Esperanzah : un tout autre festival, mais pas n’importe quoi

Article publié le 7 août 2015
Article publié le 7 août 2015

Profondément engagé, le festival Esperanzah ! dans les collines près de Namur, n’est pas une « simple boîte à musique », mais aussi un lieu d’échange et de réflexion sur les alternatives de demain à opposer au paradigme libéral dominant. 

Chaque année, des thèmes de société sont mis à l’honneur par les organisateurs d'Esperanzah qui a eu lieu cette année du 31 juillet au 2 août. Pour la 14e édition, les organisateurs ont décidé d’inscrire l’évènement sous l’égide du mouvement « Tout autre chose ».

« Le CNCD 11.11.11 est le principal partenaire du festival » indique Stéfanie Trieste, attachée de presse de l’organisation qui lutte pour la solidarité internationale et l’aide au développement. Un partenaire qui pèse, aussi par son histoire. L’organisation a été fondée il y a bientôt cinquante ans, à l’origine, pour lutter contre la faim dans le monde et proposer un modèle de développement plus juste. Son premier président n’a été autre que Paul Henri Spaak, premier ministre belge, aussi considéré dans la mythologie européenne comme l’un des pères fondateurs de l’Europe, aux côtés, entre autres, de Robert Schuman et Alcide De Gasperi...

La jeune attachée explique à Cafébabel Bruxelles que le festival est par nature engagé. « Même les artistes sélectionnés ont un profil particulier. Ils sont engagés et n’ont pas une ‘approche business’ classique » poursuit-elle.

En route pour tout autre chose

Le slogan « En route vers tout autre chose - mais pas n’importe quoi » fait directement référence au mouvement éponyme qui a connu un succès éclatant le 29 mars dernier lors de sa « Grande Parade » ; plus de 20 000 personnes selon les organisateurs du mouvement - 17 000 selon la police - sont venues battre la pavé, malgré les trombes d'eau glacée, suite à l’appel lancé par divers associations, syndicats et organisations culturelles, dont le CNCD. Les revendications de ce mouvement aux accents podemosiens portent sur les alternatives au néolibéralisme et au productivisme ambiant, alternatives déclinées en 10 points. Le point de mire premier étant la fin des politiques d’austérité en Europe.

En route pour la COP 21 et la protection sociale pour tous

Ici, les festivaliers et leurs invités d’honneur se sont penchés sur trois thématiques principales. À commencer par la Conférence des Nations unies sur le changement climatique qui se tiendra à Paris en décembre prochain. « Nous comptons envoyer le plus de monde possible à la Conférence pour faire pression sur les chefs d’État, explique Stéphanie, pour éviter de connaître un nouveau Copenhague ». En 2009, la Conférence sur le climat de Copenhague, aussi connue comme celle  « de la dernière chance », s’était en effet soldée, après 12 jours de sommet, par un accord non contraignant signé seulement par une partie des États participants.

Grandement controversé, et ce, quelque que soit les sensibilités politiques, le Traité transatlantique a été également mis au menu des festivaliers, abordé toutefois non sous l’angle classique du consommateur (le fameux et désormais quelque peu éculé « poulet javellisé ») mais des acquis sociaux, notamment de la sécurité sociale.

La « protection sociale pour tous » - le leitmotiv du CNCD -  a constitué le fil rouge des débats. « 75 % de la population mondiale » n’a pas accès à une protection sociale minimum rappelle ainsi la CNCD. Alors qu’en Europe celle-ci est progressivement démantelée, car considérée comme un frein à la compétitivité.

« Dans les pays d’Amérique du Sud, des initiatives ont lieu, qui pourraient servir de modèle pour les pays du Nord » conclut l’attachée presse du CNCD, avant de me montrer un photomaton, où les visiteurs peuvent se faire photographié flanqués du slogan à l’effigie de la campagne du CNCD. Une pétition d’un nouveau genre, qui se veut avant tout « symbolique et ludique », étant dépourvue de valeur légale. L'action directe attendra l'automne…