Espagne : les socialistes, faiseurs de Rajoy

Article publié le 24 octobre 2016
Article publié le 24 octobre 2016

Après deux élections et une situation politique au point depuis des mois, l'Espagne se dote d'un nouveau gouvernement. Les socialistes du PSOE ont décidé de tolérer un gouvernement minoritaire formé par le parti conservateur PP, avec Mariano Rajoy à sa tête. Lourd de conséquences...

Espagne - El País : Respect !

Les socialistes se font fait violence, souligne El País, qui salue la décision du parti : « Pour un socialiste lambda, s'abstenir devant un Mariano Rajoy qui n'a rien fait pour le mériter a certainement dû être une décision douloureuse. C'est pourquoi cette décision force le respect. Il faut condamner toute tentative qui consiste à la présenter comme une concession faite au Partido Popular (PP) ou encore comme une trahison des idéaux du PSOE. (...) Il est évident que le climat tendu et la dramaturgie de ces dernier jours auraient pu être évités si les socialistes, en décembre dernier ou au plus tard en juin, avaient accepté leurs mauvais résultats électoraux et fait ce choix. Ils viennent néanmoins de prouver une fois de plus qu'ils avaient plus le sens de l'État que les membres du PP, malgré la rhétorique patriotique privilégiée par ses derniers. (...) Les socialistes doivent maintenant ébaucher leur politique d'opposition afin de se poser comme une véritable alternative au gouvernement ». (24/10/2016)

Allemagne - Frankfurter Rundschau : mieux vaut tard que jamais 

Les socialistes espagnols n’ont pas fait le bon choix, mais la seule décision raisonnable qui soit, fait remarquer Frankfurter Rundschau : « Les socialistes n’ont pas d’alternative à Rajoy à proposer. C’est pourquoi ils ont raison de laisser gouverner les conservateurs. Les socialistes se sont trompés sur toute la ligne, causant ainsi beaucoup de tort à leur pays. (…) Au lieu de conditionner leur abstention au remplacement de Rajoy par un candidat non entaché par la corruption, le chef du PSOE Pedro Sánchez s'est imaginé (après les élections anticipées fin juin) être capable de former un autre gouvernement. Il a échoué. Il a fallu qu’une révolte chasse Sánchez du pouvoir pour que le PSOE entende enfin raison. Si Rajoy et nul autre politique gouverne, c’est en partie de la faute du PSOE. Bien agir trop tard ne vaut pas mieux que mal agir ». (24/10/2016)

France - Libération : Podemos otra vez 

Si les socialistes font cause commune avec les conservateurs, l’alliance de gauche Podemos est la seule alternative de gauche encore envisageable pour les Espagnols, pense Libération : « La réponse positive apportée à ce choix cornélien va donner lieu à la première entente entre des formations de gauche et de droite. Et ce dans un pays encore travaillé par un 'esprit de barricade' hérité de la guerre civile (1936-1939). La majorité des 194 000 militants socialistes (dont se réclame Pedro Sánchez, éjecté début octobre de son poste) reste fermement opposée à une droite qu’elle associe toujours au franquisme. Désormais, le PSOE traînera la réputation d’avoir "pactisé avec l’ennemi", pour reprendre l’expression d’un chroniqueur de la radio Ser. Ce virage historique, qui se produit dans le contexte de la déconfiture d’une formation qui a obtenu ses pires résultats - avec 85 députés - en juin, fait en tout cas les affaires des nouveaux venus de Podemos ».  (24/10/2016)

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics