ESPAGNE VS ALLEMAGNE OU ITALIE ?

Article publié le 27 juillet 2014
Article publié le 27 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Si le Conseil européen était une cour de récréation, pour quelle équipe jouerait l’Espagne ? Le choix n’est pas si simple : Angela Merkel ou Matteo Renzi ? Allemagne ou Italie ? Austérité ou investissement ? Et enfin : loyauté envers la famille politique de centre-droit ou premiers pas vers les revendications du centre-gauche ?

De­puis la ré­forme de la Consti­tu­tion es­pa­gnole, ap­prou­vée en 2011 par le Parti so­cia­liste (PSOE) au pou­voir à l’époque et le parti de centre-droit (PP), l’Es­pagne s’est en­ga­gée dans une série de me­sures d’aus­té­rité dans la li­gnée de celles adoptées dans des pays comme la Grèce, le Por­tu­gal et l’Ir­lande. Les der­nières coupes bud­gé­taires concernent les hô­pi­taux. D'ailleurs, selon le syn­di­cat des in­fir­mières SATSE, entre 14 000 et 15 000 lits dans les hô­pi­taux de­vien­draient « hors-ser­vice » en rai­son du manque de pro­fes­sion­nels em­bau­chés au cours de l’été.

Ces me­sures d’aus­té­rité ont mis à mal la côte de po­pu­la­rité du Pre­mier mi­nistre Ma­riano Rajoy. Ainsi, selon des sta­tis­tiques of­fi­cielles du Centre des sta­tis­tiques (CIS), 59,7 % des Es­pa­gnols ne lui font ab­so­lu­ment pas confiance. Ils étaient 27,2% deux ans auparavant.

Après l’ar­ri­vée au Conseil eu­ro­péen du pré­sident so­cia­liste Fran­çois Hol­lande, beau­coup avaient cru que le régime d'aus­té­rité im­po­sé par l’Al­le­magne toucherait à sa fin. Cependant, c’est vraisemblalement l’en­trée de Mat­teo Renzi dans le club des 28 qui pour­rait faire pencher la balance. À l’ou­ver­ture du der­nier som­met eu­ro­péen le 16 juillet, le jeune Pre­mier mi­nistre ita­lien a dé­claré : « Nous de­man­dons à être res­pec­tés. »La se­maine pré­cé­dant le som­met, il avait énoncé un dis­cours dans le­quel il ré­ité­rait sa po­si­tion contre l’aus­té­rité.

La ques­tion est désormais de sa­voir si l’Es­pagne va re­joindre l’équipe de l’Ita­lie ou res­ter dans celle de l’Al­le­magne. Tou­te­fois, s’op­po­ser à l’Al­le­magne n’est pas sans risque étant donné qu’il s’agit du pays qui compte le plus de voix. En outre, An­gela Mer­kel et Ma­riano Rajoy ap­par­tiennent à la même fa­mille po­li­tique. Cela dit, un chan­ge­ment de po­si­tion de la part de Rajoy se­rait fa­vo­rable au centre-droit dans l’op­tique des élec­tions lé­gis­la­tives de 2015.

Le Pre­mier mi­nistre n’a ja­mais été très clair sur sa po­si­tion entre l’aus­té­rité de l’Al­le­magne et la flexi­bi­lité de l’Ita­lie.

JOUER SA CARTE AU CONSEIL

Le Conseil eu­ro­péen est l’ins­ti­tu­tion su­prême de l’Union eu­ro­péenne. Il réunit les 28 chefs d’État et de gou­ver­ne­ment. Cette ins­ti­tu­tion serait celle qui re­flète le moins l’es­prit com­mu­nau­taire, car c’est là que chaque État membre défend sa propre po­si­tion. Néan­moins, aucun État ne peut agir in­di­vi­duel­le­ment, d’où la né­ces­si­ter de faire des al­liances. Nous voilà donc immergé dans le « Game of Thrones » ver­sion Union eu­ro­péenne.

Le Conseil dé­cide, en com­mun avec le Par­le­ment eu­ro­péen, d’ap­prou­ver ou de re­je­ter les lois. Ce­pen­dant, la tâche prin­ci­pale du Conseil au cours de l’été (de­puis les élec­tions eu­ro­péennes du 25 mai) sera de pro­cé­der à la no­mi­na­tion des postes clés. Alors, lais­sons tom­ber les lois qui concernent les ci­toyens, il est temps de faire de la po­li­tique.

Par­ve­nir à un ac­cord peut s’avé­rer être une tâche her­cu­léenne, mais aucun signe d’un Her­cule ou d’un Zeus au Conseil eu­ro­péen. À la place, ce sont An­gela Mer­kel et Mat­teo Renzi. La chan­ce­lière allemande in­siste sur la né­ces­sité de conser­ver les me­sures d’aus­té­rité dans le cadre du Pacte de sta­bi­lité, alors que le Pre­mier mi­nistre ita­lien fraî­che­ment élu ré­clame de son côté que les cor­dons de la bourse soient des­ser­rés pour fa­vo­ri­ser l’in­ves­tis­se­ment et la flexi­bi­lité. Voici donc les deux ex­trêmes.

Tou­te­fois, les né­go­cia­tions se com­pliquent encore à 28 joueurs, puisque les affaires intérieures, les compromis entre partis et les revendications des électorats nationaux rentrent alors en ligne de compte.

UN TRÔNE POUR L’ES­PAGNE

Loin des me­sures qui touchent la po­pu­la­tion es­pa­gnole, Rajoy est ac­tuel­le­ment oc­cupé par les dis­cus­sions ins­ti­tu­tion­nelles au sujet des « trônes eu­ro­péens ». Jean-Claude Jun­cker a déjà ob­tenu la pré­si­dence de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, l’Ita­lie lutte afin d'ob­te­nir le poste de Haut-Re­pré­sen­tant pour les af­faires étran­gères et la politique de sécurité pour Fe­de­rica Mo­ghe­rini et le Da­ne­mark pour­rait se voir attribuer la pré­si­dence du Conseil eu­ro­péen. L’autre poste res­tant est la pré­si­dence de l’Eu­ro­groupe, qui réunit les mi­nistres des Fi­nances de la zone euro. Jun­cker en était le pré­sident entre 2005, date de créa­tion de l’Eu­ro­groupe, et 2013, année qui a vu le Néer­lan­dais Je­roen Di­js­sel­bloem suc­cé­der au Luxem­bour­geois, ce dernier ne souhaitant d'ailleurs pas céder sa place pour le moment. Or, ce ne se­rait pas éton­nant que tous les États membres, à l’ex­cep­tion des Pays-Bas, viennent ap­por­ter leur sou­tien à Luis de Guin­dos, l’ac­tuel mi­nistre es­pa­gnol des Fi­nances.

Le pro­blème se des­sine lors­qu’il s’agit du com­mis­saire pro­posé par l’Es­pagne. Mi­guel Ángel Arias Cañete, qui a été le mi­nistre de l’Agri­cul­ture avant de présenter sa dé­mis­sion pour mener la liste du Parti po­pu­laire pour les élec­tions eu­ro­péennes, vou­lait obtenir la com­mis­sion de l’Agri­cul­ture de­puis le début. Ma­riano Rajoy es­saie de l’ob­te­nir, mais M. Jun­cker a déjà de­mandé au Pre­mier mi­nistre es­pa­gnol de pro­po­ser une femme comme can­di­date pour la Com­mis­sion eu­ro­péenne. Coïn­ci­dence amu­sante : Cañete a dé­claré après un débat élec­to­ral té­lé­visé qu’il était dif­fi­cile de dé­battre avec une femme, car un homme ne mon­tre­rait pas sa su­pé­rio­rité. Au­jour­d’hui, la pa­rité dans les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes pour­rait em­pê­cher l’Es­pa­gnol de de se voir at­tri­buer ce poste.

En es­pa­gnol, on uti­lise l’ex­pres­sion « bai­lar con la más fea » (dan­ser avec les plus laids) lorsque l’on tire le pire de quelque chose. Est-ce que, cette fois-ci, l’Es­pagne dan­sera avec les plus beaux ?