que la paix est aujourd'hui plus probable. Le même optimisme réservé se retrouve chez les Israéliens interrogés. Les deux peuples semblent prêts à laisser les violences derrières eux. Ils ont le sentiment qu'il y a eu assez de sang versé et que cela n'a pas fait avancer la cause de la paix. En fait l'effet est plutôt contraire. Étant donné les terribles souffrances et les pertes humaines subies au cours des quatre dernières années de conflit, le scepticisme règne quant à la volonté de chaque camp de faire la paix.

La seconde incitation à l'optimisme est le fait que le défi présenté à Israël, aux Etats-Unis et au reste du quartette par l'élection d'un nouveau pouvoir palestinien, légitime et à la recherche de la paix peut permettre la réouverture des négociations, en dépassant le scepticisme et en nous ramenant sur le chemin de la paix.